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Villeneuve d’Ascq : un espace Afev implanté au cœur d’un quartier

Villeneuve d’Ascq : un espace Afev implanté au cœur d’un quartier

A Villeneuve d’Ascq, près de Lille, l’implantation d’un espace Afev au cœur du quartier Pont-de-bois marque le début d’un nécessaire rapprochement d’une structure associative dynamique avec la municipalité. Il incarne un exemple réussi de collaboration fructueuse entre acteurs, dont un bailleur, une collectivité et une Université.

L’Afev Lille Métropole a fait le choix, il y a quinze ans, de s’implanter à Villeneuve d’Ascq – bien qu’elle intervienne aussi à Lille et Roubaix -, en raison d’une nécessité stratégique de proximité avec les campus universitaires afin de mener ses actions éducatives. Cependant, comme l’explique Nadia Nait Takourout, « développeuse » de l’Afev Hauts-de-France, « Villeneuve d’Ascq est restée longtemps un simple site d’accueil du local, sans partenariat avec la municipalité. », un local disposant d’une faible visibilité, et peu accessible. Or, il y a deux ans, l’antenne apprend par son bailleur LMH la destruction prochaine du bâtiment qui l’hébergeait. Ayant développé en parallèle son projet « kolocations solidaires (Kaps) » dans la région, elle a pris contact avec différents bailleurs jusqu’à signer en juin 2017 une convention avec INA 3F, très présent dans cette ville et en particulier sur le quartier Pont-de-Bois, « sur lequel nous essayions de nous ancrer depuis trois ans. » Sur ce secteur, ce bailleur gère en bonne entente avec la mairie près de 800 logements « très denses » d’après Jean-Jacques Thammavong, gérant de l’agence locale, « avec au pied des immeubles des cellules que nous ne parvenions pas à développer, le commerce ne fonctionnant pas sur le quartier Pont-de-Bois. On a donc proposé à de petites associations de s’y installer, jusqu’à rencontrer l’Afev et son délégué régional, avec lequel ça a matché tout de suite, en particulier parce que leur approche incluait un partage et une morale. Je tiens en effet à ce que les locataires aient une nouvelle image du bailleur, qui ne se contente pas d’encaisser les loyers. »

Un quartier très particulier, dans la mesure où si sa réhabilitation s’avère plutôt réussie, il est composé à près de 90% de logements sociaux, et accueille à la fois de nombreux établissements scolaires et le campus universitaire SHS de l’Université de Lille (soit plus de 15 000 étudiants). Les problèmes sociaux y sont nombreux : faible mixité du fait de la réticence des étudiants à s’y installer, surreprésentation de familles monoparentales, taux de chômage établi à 27%… Ainsi, les bâtiments universitaires et le quartier résidentiel se regardaient jusqu’alors en chiens de faïence séparés par une passerelle surnommée de manière parlante « le (Grand) Canyon ». Une situation que déplorait Maryvonne Girard, première adjointe au maire de Villeneuve d’Ascq et habitante du Pont-de-Bois, particulièrement enthousiaste quant à cette nouvelle implantation : « Nous étions très contents quand il se sont installés là, avec ce projet Kaps qui nous tient à cœur : ces jeunes donnent énormément de vie au quartier, ils apportent une dynamique de solidarité, une volonté de faire bien les choses et de faire participer les habitants aux activités. »

Une évolution vue aussi d’un très bon œil par l’Université de Lille Métropole, en la personne de sa directrice du développement durable et de la responsabilité sociale Émeline Huart : « Si nos missions premières restent la formation et la recherche, valoriser le levier étudiant pour se rapprocher des quartiers constitue une véritable opportunité. » L’Université – qui emploie pour le seul service de cette direction dix volontaires en service civique et a mis en place une « UE 10 Projets Etudiants » ainsi que, depuis la rentrée dernière, un contrat d’aménagement d’études -, apprécie de voir « l’implication des étudiants, toujours difficile à mesurer, formalisée au travers de conventions de partenariat avec des associations. Cela nous permet de rester ancrés dans la réalité des territoires à proximité de nos locaux, et aux étudiants de se découvrir, voir de conforter des vocations solidaires. Accessoirement, puisque les étudiants occupent le terrain de fait, il est toujours bon de pouvoir donner une autre vision de cette jeunesse, qui s’investit sur son territoire et pour son territoire, au travers d’actions citoyennes, solidaires, qui créent du lien social tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des campus. »

« Lorsque nous avons rencontré INA 3F pour le développement du projet Kaps à Pont-de-Bois, poursuit Nadia, nous avons proposé un projet de site ; il nous semblait évident qu’une ouverture de Kaps ne pouvait fonctionner correctement sans connexion aux différents projets de l’Afev, mais également sans lien avec les différents acteurs du territoire. » Ainsi, l’implantation au cœur du quartier a constitué le « centre névralgique » du développement de ce projet, et la construction d’un partenariat avec le bailleur a permis un rapprochement rapide avec la municipalité (y compris en termes de financement) et une sécurisation « de notre partenariat avec la Métropole européenne de Lille, qui attendait le développement de notre action sur ce territoire. »

Côté bailleur, un bail revu à la baisse, 5 ans de gratuité de loyer, une implication à hauteur de 20 000 euros de travaux, l’Afev couvrant les 45 000 euros supplémentaires et garantissant une présence de dix ans en ces locaux, pour y développer l’intégralité du projet à l’échelle du micro-secteur. Ainsi, aujourd’hui, le nouveau local villeneuvois, directement intégré dans son environnement d’action, vise à devenir « une vitrine de l’engagement solidaire et un lieu vivant/animé dans le quartier (d’où une structuration en open-space et une vitrine donnant sur la chaussée). » Pour Jean-Jacques Thammavong de INA 3F, « cette présence concrète et permanente d’étudiants au sein de nos locaux constitue une réelle valeur ajoutée pour améliorer le vivre-ensemble au sein du quartier. Et nous sommes ravis de contribuer à permettre à l’Afev de pérenniser son action sur un secteur qui a largement besoin. » Des premières opérations ont été organisées au printemps, puis à la rentrée, mettant en contact direct autour d’activités les habitants et les étudiants kapseurs (installés dans deux logements T5, avec sans doute un troisième l’an prochain) ou volontaires. Des actions auxquelles a pu assister Maryvonne Girard : « Ils ont organisé en octobre une très belle opération, en ouvrant leur local vers l’extérieur et en y faisant venir les habitants, dont cette fois-ci un grand nombre de jeunes de 10-12 ans, dans la joie et la convivialité. »

François Perrin




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