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Synlab : Inégalités scolaires et pratiques pédagogiques, vues par les enseignants

Synlab : Inégalités scolaires et pratiques pédagogiques, vues par les enseignants

Le 24 août dernier, l’association Synlab publiait une enquête sur les « pratiques pédagogiques et inégalités scolaires », menée auprès de 826 enseignants et dont les résultats l’invite à considérer que « Croire en une école méritocratique ne permet pas de réduire les inégalités. » Retour sur les nombreux enseignements de cette étude.

Les enquêtes PISA se suivent et se ressemblent au moins sur un point : toutes désignent le système français comme champion des inégalités scolaires. De son côté, le Synlab a préféré interroger directement 826 enseignants de son réseau, les mieux à même d’évaluer « les facteurs de réussite ou d’échec de leurs élèves », et surtout l’articulation entre pratiques pédagogiques et réduction (ou non) des inégalités. 

Mérite, “capacités”, accompagnement ?

En premier lieu, cette enquête révèle que seuls 8,3% des enseignants « croient en la méritocratie scolaire, c’est-à-dire en une réussite liée principalement aux efforts des élèves. » Dans un pays où la plupart s’accordent à constater que les trajectoires éducatives restent dramatiquement corrélées à l’origine sociale des élèves, cette faible proportion de professionnels de l’éducation continue à valoriser d’autant plus la performance en classe (et la mise en compétition des élèves) qu’ils croient en cette méritocratie.

Pour autant, ils sont cette fois plus nombreux à estimer que le travail personnel (29%) et les capacités individuelles (28%) comptent le plus dans la réussite des élèves, plus encore que le travail de l’enseignant (23%) et l’accompagnement de la famille (20%). Ce dernier chiffre grimpe à 23% pour les enseignants de l’éducation prioritaire, mais sans changer l’équilibre général : si la méritocratie n’a pas bonne presse, la conviction que la réussite reste avant tout due aux ressources propres des individus parvient à tirer son épingle du jeu.

Entraide et égalité

Pour la grande majorité des enseignants, qui mettent sérieusement en doute l’effectivité de la méritocratie, certaines pratiques pédagogiques fonctionnent mieux que d’autres, pour contribuer à réduire les inégalités scolaires. A savoir, en tout premier lieu et comme fréquemment démontré par la recherche, celles qui misent sur la coopération, l’entraide et l’explicitation des enseignements. Pour ceux-là, le droit à l’erreur « fait partie du processus d’apprentissage » (3 enseignants sur 4), le « sens des apprentissages et des objectifs d’une séquences » doit être explicité (3 sur 5) et la « coopération entre élèves » permet à chacun d’entre eux de « progresser dans son apprentissage » (3 sur 5).

On relève ainsi, chez 9 sur 10 personnes interrogées, une réelle appétence pour être mieux « informés ou formés » sur les pratiques pédagogiques permettant de réduire les inégalités. Un constat qui vaut tout particulièrement chez les plus jeunes enseignants, très volontaires pour « donner du sens aux apprentissages » (52% des néo-titulaires, contre 23% des plus anciens), « expliciter [leur] enseignement » (35% contre 19%), ou encore « échanger avec les parents » (38% contre 13%).

Les leçons à tirer

Florence Rizzo

Les résultats de cette enquête, supervisée par Marine Portex, docteur en psychologie cognitive et par un comité scientifique composé de Céline Darnon, professeur en psychologie sociale (Université Clermont-Auvergne et Sébastien Goudeau, maître de conférences en psychologie sociale Université de Poitiers), ont suscité plusieurs réactions. D’abord celle de Florence Rizzo, co-fondatrice du Synlab, qui a estimé que « si l’École ne peut pas à elle seule réduire les inégalités économiques et sociales des élèves, elle peut contribuer à ne pas les augmenter », notamment en abandonnant « les pratiques pédagogiques inappropriées » – soit celles qui « peuvent avoir un effet délétère sur les élèves et augmenter le stress et l’anxiété. »

Céline Darnon

De son côté, Céline Darnon, spécialiste de l’impact des croyances à l’école sur la reproduction des inégalités, et bien consciente que « nous sommes le pays de Bourdieu », confirme que « la méritocratie est loin d’être le seul facteur qui détermine la réussite scolaire », même si, sauf en situation d’échec scolaire avéré, « croire en la méritocratie peut donner l’espoir “de s’en sortir”. » Pour elle, dans tous les cas, « pour comprendre les effets des pratiques pédagogiques, il est essentiel de les replacer dans leur contexte. »

Sébastien Goudeau

Concernant Sébastien Goudeau, fin observateur de la reproduction des inégalités dans le système scolaire, il estime qu’interpréter « l’écart de réussite comme une différence de capacités intellectuelles va creuser les écarts de niveau d’origine sociale. » Pour lui, « certaines pratiques ou situations amènent les élèves les moins familiarisés avec les apprentissages (…) à se sentir menacés, ce qui a des conséquences négatives » sur cet apprentissage.

 

Quatre jours après la parution de l’étude, l’ensemble de ses responsables ont d’ailleurs signé une tribune dans le JDD , s’associant pour l’occasion le concours du sociologue émérite François Dubet, pour estimer ensemble, notamment, que « la méritocratie scolaire est une croyance plus qu’une réalité », et en appeler au développement de « pratiques pédagogiques génératrices de plus d’équité »

François PERRIN




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