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Le droit à un climat scolaire apaisé

Le droit à un climat scolaire apaisé

Texte de cadrage de la 10ème édition de la Journée du refus de l’échec scolaire

La dernière livraison du PISA in focus sur le bien être des élèves[1] confirme à quel point l’enjeu du climat scolaire s’est progressivement imposée comme enjeu des politiques publiques éducatives, en France et ailleurs. Notion multifactorielle s’il en est, le climat scolaire recoupe les « normes, les buts, les valeurs, les relations interpersonnelles, les pratiques d’enseignement, d’apprentissage, de management et la structure organisationnelle inclus dans la vie de l’école »[2].

Si cette question du climat scolaire est sensible, c’est qu’elle pose, de fait, la question du lien entre expérience de vie scolaire et performance scolaire des élèves.

Au-delà, la notion de climat scolaire permet de resituer l’école non seulement comme un lieu de construction des savoirs, mais comme espace de vie, de construction et d’apprentissage de la citoyenneté. En ce sens, la problématique climat scolaire induit une réflexion sur les finalités éducatives de l’école (au-delà de l’« instruction ») et la diversité des compétences –scolaires et extrascolaires- qu’elle a pour mission de développer chez ses élèves.

Pour toutes ces raisons, l’Afev a choisi pour la 10e édition de la journée du refus de l’échec scolaire, espace de réflexion et de formulation de propositions, d’aborder la question des finalités du climat scolaire ainsi que des modalités de son amélioration.

Un bon climat scolaire, pour quoi faire ?

La relation entre un climat scolaire positif et la réussite scolaire des élèves est aujourd’hui établie par la recherche. Selon Benjamin Moignard, directeur de l’Observatoire Universitaire International Education et Prévention et parrain de cette 10ème édition de la Journée du refus de l’échec scolaire, « une bonne ambiance dans l’établissement est un élément déterminant de développement et d’adhésion aux activités d’apprentissages. Un climat scolaire positif apparaît aussi comme un facteur de protection essentiel pour les élèves et les personnels, en particulier dans les établissements implantés dans les quartiers populaires ».

Un bon climat scolaire peut également participer à réduire les inégalités dans la mesure où il augmente les résultats scolaires, indépendamment des facteurs socio-économiques initiaux[3].

Au-delà des résultats scolaires, la qualité du climat scolaire influe également sur la construction de l’adulte /citoyen en devenir. Les rapports entre pairs, entre élèves et enseignants, la collaboration ou la compétition, le manque d’exemplarité des adultes dans les établissements, le sentiment d’injustice scolaire, voire d’humiliation … : autant d’éléments qui  participent à forger un rapport à l’autre et in fine, un rapport à la société voire un sentiment d’appartenance républicaine. Celui-là même qui a été au centre de tous les débats au cours de la funeste année 2015 où fut lancée la « grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République ».

De fait, ce que révèle l’étude pisa 2015 sur le bien être des élèves français n’est pas tant un problème d’angoisse ou de mal-être[4], mais le faible sentiment d’appartenance des élèves à leur établissement, qui se révèle le plus faible taux de tous les pays participants[5]. Cette faible appartenance étant d’ailleurs articulée avec les résultats scolaires[6].

Un bon climat scolaire comment faire ?

Agir sur le climat scolaire suppose un engagement de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative pour d’agir concomitamment sur plusieurs facteurs et à plusieurs niveaux :

  • dans la classe (pédagogie/organisation et gestion de classe…)
  • dans l’établissement (qualité de vie scolaire, organisation du temps et de l’espace, stratégie d’équipe/direction d’équipe, justice scolaire, prévention des violences et du harcèlement…)
  • mais aussi en lien avec le « hors les murs » de l’école (parents, partenaires, collectivités..) et le « climat de quartier ».

Travailler sur le climat scolaire peut reposer sur quelques entrées simples et concrètes telles que : « les modalités de prises en charge des élèves en difficulté, une réflexion partagée associant les élèves sur les usages des bâtiments, un travail sur les sanctions et leur dimension éducative…. ». L’ouverture de l’école aux autres acteurs éducatifs est aussi un levier concret en termes d’amélioration du climat scolaire : cf la qualité du lien avec les parents ou encore l’impact que peut produire l’investissement de jeunes en service civique aux côtés des équipes éducatives tout au long de l’année scolaire comme le font par exemple les 400 « volontaires en résidence » de l’Afev dans les établissements prioritaires.

Inégalités de climat scolaire : un enjeu politique

Nous sommes, aujourd’hui, au milieu du gué. La problématique du climat scolaire a clairement émergé ces dernières années à la fois en termes de politiques publiques éducatives : on l’a vu par exemple avec les campagnes nationales contre le harcèlement scolaire ou des conseils départementaux qui initient des « départements climat scolaire » mais aussi localement avec des équipes éducatives très mobilisées sur certains établissements.

Mais beaucoup reste à faire, notamment dans la mesure où la question du climat scolaire recoupe celle des inégalités. L’urgence d’amélioration du climat scolaire est, plus qu’ailleurs, une priorité dans les établissements de l’éducation prioritaire et particulièrement dans les collèges. Les parents ne s’y trompent d’ailleurs pas, la stratégie d’évitement de la carte scolaire étant bien plus forte à partir de l’entrée en sixième. Les chances des élèves ne sont pas les mêmes de réussir en REP + qu’en centre-ville non seulement du fait des difficultés sociales et scolaires individuelles des élèves mais de la concentration d’élèves en mal-être dans ces établissements et d’équipes éducatives parfois elles-aussi en souffrance. A titre d’exemple, dans les établissements en REP +, les faits de violence, conseils de discipline ou exclusions temporaires sont significativement plus élevés qu’ailleurs.

La recherche (et notamment les travaux de Benjamin Moignard) a montré en quoi un climat scolaire dégradé pouvait constituer l’un des facteurs déterminants dans les processus de décrochage scolaire.

Cet état de fait ne doit pas amener à une résignation face au déterminisme social mais, à l’inverse, à une mobilisation générale à la hauteur de l’enjeu. Le message que la 10e Journée du refus de l’échec scolaire entend porter c’est qu’au-delà de la question de « l’égalité des chances individuelles » des élèves, c’est aussi pour le « droit à un climat scolaire apaisé et favorable pour tous » que l’ensemble des acteurs de la communauté éducative doit se mobiliser. Parce qu’on ne peut tout simplement pas investir les apprentissages scolaires lorsque que l’on est en souffrance dans son établissement, mais aussi parce que ce qui se joue aujourd’hui dans nos écoles et nos collèges construit le « vivre ensemble » de demain.

 

Si l’on peut saluer les avancées en termes de mesure aujourd’hui du climat scolaire par établissement (rendue possible par des enquêtes de victimation de plus en plus développées sur les établissements) et la systématisation de groupes académiques climat scolaire et des référents harcèlement dans toutes les académies, il nous semble indispensable d’aller plus loin.

C’est à une véritable prise de conscience collective que nous appelons de la part de l’ensemble des acteurs de leur rôle et responsabilité en termes de climat scolaire : personnel de direction, enseignants, vie scolaire, élèves, parents, structures partenaires de l’école, collectivités…

En outre, nous invitons à porter une attention particulière sur :

  • le renforcement de la formation initiale et continue des enseignants sur cet enjeu (le climat scolaire étant présent mais de manière morcelée, sans forcément vision d’ensemble, dans le parcours de formation)
  • La systématisation des enquêtes de climat scolaire notamment sur l’éducation prioritaire et en faisant de l’évolution des indicateurs un objectif prioritaire du projet d’établissement, partagé avec toute la communauté éducative (sans transformer cette démarche en un outil de stigmatisation des établissements les plus fragiles)
  • Le renforcement des moyens humains dédiés à la vie scolaire dans les établissements (même s’il convient de souligner que ce serait une erreur stratégique limiter le climat scolaire à la mobilisation des acteurs de la vie scolaire).

[1] https://www.oecd.org/fr/education/pisa-2015-results-volume-iii-9789264273856-en.htm

[2] http://www.lab-afev.org/benjamin-moignard-ameliorer-le-climat-scolaire-est-un-moyen-de-lutter-le-decrochage/

[3] Le « climat scolaire » : définition, effets et conditions d’amélioration : synthèse coordonnée par Eric Debarbieux http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Documents/docsjoints/climat-scolaire2012.pdf

[4] L’anxiété à l’école qui était un point faible de l’école française est maintenant en dessous de la moyenne de l’OCDE

[5] 41% des élèves français se sentent  comme chez eux dans l’établissement contre 73 % en moyenne dans l’OCDE

[6] En France les élèves qui se sentent étrangers à leur école accusent un retard de 30 points en sciences, soit presque une année scolaire




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