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Quand des parents s’engagent pour la mixité sociale à l’école

Quand des parents s’engagent pour la mixité sociale à l’école

Si la majorité des gens sont convaincus de l’intérêt de la mixité sociale à l’école, encore faut-il la faire exister dans les faits. C’est le défi que se sont lancés des parents d’élèves du 18ème arrondissement à Paris rassemblés autour d’une association, le collectif Apprendre ensemble.

L’année dernière, lors de rencontres fortuites dans notre quartier du 18ème arrondissement parisien, nous avons découvert que nous étions plusieurs parents de la même école élémentaire à ne pas être sensibles à la mauvaise réputation des collèges du quartier au point d’élaborer des stratégies d’évitement.

En fait, avant même la maternelle, nous avions déjà tous entendu des rumeurs et rencontré des gens qui voulaient ou avaient effectivement évité l’école dont dépendaient nos enfants. Nous avions tous œuvré individuellement pour convaincre d’autres parents du quartier d’inscrire leurs enfants avec nous. La même chose s’est passée pour l’entrée à l’élémentaire. Finalement, dans cette école élémentaire classée REP+ (Refondation de l’éducation prioritaire), il y a maintenant une mixité qui se rapproche de celle du quartier. Tous les parents sont très satisfaits d’une école qui fonctionne bien, grâce à la motivation de tous, personnels et parents.

Traiter le problème au-delà d’un seul établissement

Suite à notre rencontre, nous nous sommes dit qu’il fallait absolument étendre ce cercle vertueux aux collèges et autres écoles du 18e arrondissement où un très grand nombre d’établissements sont ghettoïsés malgré une réelle mixité urbaine. En effet, le problème est à traiter à une échelle plus grande que celle d’un collège ou d’une école. Car les établissements qui deviennent attractifs le sont souvent aux dépens d’un autre. Nous avons donc créé une association : le Collectif Apprendre Ensemble.

Dans notre arrondissement, il n’y a « que » 20% de logements sociaux. Et les logements privés dégradés disparaissent peu à peu en raison de la hausse des prix et de la demande. On est donc très loin d’un territoire défavorisé même si plusieurs quartiers sont parmi les plus pauvres de France, comme l’atteste leur classement en Politique de la Ville.

Du fait de l’évitement et d’une sectorisation qui pourrait être mieux dessinée, cette mixité globale ne se retrouve malheureusement nulle part dans les collèges : sur 15 établissements, on trouve 2 REP+ et 6 REP qui sont évités pour 4 collèges publics et 3 collèges privés très demandés. Pourtant le 18ème ne fait que 6 km2 et dans la plupart des villes de province de cette taille, il n’y a qu’un seul collège, les parents ne se posent pas la question d’où inscrire leurs enfants.

Une absence de mixité sociale qui dessert les enfants comme les familles

Les conséquences sont graves. Pour les enfants, qui n’ont pas les mêmes chances partout, et qui pour beaucoup comprennent qu’ils ne sont pas des enfants de la République comme les autres. Pour les enfants dont les parents respectent la sectorisation et qui se retrouvent parfois isolés.
Pour les familles qui évitent, très souvent en contradiction avec leurs principes, leurs convictions politiques ou même religieuses. Pour des familles qui font parfois des sacrifices financiers considérables, ou d’autres qui doivent demander à leurs enfants de mentir sur leur domicile. Pour ceux qui évitent et se retrouvent dans des ghettos de privilégiés où la pression sociale, l’argent et la compétition scolaire font parfois des dégâts.
Pour nous tous, qui vivons les conséquences de cette mise à l’écart d’une partie de la population et de l’échec scolaire engendré, à travers les problèmes de délinquance, de repli communautaire, de violence qu’elle génère, avec les coûts inutiles pour la société en matière de services sociaux, d’emploi, de police, de justice, etc.

Un projet qui veut montrer l’exemple

L’objectif de notre association est d’agir pour éviter ce gâchis et d’avoir partout des établissements équilibrés où les enfants pourraient apprendre ensemble quelque soit leur milieu. Pour la première fois, le système éducatif français a intégré l’objectif de mixité dans ses textes. Il reste la volonté de les appliquer. Avec une sectorisation équilibrée et acceptée, des familles mieux informées, une action forte des pouvoirs publics, la composition et la taille réduite du 18ème permettront de transformer la sociologie de ses établissements.

Notre arrondissement pourrait donc facilement montrer l’exemple en terme de mixité réussie, et notre ambition est que notre initiative soit reprise le plus largement possible, à Paris et en France.

Concrètement, comment allons-nous agir ? La première étape est de rassurer en montrant qu’il n’y aura pas de perdants. Pour cela, nous créons un réseau d’adhérents dans les écoles en vue de réunions de bassin.

Déjà des effets positifs

Nous avons pu voir les effets positifs de telles réunions quand elles sont faites nettement en amont des inscriptions. Nous comptons faire de même pour les collèges, qui seraient présentés dans les élémentaires en y invitant également les parents des petites classes. Nous comptons travailler sur la communication positive avec les équipes d’établissements.

Et enfin, nous comptons proposer aux pouvoirs publics un certain nombre d’actions et de décisions. Notamment, le renforcement de l’attractivité des établissements évités, en y mettant nettement plus de moyens humains et matériels, en leur donnant la priorité pour les affectations d’enseignants titulaires et de remplaçants de courte durée, en bonifiant les vœux d’orientation des élèves qui en sortent. Et surtout, en faisant des propositions sur la sectorisation (application de la circulaire sur la mixité sociale qui préconise des secteurs multi-collèges), propositions qui associeraient également les établissements privés, sans la participation desquels elles seraient automatiquement vouées à l’échec.

Enfin, nous comptons médiatiser toutes les expériences réussies, pour montrer qu’il est possible d’agir et que nous avons tous à y gagner.

Jérôme Decuq, président du Collectif Apprendre Ensemble

Propos recueillis par Hélène Penicaud.
Crédit image Collectif Apprendre Ensemble et Baudry

 

RDV sur le site Internet : http://www.collectif-apprendre-ensemble.fr
Retrouvez la page facebook : https://www.facebook.com/collectif.apprendre.ensemble




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