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Université d’été 2021 – Fondation Jean Jaurès : “Une jeunesse déterminée & engagée”

Université d’été 2021 – Fondation Jean Jaurès : “Une jeunesse déterminée & engagée”

Les 29 et 30 juin dernier se tenait l’Université d’été de l’Afev, dans une organisation hybride entre présentiel et distanciel. Au sortir de quelque 18 mois de crise sanitaire et d’épisodes de confinements, les salariés et bénévoles de l’association ont fait l’état des lieux de la situation, rassemblé les enseignements de la période et identifié enjeux et défis à venir. Retour sur un dernier temps-fort : l’intervention du Directeur de la Fondation Jean Jaurès, suivie du top départ des réflexions autour de la célébration prochaine des 30 ans de l’Afev.

Suite à la table-ronde consacrée aux évolutions tant quantitatives que qualitatives des équipes salariées de l’Afev, le Délégué régional Bretagne/Pays de la Loire Stéphane Tiret a ouvert un ultime temps d’échanges sur la célébration à venir des 30 ans de l’Afev. Il l’a fait d’abord en cédant la parole à Gilles Finchelstein, le Directeur de la Fondation Jean Jaurès (qui fêtera également, l’an prochain, ses trente ans).

Un portrait de la jeunesse

Ce dernier s’est en introduction déclaré « très honoré » d’avoir été invité à participer, « tant c’est une mission exaltante de s’adresser à vous et aux jeunes », et a appelé de ses vœux la réitération prochaine de ce type d’échanges. Il a ensuite dressé « le portrait subjectif incomplet, mais non complaisant, sinon de la jeunesse au moins de traits de cette jeunesse qui me frappent aujourd’hui. » Soit, sur un plan positif, en dépit des difficultés qu’elle rencontre, une jeunesse « beaucoup plus optimiste » que le reste de la population ; une population, aussi, particulièrement déterminée – comme avéré dans l’enquête de la Fondation parue le 14 juillet sur l’engagement. En effet, le terme « engagement » est perçu comme positif pour 86% des 18-24 ans, dont les trois quarts se définissent comme des engagés. En outre, la jeune génération semble marquée par la générosité et l’ouverture aux autres (y compris aux étrangers), selon le Baromètre annuel sur les fractures françaises, tout en restant indéniablement « lucide » – avec une « bonne appréhension des enjeux qui sont devant nous. » De manière plus inquiétante, cette jeunesse se caractérise par une « apathie démocratique » (faible participation aux élections, faible attachement à « l’idée même de démocratie »…), et par une grande « porosité aux idées complotistes. »

De manière « plus substantielle », Gilles Finchelstein a caractérisé ce qui lui semble constituer « de bons combats pour la jeunesse quand on se projette sur les 5, 10, 20 prochaines années », des chantiers « intimement liés, enthousiasmants et pour lesquels les jeunes ont une responsabilité particulière à jouer » : pour l’environnement, d’abord, soit « le défi d’une génération », dans un cadre où « la prise de conscience a considérablement progressé » depuis la première apparition, il y a trente ans, du terme « développement durable » dans un document international. Aujourd’hui, « à la différence d’il y a encore cinq ans, toutes les générations ont pris conscience de l’importance de la lutte contre le changement climatique ; mais, à chaque fois qu’il y a des arbitrages », c’est la jeune génération « qui les fait dans le bon sens », tout en étant « un peu seule » à les faire. Il y a, à ce titre, en particulier, un véritable fossé entre les jeunes et les « plus de 70 ans ». « Ainsi, a-t-il indiqué, votre rôle désormais va être à la fois de continuer à faire les bons choix, mais aussi de convaincre vos aînés » de “s’y mettre” réellement – et ce, peut-être, en profitant des nouvelles pratiques et nouveaux usages développés ou mis à jour suite à la pandémie…

Deuxième combat à venir : « celui pour la justice, ou contre les inégalités », dans la mesure où l’on peut être frappé, en suivant « l’évolution du débat public, du risque d’une relégation du social loin derrière les autres questions. » Dans les faits, si les inégalités ne sont aujourd’hui pas niées dans leur évidence, elles semblent « avoir perdu leur place dans le débat public, reléguées loin derrière les débats autour de l’identité ou, parfois à tort, ceux liés à la question environnementale. » De fait, selon lui, « quand on a l’environnement sans le social, cela donne les Gilets Jaunes, et on n’avance ni sur un terrain, ni sur l’autre. » Pour rendre à nouveau visibles les inégalités dans le débat public, il va falloir « réinventer le social, repenser les choses pour entraîner une grande bascule », et ce en cessant de ne se focaliser que sur la redistribution (via l’outil fiscal) pour mieux considérer la question de l’émancipation : « Passer de la redistribution à l’émancipation, de l’égalité des conditions à l’égalité des possibles », en proposant des mesures pertinentes « à tous les âges de la vie. »

A ses yeux, enfin, le troisième défi à relever, et non le moindre, est celui du « combat pour la démocratie », lié au précédent dans la mesure où aujourd’hui, « pour un responsable politique normalement constitué, les jeunes ne comptent pas : d’une part parce qu’ils sont peu nombreux ; d’autre part parce qu’ils votent relativement beaucoup moins que les plus de 70 ans. » Il s’agit donc « bien entendu d’un combat pour vous, mais aussi d’un combat qui concerne tout le monde. » Proposant alors une comparaison liée « à de lointains souvenirs de [ses] cours de chimie », il a estimé que « notre démocratie était dans un état solide au tournant des années 80, un peu avant la création de l’Afev et de la Fondation Jean Jaurès : elle avait une forme – le clivage gauche/droite -, et les particules qui la composent étaient fortement reliées entre elles. Nous sommes passés ensuite à l’état liquide : le clivage gauche/droite a été concurrencé, relativisé, transcendé, tout en continuant à structurer le débat public. Depuis 2017, enfin, nous en sommes arrivés à l’état gazeux : notre démocratie est informe » – en fonction des questions abordées, des clivages différents structurent le débat public -, « instable » – du fait d’une grande volatilité des comportements électoraux – « et explosive » – parce que « la violence y est très présente, tant physique ou verbale » qu’en tant que mode désormais conçu comme légitime de défense de ses revendications propres. Les enquêtes le démontrent d’ailleurs, en particulier chez les jeunes : aujourd’hui, la démocratie n’apparaît plus comme le seul horizon possible, ce qui pose, évidemment, un très grave problème, à un moment où « le niveau des populismes, le niveau de l’extrême-droite est particulièrement élevé. »

Et demain ?

Cette intervention, très applaudie, a été suivie par celle de Stéphane Tiret, qui a retracé un rapide historique de l’association, fait le point sur les échéances à venir, et listé six chantiers : « Un axe de réflexion, sur l’avenir du projet de l’Afev ; un axe “actions”, avec un nouveau schéma et un pilotage porté par la coordination nationale ; un chantier dédié à l’animation (porté par Cédric Laigle), un autre à la communication (avec Delphine Pateyron), un cinquième au réseau – y compris un réseau des anciens – et un dernier axe lié à la fête », à la célébration festive de cette histoire collective.

Dernier à s’exprimer dans le cadre de cette Université d’été, le Directeur de l’Afev Christophe Paris a rappelé que ces différents chantiers étaient présentés aux participants « comme une invitation » à s’y inscrire et à y contribuer, avant de remercier ceux qui ont permis « à cette Université de se tenir malgré tout », dans des conditions propices à des échanges « chaleureux, revigorants et extrêmement dynamisants. » Des remerciements qui se sont étendus à tous pour l’année passée, marquée par « une grande faculté d’adaptation, une autonomie, une grande confiance mutuelle : nous n’avons pas été ensemble, nous ne nous sommes pas “contrôlés” les uns les autres, mais nous sommes pourtant parvenus à avancer ensemble. » A terme, l’association « finit l’année en étant riche d’une activité très forte, alors même que tout était fait pour qu’elle soit en baisse », ce qu’elle doit à « l’addition de la responsabilité, de l’innovation, de l’engagement de chacun. »

Selon lui, « à l’évidence, l’Afev achève un cycle, un moment de son histoire, ne sera plus la même l’année prochaine et les années suivantes » – et ce tant sur le mentorat que « sur l’urbain, sur le volontariat, sur l’Université… » Ainsi, « une nouvelle page reste à écrire, que nous allons imaginer ensemble pour déterminer ce que sera l’Afev dans les trente prochaines années. » Autant de garanties de vivre « une époque passionnante », qui offre à l’association l’opportunité « d’être au rendez-vous de son projet de transformation sociale et d’engagement contre les inégalités » en misant comme toujours sur « une articulation entre développement, consolidation et innovation » – et ce, sur tous les terrains, des projets à la structure interne, pour viser une forme de « permaculture appliquée à l’organisation. » A ce titre, il a estimé utile de revenir sur la manière dont « nous avons construit, en très peu de temps, le Plan Mentorat. Au-delà des mots, la façon dont nous avons mis les choses  en place est signifiante », grâce à une navette dynamique entre pôle national et pôles régionaux, à un cahier des charges concerté et à un déploiement attentif aux réalités des territoires…

François Perrin




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