Rechercher

Réforme de l’apprentissage

Réforme de l’apprentissage

Contribution de l’Afev – octobre 2017

Le Président de la République lance un chantier important de réformes de la formation professionnelle, de l’assurance chômage et de l’apprentissage. L’origine de ces réformes s’enracine dans la volonté de réduire une inégalité profonde : l’inégalité de formation. Le constat est connu de tous : près de 100 000 jeunes quittent chaque année notre système éducatif sans diplôme, mais ces mêmes jeunes bénéficient peu de la formation professionnelle dans la mesure où, en France, les personnes les plus qualifiées sont les premiers bénéficiaires de la formation tout au long de la vie.

De cette manière, au lieu de réduire les inégalités, le système actuel participe à les accroître. Pour les jeunes sortis de notre école sans qualification, cela constitue une double peine : non diplômés en première instance, ils ne rattraperont pas leur retard plus tard, au contraire, l’écart va continuer à se creuser.

Les conséquences sont naturellement dramatiques : pour chaque jeune et pour sa famille. Mais elles sont aussi négatives pour la cohésion sociale, la compétitivité économique, le développement territorial…

En ce sens, les réformes voulues par le Président de la République dans ce domaine rejoignent le combat que l’Afev mène depuis 25 ans maintenant en faveur de la réussite de chacun.

Fort de notre éligibilité à la collecte de la part Hors Quota de la Taxe d’Apprentissage, l’Afev a noué de nombreux partenariats avec des entreprises : PME mais aussi grands groupes, dans des secteurs très divers (banque, BTP, énergie, transports, numérique, industrie…). Un constat unanime a été dressé par ces partenaires économiques : leur incapacité à recruter en apprentissage des jeunes qui ne maîtrisent pas les savoir-être pour travailler (couramment appelés soft skills). Ce constat unanime nous a poussé à agir ensemble pour rendre accessible l’apprentissage à ces jeunes. C’est l’expérimentation « Apprentis Volontaires » menée avec EDF et qui vise à rendre accessible l’apprentissage à travers un engagement citoyen en Service Civique.

C’est donc sur la base de cette conviction, et de notre engagement sur le terrain, que nous vous formulons 3 propositions en faveur de la réussite des apprentis :

  • Proposition 1 : élargir le champ des Préparations Opérationnelles à l’Emploi pour créer un parcours de formation axé sur les savoirs-être.
  • Proposition 2 : agir pour faire reculer le décrochage au cours de l’apprentissage.
  • Proposition 3 : sécuriser les financements pour les organisations agissant en faveur de l’apprentissage.

Proposition 1 : élargir le champ des Préparations Opérationnelles à l’Emploi pour renforcer les Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POE) Individuelles

Quand une entreprise souhaite embaucher un salarié, mais que celui-ci ne dispose pas des savoirs-faire requis, elle passe parfois par une Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POE). Concrètement, l’entreprise conditionne une promesse d’embauche à l’acquisition d’une formation par le salarié. Cela sécurise le salarié (la promesse d’embauche engage l’entreprise et l’assure d’avoir un emploi) et permet à l’entreprise de recruter un salarié possédant l’ensemble des compétences requises pour le poste.

Or les POE sont majoritairement réalisées en collectif. Ce qui est mal adapté pour permettre à des personnes de renforcer leur employabilité en améliorant leurs postures et attitudes compatibles avec le monde du travail, ce qui est, rappelons-le, un problème auquel se heurtent toutes les entreprises, y-compris dans les métiers en tension.

  • Nous proposons donc de renforcer la mise en œuvre de POE Individuelles pour qu’en plus des volets savoirs-faire, elles incluent aussi des parcours de formation spécifiquement axés sur l’acquisition de savoir-être (soft skills) afin de répondre à l’enjeu de rendre accessible l’apprentissage à des jeunes pour qui cet accès est aujourd’hui impossible à cause de leur comportement inadapté.
  • Pour renforcer l’efficacité de cette mesure, et éviter la mise en place de formations peu efficaces, nous insistons sur le fait que ces formations ne peuvent pas être que théoriques. L’acquisition de savoirs-être ne s’apprend pas comme si on récitait un code de bonne conduite : « je dois être à l’heure, je dois respecter les consignes de sécurité, je dois communiquer aimablement avec mes collègues…). L’acquisition de savoirs-être s’éprouve dans des mises en situation concrètes, dans des actions quotidiennes sur le terrain, dans la même philosophie que l’apprentissage.

En ce sens, nous proposons que les associations puissent nouer des partenariats avec les entreprises, Pôle Emploi (et les services compétents en matière d’accès à l’emploi) et être agrées pour dispenser ces « POE Soft Skills ».

 

Proposition 2 : agir pour faire reculer le décrochage au cours de l’apprentissage

Comme nous l’avons évoqué plus haut : l’apprentissage est une solution exigeante pour la formation des jeunes. Mais cette exigence se paye cher : 30% des apprentis décrochent et mettent fin à leur formation avant d’avoir obtenu leur diplôme[1]. Ce qui fait du contrat en apprentissage le contrat de travail qui subit le plus fort taux de ruptures anticipées. Toutes les ruptures anticipées ne sont pas problématiques : quand elles sont dues par exemple à l’obtention d’un CDI ou quand l’obtention du diplôme est antérieure à la fin du contrat.

Mais beaucoup de ces ruptures constituent un décrochage comparable au décrochage scolaire. Selon le CEREQ : la moitié de ces ruptures anticipées sont à l’initiative des apprentis et dues à de mauvaises conditions de travail. Et l’analyse des données sur le décrochage au cours de l’apprentissage est mal organisée en l’absence de véritable observatoire. Or, une analyse plus fine des raisons de l’abandon permettrait de prendre des initiatives adaptées contre ce décrochage. Nous proposons que les Ministères du Travail et de l’Education Nationale organisent, analysent et rendent publique les chiffres du décrochage dans l’apprentissage de manière annuelle et que ces données fassent obligatoirement l’objet d’un débat entre partenaires sociaux.

Les entreprises doivent prendre leurs responsabilités en améliorant les conditions d’accueil des apprentis, les CFA doivent prendre les leur également.

  • Comme cela a été réalisé en région Rhône Alpes à partir de 2009, nous proposons un renforcement et un soutien aux initiatives pédagogiques allant de ce sens d’une meilleure individualisation du suivi des apprentis et d’un repérage rapide des risques de décrochage. Pour cela, nous préconisons d’organiser au sein des CFA des modalités d’écoute des jeunes, de soutien face aux problèmes de logement, de santé, de mobilité et d’orientation.
  • Là aussi nous proposons que les associations puissent être parties prenantes de la lutte contre le décrochage dans l’apprentissage en facilitant l’établissement de partenariats entre associations et CFA, et que les initiatives pédagogiques portées entre un CFA et une association puissent être soutenues.

L’Afev, avec ses 25 ans d’engagement en faveur de la réussite de chacun, est résolue à prendre sa part dans cette lutte : grâce à ses bénévoles, ses jeunes en Service Civique, mais aussi en permettant aux entreprises et aux CFA de préempter des places au sein de nos logements solidaires : les Kaps.

 

Proposition 3 : sécuriser les financements pour les organisations agissant en faveur de l’apprentissage

Avec plus de 30 milliards d’euros dépensés chaque année dans la formation professionnelle, les français sont en droit d’exiger de meilleurs résultats. Il reviendra au législateur de faire le tri dans les dépenses qui lui semblent justes.

La suppression annoncée de la fraction Hors Quota de la Taxe d’Apprentissage ne doit pas supprimer une ressource financière significative pour les acteurs agissant en faveur de l’accès à l’apprentissage. C’est précisément l’éligibilité de l’Afev à la collecte du Hors Quota qui nous a permis de construire avec les entreprises et les branches des actions sur mesure, comme « Apprentis Volontaires ». En supprimant la part Hors Quota de la TA, sans mettre en place de dispositif de substitution, le législateur prend le risque de supprimer par la même occasion l’émergence d’actions innovantes co-construites par les acteurs de terrain pour répondre à leurs besoins.

  • Si la suppression de la part Hors Quota était confirmée, nous proposons que les organismes mettant en place des actions significatives en faveur de l’accès à l’apprentissage, ou en faveur de la lutte contre le décrochage au cours de l’enseignement professionnel puissent être agréés par les Ministère du Travail et de l’Education National au titre de la fraction Quota, en créant au sein de la fraction Quota une section spécifique pour le soutien à ce type d’initiatives. Nous proposons que 3% de la fraction Quota de la TA soit affectable par les entreprises à ces actions.

Ce faisant, le législateur sanctuariserait une enveloppe significative dédiée uniquement à l’accès à l’apprentissage pour tous, et à la lutte contre le décrochage. Cela permettrait d’afficher une politique publique claire dans l’intérêt des apprentis et de leur CFA, sans peser sur les dépenses des entreprises.

 

Regards de l’Afev sur l’apprentissage et la formation en Lycée professionnelle

L’Apprentissage : une solution pour ces jeunes.

L’enseignement professionnel (quand il est choisi), et a-fortiori l’apprentissage, constitue une bonne réponse pour réconcilier ces jeunes en rupture avec la formation et avec l’entreprise. L’alternance entre théorie et pratique répond à leur besoin de voir « à quoi ça sert d’apprendre ça ». Le travail en entreprise répond également à l’envie des jeunes de « montrer ce qu’ils valent », en réaction à leur échec scolaire, et à l’image négative d’eux-mêmes qui a pu leur être renvoyée.

En plus des bénéfices pour les entreprises liés à une qualification de la main d’œuvre adaptée à leurs besoins, permettre à un jeune en difficulté de rentrer en apprentissage, c’est lui donner la possibilité de trouver un cadre qui lui permettra de se reconstruire, d’acquérir des compétences, et de se positionner sur le marché du travail.

D’autre part, l’apprentissage est une voie positive pour l’accès à l’emploi. En moyenne, 7 mois après l’obtention de leur qualification, 62% des apprentis titulaires d’une qualification de niveau V, IV et III ont un travail. Et parmi eux 50% sont en CDI[2]. Bien entendu, plus le niveau de diplôme est élevé, plus l’accès à l’emploi est positif, et toutes les filières n’ont pas les mêmes performances selon le niveau de tension du marché de l’emploi.

Mais l’apprentissage c’est exigeant, et les jeunes aux soft skills faibles n’y ont pas accès.

Etre apprenti c’est cumuler une formation diplômante et un vrai travail en entreprise. Bien entendu les CFA et les maîtres d’apprentissage veillent à la compatibilité de ces deux statuts. Mais le jeune doit être capable d’allier sa vie d’étudiant à sa vie de salarié : il faut être capable de jongler avec ces deux casquettes, jongler avec deux emplois du temps, savoir se rendre disponible, s’organiser, se montrer professionnel tout en sachant gérer son travail personnel… C’est exigeant.

Dans l’entreprise, les apprentis sont soumis à des exigences de productivité. Même s’ils sont bienveillants, les managers attendent d’un apprenti qu’il soit efficace, qu’il s’implique dans son travail, que l’on puisse compter sur lui. En fait on le considère au même titre qu’un salarié à temps plein. Ils attendent des jeunes qu’ils s’adaptent aux codes de l’entreprise : ponctualité, capacité à communiquer avec les collègues ou les clients, capacité à travailler en équipe quand cela est nécessaire… Un ensemble de compétences transversales (ou soft skills) qui relèvent du savoir-être, de la posture ou de la maturité et qui pèsent lourd dans la sélection à l’embauche. Surtout qu’en général, l’apprentissage est la première expérience professionnelle du jeune, il n’a donc, jusque-là, acquis aucun savoir-être nécessaire. Ce qui rend l’employabilité du jeune assez fragile.

Concrètement : des candidats aux soft skills faibles ne sont pas retenus. Pour les jeunes décrocheurs, ce manque de savoir être s’ajoute à l’absence de savoir-faire: rien ne permet de compenser les lacunes. Leur employabilité est alors fortement entamée et ils n’ont pas accès à l’apprentissage quand bien même cela pourrait être une solution pour eux. De plus, ils sont impactés sur le long terme car les entreprises favorisent des candidats avec une expérience professionnelle, qui s’acquiert notamment par l’apprentissage.

L’enjeu est alors de permettre à ces jeunes d’améliorer leurs soft skills pour mieux savoir se positionner dans l’entreprise et avoir accès à l’apprentissage, et donc améliorer leur employabilité. C’est l’objectif de la proposition que nous formulons : créer un parcours qui rendre accessible l’apprentissage aux jeunes qui, même motivés, ne sont pas recrutés par les entreprises car elles craignent de devoir gérer trop de problèmes périphériques à leur cœur de métier.

 

par Frédéric Delattre, Afev

 

[1] Source : Commission Européenne

[2] Source : Ministère de l’Education Nationale

 

Photo :

123RF/Cathy Yeulet




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Translate »