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ENQUÊTE – Les étudiants, la crise et l’engagement

ENQUÊTE – Les étudiants, la crise et l’engagement

Courant janvier, l’Afev a soumis un questionnaire à ses étudiants engagés, auquel ils ont été très nombreux à répondre, soucieux de braquer les projecteurs tant sur le préoccupant renforcement de leurs difficultés que sur l’importance de l’expérience associative et de l’engagement solidaire, tout particulièrement en cette période de crise éco-sanitaire et de multiplication des terrains d’action…

A la mi-janvier, afin de maintenir plus que jamais le lien avec ses jeunes engagés, l’Afev avait proposé à ces derniers de répondre à un questionnaire, abordant tous les aspects de la vie étudiante en période de crise éco-sanitaire. L’indéniable niveau d’engagement suscité par cette démarche (2 000 réponses en quelques jours, de la part d’autant d’étudiants engagés dans des actions de mentorat ou solidaires de proximité !) témoigne du besoin urgent d’être écoutés que ressentent actuellement les étudiants. Isolés dans la durée, souvent privés de ressources, ils estiment majoritairement que conserver un lien avec leur association s’avère plus nécessaire que jamais.

 

Difficultés croissantes

En premier lieu, les réponses collectées auprès de ce panel de 2 000 personnes livrent un instantané parlant de la situation concrète vécue aujourd’hui par les étudiants. Qu’ils viennent du Grand-Est ou de Nouvelle-Aquitaine, d’Ile-de-France ou de Provence-Alpes-Côte-d’Azur, qu’ils vivent seuls (en résidence Crous ou non), en kaps, colocation, en couple ou en famille, ils restent encore 49% à déclarer vivre « plutôt bien » ou « très bien » les cours à distance, contre 36% « plutôt mal » et tout de même 8% « très mal ».

Plus précisément, 70% d’entre eux expriment comme difficulté principale le manque de motivation, suivie de près par un faisceau d’items directement liés à l’isolement : manque de lien avec les pairs (58%), avec les enseignants (47%), et, plus généralement, la solitude (56%). Et même quand la motivation parvient à être entretenue contre vents et marées, des difficultés d’apprentissage émergent massivement (40%), parfois liées à des difficultés matérielles : précarité financière (17%), problèmes de connexion (18%), équipement inadapté (6%)

Ces conditions d’études fragiles et inconfortables génèrent une réelle inquiétude quant au second semestre à venir : 73,5% d’entre eux l’expriment, et ils sont d’ailleurs 15% à affirmer déjà que leurs études ne pourront pas se poursuivre comme prévu. Parmi ces derniers, 55% ont décidé de se réorienter, 22% d’opter pour la césure…. et 17% d’interrompre purement et simplement leur cursus – ils sont en outre 6% à souhaiter se consacrer désormais à la recherche d’un emploi.

Tout le monde s’accorde aujourd’hui à le dire : au-delà de la dégradation des conditions d’études à proprement parler, les conditions matérielles des étudiants se sont effondrées depuis un an, qui en poussent donc certains à faire une croix sur la poursuite de leur formation. Un processus ralenti en partie par le bouquet d’aides qui leur sont proposées par les différents acteurs (Crous en tête), auquel 41,5% des étudiants interrogés ont eu au moins partiellement recours (ressources financières pour 19%… et « entraide étudiante » pour 18%). Pour autant, là encore, le taux de non-recours s’avère inquiétant : 25% des étudiants engagés à l’Afev, qui y ont pourtant accès, déclarent ne « pas savoir quelles aides demander. »

 

L’engagement, valeur-refuge

Si, on l’a vu, le sentiment de solitude est particulièrement prononcé au sein de la population des interrogés comme de toute la population étudiante, il pouvait paraître intuitif d’estimer que l’engagement dans des actions associatives constituait un moyen efficace de s’extraire du confinement social. A ce titre, l’une des questions centrales de cette enquête était claire : leur engagement à l’Afev les aidait-il à traverser cette période si complexe ? De leurs réponses se dégage une nette confirmation : si 70% des mentors estiment qu’effectivement leur démarche associative contribue à leur permettre de traverser plus sereinement la crise, ils considèrent très majoritairement que s’entraider constitue plus que jamais une nécessité. Plus encore : pour eux, s’engager procure un véritable mieux-être. 

Si l’on s’engage d’abord pour le principe, pour aider les plus jeunes et les plus précaires, on le fait aussi pour soi-même. Ainsi, le sentiment d’être utile motive la plupart des réponses positives (68%), mais l’enquête révèle aussi l’importance des interactions au sein de la structure, qu’il s’agisse de celles avec l’équipe de l’Afev (20%) ou entre pairs, à l’occasion de temps conviviaux organisés entre engagés (12%). Un enseignement qui milite sans doute pour une généralisation de l’engagement au sein des parcours étudiants – et pourquoi pas dès le lycée ? Car si les phénomènes révélés par cette enquête ne sont pas nouveaux, la crise les amplifie et les accélère très fortement, notamment en matière de précarité et d’isolement. Dans ces conditions, l’engagement présente au moins trois avantages précieux : il redonne du sens aux parcours (notamment en transformant les victimes en acteurs), réduit l’isolement et permet d’acquérir des compétences utiles à l’insertion professionnelle. Qui dit mieux ?

> Consulter l’enquête

François PERRIN




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