Rechercher

Patrice Huerre : « Absentéisme scolaire : il faut sortir du tout répressif ou tout préventif »

Patrice Huerre : « Absentéisme scolaire : il faut sortir du tout répressif ou tout préventif »

L’absentéisme scolaire fait souvent l’objet d’analyses et de réponses très réductrices ne permettant pas d’apporter une aide adaptée aux élèves concernés, estime Patrice Huerre, psychiatre et psychanalyste spécialiste des questions d’adolescence. Il doit nous conduire à envisager les différents facteurs qui contribuent à son émergence chez les adolescents, qu’ils soient sociétaux, familiaux ou individuels, et qu’ils relèvent de l’actualité pubertaire ou de l’histoire infantile de l’adolescent.

La question de l’absentéisme scolaire telle qu’elle nous est présentée actuellement illustre parfaitement la haine de la complexité humaine qui caractérise notre époque : un sujet inquiète, la réponse doit être donnée, au singulier ! Du tout préventif au tout répressif, y compris à l’égard des parents qu’il conviendrait de sanctionner financièrement. De causes purement éducatives aux étiologies psychopathologiques exclusives… les mouvements de balancier prennent de l’ampleur et laissent de moins en moins de place à une évaluation des éléments actuels et passés qui contribuent à ce qu’un élève s’absente.

Qui n’a jamais « séché » un cours ?

Quant à l’absentéisme scolaire, y en a-t-il plus qu’avant ? Est-ce une création contemporaine ? La diversité du vocabulaire utilisé pour en rendre compte ainsi que la médiatisation dont cette question est l’objet pourrait le faire penser : absentéisme scolaire, décrochage scolaire, déscolarisation, refus scolaire, désinvestissement scolaire, phobies scolaires… sont autant de témoignages indirects du regard porté sur ce phénomène : transgressif ? maladif ? marginalisant ? Et pourtant, qui n’a jamais « séché » un cours ? Et quid de l’école buissonnière d’antan ? Sans entrer dans des considérations statistiques, fort utiles au demeurant à condition de les mettre en perspective historique et de s’assurer que les données recueillies sont équivalentes en qualité à celles établies précédemment, deux grandes lignes évolutives peuvent être établies, reflets de certaines caractéristiques de notre époque : un rajeunissement et une féminisation de la population scolaire concernée. Nous retrouvons d’ailleurs ces mêmes données lorsque l’on envisage l’évolution des troubles des conduites chez les adolescents. Ou encore l’émergence de symptomatologies comme l’alcoolisation aiguë.

Présence, absence… des représentations très contradictoires

Mais revenons à notre sujet. N’oublions pas que l’absence reste la meilleure manière de vérifier l’importance de sa présence dans un univers où la valeur de chacun n’est pas toujours reconnue au-delà de ses performances visibles et de ses apparences comportementales, et à un âge où l’on se questionne sur son identité et l’affirmation de sa singularité. Elle questionne aussi notre rapport aux études, nos modes d’enseignement, la place faite aux parents dans le dispositif scolaire, autant que les représentations contradictoires que nous véhiculons au sujet du travail. A ce titre, d’un point de vue général, l’absentéisme souligne des caractéristiques fortes de notre époque : notre rapport au travail tout d’abord, enjoignant aux enfants d’y consacrer beaucoup d’énergie tandis que dans le même temps les adultes qu’ils côtoient revendiquent une diminution du temps de travail et aspirent aux vacances, à la RTT, ou à la retraite… Donnant ainsi de ce sujet des représentations pour le moins contradictoires laissant l’enfant perplexe quant au bien-fondé des consignes des parents et des enseignants. Notre rapport au temps qui privilégie le présent et l’obtention de satisfactions immédiates, bien éloignées des bénéfices à long terme que promet un apprentissage scolaire.

Si avares d’appréciations positives

Dans le même ordre d’idées, le contexte de sur stimulation, voire d’excitation, dans lequel nous vivons, qui ne supporte pas le temps vide, l’ennui, la rêverie. Il importe aujourd’hui d’agir avant de réfléchir : la réponse précède la question ! Quant aux droits et aux devoirs, les premiers l’emportent largement sur les seconds, et pas seulement chez les enfants et les adolescents… Parmi les nombreux autres traits de notre fonctionnement, soulignons enfin la facilité avec laquelle nous repérons et soulignons le négatif alors même que nous sommes si avares d’appréciations positives : en cela, nous nous différencions grandement de systèmes éducatifs et pédagogiques étrangers.

A travers ces évocations générales, je ne cherche en rien à pointer du doigt une responsabilité collective ou un contexte générateurs de l’absentéisme scolaire qui nous éloigneraient trop des nécessaires approches plurielles nécessaires. Autant il est évident qu’un être humain grandit dans un environnement donné avec lequel il est en interaction et qu’il contribue lui-même à faire évoluer autant qu’il en subit l’influence, autant les approche purement environnementales sont inévitablement réductrices, tout comme celles qui les méconnaîtraient.

Absent pour multiples raisons

L’absentéisme est un clignotant qui mérite mieux que ce qui en est fait aujourd’hui. Sans craindre un catalogue à la Prévert, illustrons cette assertion par quelques-unes des situations que la pratique quotidienne nous fait rencontrer : les adolescents qui testent les limites du collège et attendent, en l’espérant, une réponse éducative. Les lycéens qui pratiquent zapping et consumérisme scolaire, n’assistant qu’aux cours qui les intéressent ou aux épreuves notées. Et quand en plus ils réussissent mieux que certains présents… Les élèves présents physiquement en cours, mais très éloignés dans leurs préoccupations et leurs pensées. Ceux qui connaissent des problèmes dermatologiques à type d’acné et qui ont une image négative et inacceptable d’eux-mêmes. Les victimes de racket, violences et moqueries qui ont peur de retourner au collège car ils y sont menacés. Ceux, parmi les lycéens, qui ont besoin de gagner de l’argent en travaillant parallèlement aux études (et ils sont de plus en plus nombreux). Sans parler des problèmes d’orientation, et du désinvestissement scolaire qui en découle, qui peuvent générer un décrochage faute de motivation suffisante. Ou encore des peurs d’apprendre à un âge où la menace de débordement par des pensées nouvelles peut conduire à mettre le couvercle sur l’ensemble de ses productions intellectuelles. Sans oublier ceux qui voudraient absolument y aller mais en sont empêchés par l’angoisse qui les envahit à chaque fois qu’ils se rapprochent du périmètre scolaire : les rares « phobies scolaires ».

Dépasser les apparences de l’absence

Au vu de cette énumération non exhaustive et de la diversité des situations que recouvre l’absentéisme scolaire, il est évident que sanctionner les parents d’un jeune victime de racket ou de phobies scolaires, renvoyer un élève porteur d’acné… sont autant de mesures dont l’aberration est flagrante et contre-productive alors qu’il serait si simple de permettre au premier de parler de ce qu’il subit avant d’aller porter plainte, au second d’être orienté vers une aide thérapeutique adaptée et au troisième de consulter un dermatologue !

Si l’objectif poursuivi est bien de permettre un retour dans les études de ceux qui en sont éloignés temporairement ou durablement, rien ne pourra se faire d’utile sans prendre en compte ce que peuvent en dire l’adolescent et ses parents, ses enseignants, son CPE, son infirmière et son assistante sociale scolaire, et tous ceux qu’il rencontre dans une pratique extérieure, sportive, culturelle ou autre. Il importe avant tout de « perdre » du temps à bien évaluer de quoi il retourne derrière les apparences de l’absence, afin d’en gagner en ajustant au mieux les réponses utiles à chacun et à chaque famille.

N’oublions pas que la situation d’élève se conjugue avec le processus d’adolescence et les vulnérabilités qu’il révèle. C’est donc au carrefour de l’individuel, du familial, du culturel, de l’économique et du social, dans une époque donnée, que nous devons évaluer les particularités de l’absentéisme scolaire.

L’adolescent face au regard des pairs

Alors allons voir du côté de l’adolescent et du processus d’adolescence dans lequel il est pris. Ces données sont directement corrélées aux transformations pubertaires visant à faire passer de l’état d’enfant à l’état d’adulte. C’est-à-dire aux changements qui affectent le corps. Or ces changements interviennent principalement dans la période d’âge du collège : parfois plus tôt, en particulier chez les filles, parfois plus tard, sans qu’il s’agisse pour autant obligatoirement d’une pathologie du développement.

Dans des classes d’âge homogènes, les questions que soulève l’apparition des caractéristiques sexuelles secondaires autant que celles qu’entraînent les mutations morphologiques renvoient à la notion de normes : pas un adolescent n’échappe à la comparaison d’avec ses pairs visant à établir si, à ses yeux, il est « normal » ou non. Nous connaissons bien l’impact délétère de critiques ou d’humiliation visant le corps à cet âge. De même, l’importance du look, des vêtements, bref de l’apparence, est à la mesure des doutes sur eux-mêmes qu’ils éprouvent alors.

Dans l’attente d’une identité en recherche la vulnérabilité de l’adolescent est tout à fait importante, même si elle se cache derrière des présentations assurées et/ou provocantes. C’est là que les effets du groupe jouent tout leur rôle, permettant à quelques leaders de se rassurer sur leur importance, à la mesure des doutes qu’ils ont et de la peur qu’ils inspirent, et aux plus vulnérables d’avancer masqués en adoptant les us et coutumes des autres, quitte à en payer le prix. Mais les avantages protecteurs peuvent dominer. Il y a ainsi des absentéismes générés par le besoin d’appartenance à de telles dynamiques.

La puberté s’accompagne aussi de bouleversements hormonaux visant à la mise en place de capacités de reproduction, mais générant des émergences pulsionnelles pouvant menacer l’adolescent dans la mesure où elles pourraient déborder les quelques digues qu’il tente de mettre en place pour s’en protéger. Qu’il s’agisse de pulsions agressives, en particulier à l’égard des adultes qu’il investit, qui peuvent conduire à de la mise à distance, voire du rejet, comme pour protéger l’autre de sa propre agressivité, ou de pulsions sexuelles encore impossibles à accorder aux investissements affectifs ou amoureux.

L’école comme lieu de déploiement des enjeux adolescents

C’est dire combien les limites extérieures sont importantes à cet âge, comme contenants. La capacité d’auto contenance est trop faible. Il est toujours plus aisé alors de se confronter aux limites extérieures posées, y compris en les trouvant inadaptés, injustes ou trop contraignantes, que d’être confronté à soi-même.

L’adolescent en milieu scolaire est certes un élève, mais toujours aussi un adolescent en proie aux questions de son âge, dont on sait le temps qu’il lui faudra pour tenter de les résoudre. Il est possible de dire que la scène scolaire est un des lieux de déploiement des enjeux adolescents et qu’elle leur offre, même si ce n’est pas son objectif bien entendu, de multiples occasions de se manifester, autant dans les modes d’investissement des savoirs et des apprentissages, que dans les relations aux professionnels du collège ou du lycée, comme au cadre scolaire lui-même. D’autant plus en dessous de 16 ans, lorsque la scolarité est obligatoire.

S’absenter pour s’oublier…

C’est le cas du désir d’apprendre, de la curiosité, des possibilités de jeu avec les savoirs et les apprentissages, qui s’établissent en fonction des expériences infantiles et des enjeux actuels de l’adolescence… Pour certains, les bons élèves, travailler permet de sublimer les pulsions agressives et sexuelles débordantes, d’éviter la confrontation à des fantasmes inquiétants, à l’érotisation de la pensée, à la proximité avec des figures adultes investies (comme cela se passe à l’égard des parents souvent), avec en prime des gratifications narcissiques non négligeables. Pour d’autres, ces mécanismes de transformation des pulsions ne peuvent se mettre en place, les laissant directement confrontés aux angoisses que soulève l’incapacité de faire avec. Avec comme conséquence pour certains la contrainte dans laquelle ils se trouvent de ne plus pouvoir travailler et ne plus pouvoir penser du fait de l’envahissement par des désirs débordants. Les acquisitions scolaires leur font peur. Ils cherchent alors à les éviter, y compris par l’absence. Cette absence peut être physique, théoriquement plus aisée à repérer, et parfois psychique : ils ont « la tête ailleurs » tout en étant présents dans la classe.

… ou pour se faire remarquer

Nous sommes toujours là dans le registre de la « normalité », si l’on veut bien considérer les manifestations d’absence comme un mode d’adaptation à la situation pubertaire nouvelle que vit l’adolescent, face à laquelle il tente de trouver son chemin. Ce qui ne veut pas dire que pour le trouver, il n’aurait pas besoin d’adultes, et d’attention comme de limites.
Bon nombre d’adolescents connaissent en effet l’absentéisme de façon réactionnelle et transitoire. Ils cherchent à vérifier leur présence dans la tête de l’autre par l’absence : ils « brillent » par leur absence. Comptent-ils pour l’autre ? Leur absence le laisse-t-elle indifférent ? Quel sentiment d’abandon peut éprouver un adolescent dont l’absence n’est pas repérée !

Mais l’absentéisme peut revêtir aussi une dimension agressive et provocatrice, comme s’il s’agissait de rechercher les limites de l’institution et de la fiabilité des règles qu’elle a instituées. Certains jeunes contestent l’école et les enseignants : ils cherchent – et parfois l’obtiennent – à réussir sans eux ou échouer « à cause d’eux ». Alors à quoi servent ces professionnels ? Telle semble être la question qu’ils posent. Mais cette question s’adresse aux adultes de l’institution scolaire, à charge pour eux de permettre qu’elle se déploie autrement : c’est ce qu’espère l’adolescent, sans le formuler bien sûr ainsi.

Rompre avec l’école pour s’affirmer

Pour d’autres encore, la « démission » est préférée à l’exclusion. La passivité à laquelle ils se trouvent renvoyés du fait des changements pubertaires qu’ils subissent étant trop menaçante pour eux, ils tentent de redevenir actifs en fuyant. Il s’agit de reprendre la main sur ce qui leur échappe d’une certaine façon.
En outre, pour soutenir l’objectif de quitter le monde de l’enfance dépendant des parents, quitter celui de l’élève dépendant des enseignants peut apparaître comme une solution ;: rompre avec le projet scolaire parental devient la façon d’affirmer l’« indépendance » à laquelle on prétend. De même, dans l’établissement scolaire, « décider » de s’absenter reviendrait à soutenir l’illusion de piloter une destinée qui justement échappe. Cela peut aller jusqu’à un véritable équivalent de « tentative de suicide scolaire ». Le gain à court terme sur le plan de l’économie psychique peut paraître plus important que l’espoir aléatoire d’un mieux- être futur.

Gérer l’estime de soi

Dans un autre registre, l’absentéisme se trouve en lien étroit avec les questions identitaires (identité négative du mauvais élève décrocheur) et leurs hésitations. Et l’on sait combien à cet âge il est parfois malheureusement préférable de se voir affecter une étiquette problématique ou négative soutenant paradoxalement un sentiment d’existence que d’être confronté au vide identitaire ou à l’idée d’être sans intérêt pour l’autre. Cela renvoie au niveau d’estime de soi et aux assises narcissiques dont dispose l’adolescent.

Mais dans d’autres cas, l’institution scolaire lui renvoyant une image négative, l’élève utilise parfois la fuite comme un mode d’auto protection contre elle pour maintenir une image de soi acceptable, ailleurs dans des refuges provisoires (périphérie de l’établissement, jeu vidéo…). L’absence permet d’éviter dans ces cas un éventuel jugement négatif. Elle permet de surcroît de différer le temps des choix en se mettant en marge et donc en les laissant imaginairement tous ouverts.

Dépressions, phobies, pathologies psychotiques…

Mais n’oublions pas que l’actualité adolescente est en lien avec des enjeux plus archaïques : ces enjeux relèvent de la constitution des assises narcissiques, de l’oralité et de l’analité. Ils se trouvent activement mobilisés par la question scolaire qui sollicite le stock de confiance en lui de l’adolescent, son appétence à l’égard des connaissances, la qualité de leur restitution après qu’elles aient été assimilées. Les zones fragiles de l’histoire du sujet se trouvent donc réactivées par le fait même de la scolarisation, révélant ainsi la nécessité de s’y pencher avant de pouvoir continuer d’avancer sans trop de danger vers l’avenir.
C’est pourquoi l’absentéisme scolaire peut représenter l’un des indicateurs d’une psychopathologie à cet âge où les secousses de la puberté et des remaniements qui lui succèdent mettent à l’épreuve les bases de la construction de la personnalité. Qu’il s’agisse de dépressions, de phobies, ou de pathologies psychotiques, ou encore de violences subies ou de mauvais traitements. Ces éléments sont trop souvent sous-estimés par rapport à l’approche de ceux qui constituent l’actualité de l’élève à l’école ou à la maison. Il se passe en moyenne trois ans entre une première émergence psychotique chez un adolescent et la mise en place de soins adaptés ! Le bruit ou la visibilité des signes de souffrance ne sont pas proportionnels à l’importance de la pathologie sous-jacente. Il serait même possible de dire que les plus bruyants et les plus expressifs, y compris parmi les absentéistes, ne sont pas forcément ceux qui sont le plus en difficulté. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne cherchent pas à être pris en compte.

Des solutions qui doivent être coordonnées

Face à la complexité de ce tableau de l’absentéisme scolaire, nous pourrions opérer un repli stratégique en pensant que nous n’y pouvons pas grand-chose. Ou alors, isoler une cause parmi tant d’autres en mettant en oeuvre des stratégies de réponse qui s’y accrochent. Dans ce cas, il y a fort à parier que les professionnels seront rassurés, ayant le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait faire, renvoyant du même coup à d’autres la responsabilité de prendre leur suite en cas d’échec. Il me semble évidemment préférable de considérer que chacun, avec les outils dont il dispose, a un rôle à jouer, mais avec d’autres, rendant ainsi compte à l’adolescent du fait qu’être adulte ne signifie pas que l’on a réponse à tout… Ou à rien. C’est ainsi que l’adolescent pourra espérer ne pas être condamné à ne compter que sur lui-même, renvoyé soit à l’impuissance, soit à la toute-puissance. Les réponses, nombreuses potentiellement, sont à mettre en place en fonction de nos capacités d’évaluation et d’analyse. Elles en dépendent étroitement. Elles sont d’autant plus pertinentes qu’elles ne négligent pas l’utilité des autres réponses et qu’elles sont coordonnées avec elles, même si elles se déploient dans un domaine prioritaire particulier.

Des réponses préventives, éducatives, pédagogiques et sanitaires

Les réponses sont en effet de plusieurs ordres. Préventives, elles visent à donner ou redonner le goût d’apprendre, le plaisir de jouer avec les apprentissages (d’où l’importance de la réhabilitation du jeu précocement en lieu et place des sur stimulations dont l’enfant est très tôt victime aujourd’hui), et tentent d’intervenir de façon à diminuer ou éviter les risques de marginalisation. Là où nos interventions sont légitimes et nécessaires, c’est à chaque fois qu’un adolescent se dirige vers une impasse. A chaque fois qu’il risque de perdre des potentialités évolutives encore présentes. Educatives, elles cherchent à rappeler l’importance d’un cadre comme garant et non comme empêchement de la liberté de chacun. Elles ont une fonction contenante, donc rassurante, permettant du même coup de remobiliser avec moins d’inquiétude les capacités d’attention et d’investissement. Pédagogiques, elles sont l’œuvre de quelques-uns, pas toujours soutenus par leur hiérarchie, qui essayent de réconcilier les élèves qui se marginalisent avec les apprentissages et avec les règles inhérentes à toute vie en collectivité. Sanitaires enfin, elles s’attachent à comprendre la particularité de chaque histoire humaine pour élaborer, le plus souvent avec d’autres, les propositions les mieux adaptées, tant sur le plan thérapeutique – individuel et/ou familial – que sur celui des mesures institutionnelles et de réorientation à envisager le cas échéant.

Notre but est de contribuer à sensibiliser les pouvoirs publics et les professionnels concernés à l’ampleur du problème et à la complexité des enjeux à l’œuvre derrière le clignotant qu’est l’absentéisme. Puissions-nous également éclairer les parents face à une conduite déroutante et qu’ils jugent à juste titre menaçante pour l’avenir de leur enfant. Plus tôt l’absentéisme est repéré, plus il est tenté d’en comprendre les causes, toujours multiples, plus il y a de chances de trouver des remèdes adéquats.

Patrice Huerre est pédopsychiatre et psychanalyste

Crédit photo ©Baltel – SIPA




Translate »