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(Re)faire de la politique avec les territoires

(Re)faire de la politique avec les territoires

En ce début de 21ème siècle il apparait indispensable de façonner un nouveau rapport entre la Nation et ses territoires locaux, de repenser notre « design territorial ». Cette mutation est rendue indispensable par l’évolution de nos sociétés qui permettent une plus grande mobilité des individus. Le temps et l’espace semblent s’être contractés pour satisfaire les besoins en emplois,  formations, loisirs… Le développement des moyens de transports et l’introduction des technologies de l’information et de la communication (TIC) ont accéléré ce mouvement.

Comme l’indique Philippe Estèbe en préface du livre « Le pouvoir des territoires – essai sur l’inter territorialité » de Martin Vanier, « les territoires abritent de moins en moins de sédentaires et de plus en plus de passants, traversant l’espace, pour un jour, un mois, dix ans ».

De l’espace qui crée de l’identité

Ainsi, en complément de ses missions de proximité, l’action publique locale doit aussi se penser au-delà du périmètre d’un département, d’une agglomération ou d’une commune. Dans des secteurs stratégiques tels que les transports, l’économie, l’enseignement supérieur, la culture… il est nécessaire d’avoir une approche plus globale. Pour cela, il est vital d’introduire, comme le traite cet ouvrage, la notion « d’inter-territorialité » pour favoriser le développement harmonieux de nos espaces urbains ou ruraux.

Au-delà de fabriquer des modes d’intervention sociaux adaptés aux réalités de notre temps et des besoins des individus il s’agit de produire du sens et des visions d’avenir qui créaient un sentiment d’appartenance partagé. Ainsi, comme l’indique Martin Vanier, « un territoire est un espace socialement construit et approprié permettant de constituer un référent identitaire, un cadre de régulation et un périmètre pour l’action ».

Le territoire, un sujet politique et pas uniquement géographique

Historiquement, l’Etat régulait le marché et jouissait d’une forte légitimité institutionnelle. Avec la mondialisation, la remise en cause actuelle de ces fondements républicains donne le sentiment que la crise économique provoque une scission morale, sociale et spatiale chez nos concitoyens. La question territoriale n’échappant pas à ces phénomènes de fragmentation, il est donc nécessaire d’apporter, sur ce domaine comme sur d’autres, des réponses permettant de réconcilier nos concitoyens avec leurs institutions.

Comme l’écrit Martin Vanier, « l’Etat est débordé par les territoires ». Il propose de revisiter le paradigme territorial à travers trois processus : la décentralisation administrative, la recomposition territoriale, dont l’intercommunalité et la territorialisation des politiques publiques.

Cette approche préconise de travailler à l’émergence de nouvelles articulations entre les compétences des collectivités locales plutôt que raisonner exclusivement en substitution de l’une par rapport à l’autre. C’est tout l’enjeu du débat législatif actuel qui oscille entre la volonté de conjuguer les compétences des territoires existants et la fondation d’entités nouvelles.

La nécessaire “inter-territorialité”

Ce livre démontre qu’au lieu de figer les échelles territoriales il s’agit aujourd’hui de les combiner. Ce point de vue bouscule notre tradition jacobine qui appréhende l’action publique de manière verticale alors que les dynamiques actuelles, qui privilégient les mises en réseaux, sont très horizontales.

De plus, cette nouvelle période interroge nos modes de gouvernances hérités, depuis le Moyen Âge, du principe de la souveraineté territoriale. Comme pour la construction européenne, « l’inter territorialité » implique des partages de souveraineté entre les collectivités et les élus locaux. Ainsi, une intelligence collective interterritoriale s’impose pour faire aboutir des initiatives, dans les phases de délibération, de conception, de maitrise d’ouvrage et de maitrise d’œuvre.

Ce positionnement peut régénérer la démocratie locale à travers une mise en synergie d’une pluralité d’acteurs qui interviennent sur des projets qui transcendent les frontières institutionnelles établies.

Il est évident que l’analyse et les préconisations de Martin Vanier sont d’une grande pertinence dans le périmètre des principales métropoles françaises. Concernant les 60% restant du territoire national, ses analyses méritent d’être confrontées et enrichies avec celles du géographe Christophe Guilluy, auteur de « la France périphérique ».

A l’évidence, la question territoriale (re)devient une question politique.

Jérôme Sturla




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