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Repenser la démocratie ! On commence par la méthode ?

Repenser la démocratie ! On commence par la méthode ?

« Comme une envie de démocratie », tel était le thème du premier FOReje qui a réunit 1 000 jeunes engagés à Poitier les 27 et 28 août dernier. A l’initiative de 7 organisations, l’Afev, l’ANACEJ, ANIMAFAC, Graines de France, l’Institut confiance, les Petits débrouillards et Unis-Cités ce premier rendez-vous fut une belle réussite.

Pendant deux jours plusieurs espaces d’expressions et de participation ont été proposés pour aborder de nombreux thèmes tels que : l’université, la révolution numérique, la transition écologique, l’Europe, l’économie sociale et solidaire… L’ensemble des ateliers de réflexion ont élaborés des propositions qui seront présentées prochainement et adressé aux pouvoirs publics. Trois tables rondes en séance plénière ont permises de développer des points de vue et des analyses concernant les nouveaux enjeux démocratiques auxquels sont confrontés nos sociétés contemporaines.

Perte de légitimité

Qu’ils soient chercheurs, politologues, syndicalistes ou élus locaux, tous ont pointés la perte de légitimité des différentes institutions représentatives qui, historiquement, structuraient et régulaient une partie de notre vie sociale. Ainsi, pour l’ensemble des intervenants les syndicats, les partis politiques et les associations doivent se prêter à un vaste examen de conscience. Ces corps intermédiaires ont pour impératif de faire preuve d’imagination pour endiguer le phénomène de « défiance démocratique » qui traverse les pays de l’Union européenne.

Lors des débats Dominique Reynié, président de Fondapol, a évoqué la montée des nouveaux populismes. Ils conduisent, selon lui, « à d’inquiétants replis sur soi qui favorisent l’émergence électorale de partis politiques xénophobes à l’échelle du vieux continent ».

Il a notamment parlé du double sentiment de perte « matériel » (déclasse- ment professionnel, baisse du pouvoir d’achat, chômage…) et « immatérielle » (appartenance a la communauté nationale, vision de l’avenir, incidences de la mondialisation…) ressenti fortement par nos concitoyens.

Sarah Proust, responsable politique, a traité la situation française en s’intéressant aux causes de la montée du Front National à partir du retour de dialogues qu’elle a eu, dans différentes régions françaises, avec des électeurs frontistes. Si les raisons de ce sinistre climat sont principalement économiques certains contributeurs ont insisté sur la nécessité de repenser notre modèle démocratique. Celui-ci apparaît de moins en moins adapté aux transformations que connaissent nos anciens pays industrialisés. Les sphères de pouvoirs institutionnelles, locales ou nationales, sont fortement délégitimées aux yeux de nos concitoyens, particulièrement auprès des jeunes générations.

Pour tenter d’apporter quelques réponses, Loïc Blondiaux, chercheur, a insisté sur la nécessité de « revitaliser la démocratie représentative en introduisant des dynamiques délibératives pour restaurer le lien entre la représentation politique et les aspi- rations citoyennes ». En ce sens, il se réfère au concept de « contre démocratie » développé par Pierre Rosanvallon qui prône une plus grande participation des populations aux prises de décisions publiques.

Un appel au sursaut démocratique

L’ensemble des intervenants ont souligné l’urgence d’un sursaut démocratique. Pour eux notre République vit une véritable césure entre le peuple et ses élites locales, nationales ou européennes.

En qualité de président de l’Agence du service civique, François Chérèque a réfuté l’idée selon laquelle nous vivions une période de crise. Selon lui, « parler de crise c’est sous entendre que nous reviendrons à un état antérieur, ce qui ne sera pas le cas. Cet état d’esprit nous empêche de perce- voir que nous traversons une gigantesque période de transition ».

Pour pouvoir l’appréhender il faut certes, offrir des espaces de réflexions mais aussi proposer des champs d’actions qui, tout comme la pensée, doivent aussi se rénover. C’est tout l’intérêt de la diversité des expériences présentées par différents acteurs qui, quotidiennement, à travers leurs initiatives tentent de renouer les fils du dé- bat démocratique.

Ainsi, Christine Lapostelle du collectif « micro démocratie du bout du monde », Sabah Rahmani de « Reporters citoyens », Pascal Aubert de « Pouvoir d’agir » ou encore Cyril Lage présentant sa plateforme « Parlement et citoyens » ont démontré qu’une foultitude de projets existent et tentent de répondre par « l’agir » aux problématiques exposées par les intervenants du FOREJ.

Démocratie d’ici et d’ailleurs

Ces rencontres ont été ponctuées par un échange sur le thème « la démocratie ici et ailleurs». Là encore, Eliane Laberge du mouvement étudiant « carré rouge et du printemps d’érable »), Safia Lebdi co-fondatrice de l’antenne française des « Femen » et Christophe Geiseler, (fondateur états-uniens de MIMA Media ont démontré que nous sommes tous, aujourd’hui, des « immigrés de la mondialisation ».

Nous avons pu mesurer que l’ensemble des sujets traités pendant ces deux jours n’ont pas uniquement une résonance hexagonale mais bien une portée internationale.

La démocratie reste une valeur universelle et un bien qu’il faut à la fois préserver lorsqu’il est fragilisé et exporter lorsqu’il n’existe pas.

Notre responsabilité est de penser le monde à partir de ce qu’il est aujourd’hui. Pour Dominique Reynié nous nous devons de faire preuve d’optimisme pour aborder les transformations en cours. Ces dernières sont fortement imprégnées de la révolution technologie de la fin du 20ème siècle. Ainsi, pour ce chercheur, « la mutation sera achevée et le monde de demain se dessinera avec la prise de responsabilité des nouvelles générations ». En effet, selon lui, les générations actuelles paraissent incapables de sur- monter les difficultés et de répondre aux énigmes actuelles.

Comme l’indiquait, en conclusion de ce premier FOREJ, Thibault Renaudin, secrétaire général de l’Afev, « il est impératif de créer de nouvelles dynamiques collectives pour sortir de l’entre soi ».

La complexité des difficultés économiques et sociales auxquelles nous sommes confrontés ne doivent pas nous détourner du chemin du « faire ensemble ». La réussite de ce rassemblement de jeunes engagés, dans divers champs de la solidarité, nous inspire autant d’humilité face aux enjeux démocratiques qui sont devant nous, que de détermination à poursuivre ce combat au service d’une démocratie repensée.

Jérôme Sturla, Chargé de projet Afev – Responsabilité sociale des territoires




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