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Paul Wakeling : “En Angleterre, l’accent est mis sur l’élévation des aspirations des élèves”

Paul Wakeling : “En Angleterre, l’accent est mis sur l’élévation des aspirations des élèves”

Cliquez ici pour s’inscrire au débat ORSU-Talks “Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur”, le 26 juin prochain 2018 à Paris

Paul Wakeling, Sociologue de l’Éducation à l’Université de York en Angleterre et intervenant le 26 juin prochain au débat de l’ORSU, répond à quelques questions sur les programmes anglais d’élévation des aspirations. Il revient notamment sur le rôle des associations, ainsi que sur les conditions de réussite d’une politique globale et partagée en faveur de la mobilité sociale. Interview.

En Angleterre, le programme Aimhigher qui s’attache à « élever les aspirations » (raising aspirations) des jeunes, a été piloté directement par les Universités, alors quelle place y occupaient les partenaires extérieurs comme les associations et les entreprises ?

Au Royaume-Uni, plusieurs organisations favorisent la mobilité sociale et l’accès aux études universitaires. Elles situent leur engagement à l’intersection du secteur public et des entreprises privées. Cela leur permet à la fois d’opérer une forme de lobbying auprès des acteurs publics et privés et à la fois de proposer une panoplie d’activités additionnelles à celles qui ont été développées dans le cadre de Aimhigher.

Ainsi, des structures telles que – The Sutton Trust, The bridge Group, The Brillant Club, Into University et NEON – développent des activités additionnelles, telles que des séjours d’immersions pour des publics spécifiques, complémentaires aux offres proposées par l’Etat ou les Universités.

Chaque organisation garde sa spécificité d’intervention et la maîtrise des modalités de mise en œuvre. Par exemple, The Sutton Trust travaille uniquement avec les universités les plus sélectives et ne cible que les élèves à très haut potentiel.

Comment pouvons-nous évaluer l’impact d’actions consistant à élever et diversifier les aspirations des élèves du secondaire ?

Pour moi, c’est une question absolument clé. En premier lieu, l’évaluation doit être intégrée au cœur des projets et ne peut intervenir seulement a posteriori. La bonne façon d’évaluer ce type d’interventions fait l’objet de débats en Angleterre et ailleurs dans le monde, car il n’existe pas de réponse simple et unique.

Anna Mountford-Zimdars et ses collègues de l’University of Exeter ont un projet avec le nouvel « Office for Students » [l’Agence pour l’équité dans l’Enseignement Supérieur] consistant à imposer à tous les professionnels du secteur un cadre homogène d’évaluation des pratiques, au lieu de la relative autonomie dont ils disposent aujourd’hui.

L’ambition de l’évaluation doit impérativement être à la taille de celle du projet : « on n’écrase pas une mouche avec un marteau » ! Il est également indispensable d’introduire des études intégrant des « groupes témoins » ne bénéficiant pas des mêmes interventions afin de faire ressortir l’impact de façon comparative.

Quel est selon vous le meilleur critère permettant de définir l’université inclusive du XXIÈME siècle ?

Il y a plusieurs façons pour des universités d’être inclusives. En France, le principe d’égalité formelle de l’accès à l’enseignement supérieur permet théoriquement à ceux qui ont le Bac d’accéder librement aux premiers cycles.

Les évolutions en cours laissent penser que le nouveau gouvernement souhaite introduire un contrôle plus rigoureux à l’entrée de l’Université. Et cela déclenche de vives réactions. Pour le spectateur anglais, c’est une situation intéressante à observer.

En Angleterre comme ailleurs, il existe un lien étroit entre la réussite scolaire et l’accès aux études supérieures. Par ailleurs, les Universités sont très hiérarchisées. Mais, à la différence de la situation en France, l’écrasante majorité des étudiants qui entament un premier cycle universitaire l’obtiennent.

Cette réussite suppose de se montrer extrêmement attentif à la fois en amont par l’élévation des aspirations et l’aide aux choix de filières d’études, mais aussi tout au long des études post-secondaires, afin de garantir le succès au plus grand nombre. Seulement à cette condition pouvons-nous avoir des universités réellement inclusives.

Quelle est la question que nous devrions te poser et à laquelle nous n’avons pas pensé ?

C’est une bonne idée ! Alors la question serait : au-delà de l’élévation des aspirations, qu’est-il nécessaire de faire afin de garantir une amélioration de la mobilité sociale ?

En Angleterre, notamment certains partis politiques, nous avons tellement placé l’accent sur l’élévation des aspirations que les réflexions sur les conditions globales de réussite ne sont réellement apparues que dans un deuxième temps. Bien sûr, en élevant les aspirations on encourage une expansion plus juste de l’enseignement supérieur. Mais cela suffit-il à la mobilité sociale ? En fait, non.

La réussite de cette ambition implique que les jeunes des classes populaires accèdent à l’université et réussissent.

Pour cela, au delà de l’obtention d’un diplôme, il y a nécessité d’un lien entre ce diplôme et un bon emploi.

Enfin, on ne doit jamais oublier qu’il est très difficile de créer de la mobilité sociale ascendante sans engendrer du même coup des mobilités descendantes.

 

Propos recueillis par Jules Donzelot – sociologue / directeur scientifique des l'”ORSU Talks”

 

Le 26 juin prochain, à Paris, se tiendront les premiers « ORSU Talks », sous le haut patronage de la Ministre Frédérique Vidal et la direction scientifique du sociologue Jules Donzelot. Organisés par l’Observatoire de la Responsabilité sociétale des universités de l’Afev, ces échanges seront dédiés à la problématique « Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur ».

 





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