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Pôle innovant lycéen de Paris : la bienveillance peut-elle retisser les liens ?

Pôle innovant lycéen de Paris : la bienveillance peut-elle retisser les liens ?

Le Pôle innovant lycéen (PIL) de Paris propose des parcours éducatifs personnalisés à des jeunes en rupture avec l’école. Une expérience qui affiche des résultats encourageants.

Chaque année, une centaine de jeunes poussent les portes du Pôle innovant lycéen (PIL) de Paris. Des jeunes qui ont décroché du système scolaire à la fin du collège ou au lycée, et qui trouvent dans cet établissement une proposition éducative personnalisée – par exemple via une action de solidarité ou des stages de découverte professionnelle – pour se réengager dans un projet de formation. Cette approche personnalisée, Philippe Goémé, le directeur du PIL, la juge essentielle : « Nos élèves ont été en situation de rupture avec l’école : ils ne supportaient plus le climat de l’établissement, la relation à l’adulte, la relation à la règle. Notre objectif est de leur permettre de reprendre une posture positive par rapport aux études. » Un élève du PIL, Léonard, témoigne de ce sentiment de ne pas trouver sa place à l’école : « Je n’ai pas gardé une bonne image de mon parcours dans l’enseignement classique : je n’ai pas eu le sentiment d’être respecté par mes enseignants. Je me suis fait renvoyer de mon collège à la fin du 3e. J’avais plus de 16 ans, aucun établissement n’était tenu de m’engager. »

Perçu comme une personne, pas seulement un élève

Le PIL est l’un des rares lycées à offrir un accueil pensé pour ces jeunes en rupture. Chaque élève est suivi par un professeur tuteur qui l’aide à définir son projet de formation, tout en apprenant à connaître sa situation personnelle. Elèves et enseignants partagent aussi les espaces de vie du lycée, pour favoriser les échanges. « Il est indispensable de réinstaurer un rapport de confiance à l’adulte, insiste Philippe Goémé. Notre maître mot c’est la bienveillance. Dans les établissements traditionnels, ces jeunes ont senti que rien n’était fait pour les encourager : ni la notation, ni les rythmes, ni les relations aux professeurs. Nous essayons de retisser ces liens. » Fait important, la plupart des jeunes qui sont orientés vers le PIL ont d’eux-mêmes manifesté une volonté de reprendre des études. « J’avais deux attentes : me réinsérer à l’école et aller à la découverte d’une formation qui me plairait, poursuit Léonard. J’ai trouvé au PIL un système complètement différent de mes précédents établissements : les professeurs disent qu’ils sont là pour nous aider dans notre projet personnel, on rencontre son tuteur deux fois par semaine. Et on est beaucoup plus responsabilisé. Je n’ai pas eu le sentiment d’être considéré comme un élève, j’ai eu le sentiment d’être vu comme une personne. »

Près de la moitié des élèves obtiennent un diplôme

Quinze ans après la création du PIL, le bilan est très encourageant : si un quart des jeunes abandonne en cours de route, près de la moitié a obtenu un diplôme dans les années qui ont suivi leur passage par l’établissement. Le dernier quart va au bout de son année au PIL sans forcément obtenir de formation qualifiante par la suite. « Au moins auront-ils eu la possibilité de ne pas partir sur un sentiment d’échec, souligne Philippe Goémé. La plupart font le constat qu’ils ne sont pas faits pour les études mais la fracture avec l’école n’est plus là. »

Paul Falzon Monferran

Crédit photo ©PIL




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