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JRES Nice : Comment mobiliser ? Sur quels mentorats ?

Le mercredi 10 novembre dernier se tenait, à la Maison de l’Etudiant de Nice, une Edition régionale de la Journée du refus de l’échec scolaire (JRES), soutenue par le Conseil régional Sud Provence Alpes Côte d’Azur. L’occasion de faire le point sur les inégalités scolaires, sur ce territoire comme à l’échelle hexagonale. Zoom sur les eux dernières séquences.

Animé par Mathieu Py, Délégué territorial de l’Afev Nice, la deuxième table-ronde, rythmée par une série de sondages en ligne, visait à répondre à la question : « Comment mieux mobiliser les étudiants demain ? » Pour ce faire, trois responsables d’enseignement supérieur étaient présents : Laetitia Antonioni-Cochin, vice-Présidente “vie universitaire” à l’Université de Nice Côte d’Azur, Michel Langevin, vice-Président délégué “vie universitaire” à l’Université de Toulon et Aurélia Barbier, responsable des relations extérieures de l’ESSCA Aix-en-Provence, qui ont tour à tour expliqué en quoi leurs établissements valorisaient l’engagement étudiant.

Pourquoi s’engager ?

Depuis 2015 à l’Université Nice/Côte d’Azur, par un “bonus engagement” (crédit de 0,25) offert aux étudiants dégageant « une vingtaine d’heures sur un semestre », par désormais des crédits ECTS pour certains types d’engagement, et bientôt via « un cursus engagement, soit quelque chose de plus pérenne, se déclinant sur tout le parcours universitaire à l’instar de ce qui se fait chez nos voisins anglo-saxons. » Pour les 400 étudiants de l’ESSCA Aix-en-Provence, leur établissement « les a incités à monter eux-mêmes un projet [de collecte de fonds] pour l’Afev », mis en place deux crédits ECTS pour des actions de mentorat pour l’association et œuvré dans le cadre de Démo’Campus pour un partage d’expériences à destination de collégiens et lycéens. Pour l’Université de Toulon, enfin, la valorisation de l’engagement étudiant passe également par une bonification – « ce qui pose un problème, selon Michel Langevin, puisque les apports liés aux soft skills ne seront vraiment reconnus que quand ils seront réellement intégrés dans les diplômes… » Il est donc important de mener une réflexion approfondie sur « ce que les étudiants, qui sont des adultes, peuvent apporter à leur campus, et sur ce que l’on peut leur déléguer, à eux ainsi qu’à leurs associations. » Des questions qui ne pourront se satisfaire d’une simple bonification. « L’enjeu est fort pour les années à venir : transformer un engagement de court terme en engagement de long terme, et travailler sur l’évaluation de cet engagement et son intégration aux cursus. » A ce titre, l’open badge s’avère un dispositif particulièrement prometteur.

Pour tous, « l’Université n’est pas seulement un endroit où l’on dispense des enseignements, mais un lieu où l’on forme de futurs citoyens », et de jeunes actifs « qui auront eu alors l’occasion de développer des compétences utiles pour leur insertion sur le marché de l’emploi. ». A ce titre, la mobilisation et l’engagement des étudiants jouent leur rôle à plein. Concernant le travail de l’Afev sur ces questions, Malek Ghariani, étudiante et mentor à l’Afev Nice depuis 4 ans, a eu l’occasion pendant cette séquence d’exprimer concrètement ce que lui apporte et lui avait apporté son engagement, y compris au cours de la récente crise sanitaire. Selon elle, qui avait craint au départ que les deux heures hebdomadaires consacrées à cette action ne soit chronophages, « elles ont au contraire été bénéfiques tant pour moi que pour la personne que j’accompagnais », notamment en termes de confiance en soi et de création d’un lien particulier avec sa mentorée. Concernant les confinements, « le mentorat a été la seule chose stable pendant cette période », alors qu’en dehors de cette expérience tout semblait flou et perturbant. Dans les faits, a-t-elle conclu, pendant ces quatre ans d’accompagnement, « nous avons, moi et ma mentorée, grandi ensemble. »

A son tour, le Directeur du développement urbain à l’Afev Jérôme Sturla a exprimé l’intérêt selon lui de développer des tiers-lieux (comme la plateforme d’innovation sociale Méd’in à Nice) pour favoriser la mobilisation et consolider le bien-être des étudiants. « Avant tout, a-t-il constaté, il s’agit d’un formidable lieu de socialisation, répondant à l’appétence de “faire commun” sur un campus. » En outre, pour l’Afev, « il ne s’agit pas simplement de considérer l’Université comme un lieu de transmission de savoir ou de recherche, mais comme un acteur sur lequel repose une Responsabilité sociale à part entière » – la RSU, cousine universitaire de la RSE. D’où l’intérêt de rentrer en discussion « avec l’institution universitaire, et désormais les grandes écoles, pour déterminer comment les établissements supérieurs peuvent jouer leur rôle social sur un territoire », mais aussi contribuer à améliorer de manière plus générale « l’expérience étudiante » – avec l’acquisition de « compétences informelles, non formelles, que l’on qualifie désormais de soft skills. »

Un mentorat, des mentorats

Pour conclure sur les différentes facettes du mentorat aujourd’hui, la Déléguée régionale Sud Provence Alpes Côte d’Azur de l’Afev Candice le Tourneur recevait cinq intervenants pour une dernière table-ronde. Julie Tartarin, Directrice de l’association Socrate, a ainsi pu parler du mentorat lycéen (une heure par semaine), reposant sur des processus « adaptés à une population plus jeune que celle des mentors de l’Afev. » Pour elle, « l’engagement, quel que soit son niveau, constitue toujours un signe qui donnera à l’avenir des indications à des recruteurs, à des universités. » De son côté, le proviseur Silvio Mermier a indiqué comment, dans le cadre des cités éducatives et avec l’Afev, le lycée général et technologique Thierry Maulnier s’était inscrit depuis deux ans dans une démarche similaire, « en axant les choses sur l’importance de l’environnement familial dans la réussite scolaire. » Le mentorat permet alors de contrer les inégalités scolaires subies du fait du milieu social d’origine, notamment en manière de projection dans l’avenir. Et ce, à condition d’agir « avec finesse, pour éviter que les élèves concernés ne se sentent encore plus stigmatisés. »

Béatrice Scher, responsable de la mission “Lutte contre le décrochage scolaire” à la Direction régionale académique de l’Information et de l’Orientation du rectorat de Nice, a introduit son propos par la lecture de la lettre adressée à son instituteur par Albert Camus lors de la remise de son prix Nobel, pour rappeler l’importance des enseignants les plus engagés dans le parcours des jeunes. A ce titre, le dispositif Primo mis en place par le rectorat de Nice et les enseignants italiens du Val d’Aoste a permis de mener une réflexion approfondie sur le repérage des élèves fragiles et le soutien à leur apporter – notamment via une démarche de tutorat. Quant à Fanny Sananes, monitrice-éducatrice à la Villa Marie-Ange (maison d’enfants à caractère social), cette table-ronde lui a donné l’occasion de braquer les projecteurs sur un partenariat mis en place avec l’Afev pour du mentorat à distance, et Break Poverty pour l’attribution de matériel informatique… avec des spécificités propres à cette population ressortant de l’aide sociale à l’enfance. Et, à terme, « de très bons résultats aux examens, l’an dernier. »

Un témoignage et des soutiens

Un témoignage particulièrement intéressant (et applaudi) est également intervenu pendant cette dernière séquence : celui d’Abdelhakim Madi, ancien mentoré de l’Afev désormais volontaire en service civique, par ailleurs Président de l’association Partage ton talent, représentant du Parlement régional de la jeunesse et Président des jeunes européens de Nice. Pour lui, issu d’un lycée professionnel et ancien « mauvais élève, mais très sage et hyperactif sur le terrain », ses mentors Anthony puis Morgane ont joué un rôle particulièrement marquant sur son parcours, au moment même où certains professeurs tentaient de le convaincre d’abandonner ses études pour devenir comédien. « Aujourd’hui, a-t-il conclu, je partage mon talent avec un jeune, comme l’association et mes mentors ont su partager avec moi leur talent. »

En clôture de l’ensemble de ces échanges, et tandis que Mathieu Py rappelait l’objectif de 1 000 engagés niçois pour 2025, les conseillers municipaux de la Ville de Nice Xavier Latour (“Enseignement supérieur, recherche et formation continue”) et Pierre Barone (“Vie associative et engagement citoyen”) étaient présents pour exprimer le souci constant de la municipalité de lutter contre l’échec scolaire, et saluer le lien fort qui la lie avec les équipes locales de l’Afev depuis désormais de nombreuses années. « Nous serons toujours à vos côtés », a indiqué Pierre Barone, tandis que Xavier Latour ajoutait : « Ces synergies que vous créez, cette énergie que vous déployez avec une philosophie toute particulière, permettent aux jeunes comme à leurs familles de retrouver un peu d’espoir, là où il en manque souvent beaucoup. » Enfin, selon lui, « refuser, c’est faire preuve de beaucoup d’optimisme, de confiance en l’avenir. Vous méritez donc que la collectivité, que les collectivités vous accompagnent. N’hésitez donc pas à aller encore plus loin. »

François Perrin




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