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ORSU TALKS (partie 2) : « Mieux apprendre les uns des autres » – François Taddei

ORSU TALKS (partie 2) : « Mieux apprendre les uns des autres » – François Taddei

Le 26 juin dernier, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des universités (ORSU) de l’Afev organisait ses premiers « ORSU Talks » au sein de l’auditorium du journal Le Monde. Une journée pleine consacrée à une thématique aussi vaste qu’essentielle : « Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur ». Retour sur un début d’après-midi placé sous le signe de l’échange direct avec François Taddei.

« Pourquoi accéder à l’enseignement supérieur dans un monde globalisé ? » C’est par cette question provocatrice qu’était annoncée la conférence contributive avec le biologiste et directeur du Centre de recherches interdisciplinaires (CRI) François Taddei, organisée juste après un « cocktail déjeunatoire ». Joint à la fois par Skype et par téléphone – avec quelques ratés venant illustrer ironiquement les débats antérieurs sur le digital -, le chercheur a accepté de jouer le jeu des questions-réponses, sur la base du rapport « Vers une société apprenante » qu’il avait remis l’an dernier à la Ministre Najat Vallaud-Belkacem.

« Aujourd’hui, a-t-il introduit, le numérique permet de mieux se documenter, mieux partager les informations ; or nos institutions et nos modes d’organisation (notamment celui des universités) n’ont pas été pensés de cette façon. Il nous faut donc nous organiser pour mieux apprendre les uns des autres, en exploitant ces nouveaux outils. » Pour ce faire, il s’agit de coopérer : « A l’heure où les robots et les machines parviennent à apprendre, il faut que nous apprenions différemment, que nous apprenions aussi à apprendre efficacement, à démocratiser le savoir et les méthodologies d’acquisition de ce dernier. » Ce qui ne pourra advenir qu’à condition d’impliquer « tous les acteurs, au premier rang desquels les étudiants eux-mêmes. »

Sur la question de l’articulation entre « apprendre différemment » et la dimension sociale, François Taddei a fait le constat d’un manque d’informations à propos des différentes manières d’apprendre et de comprendre – et donc d’un travail sérieux à mener à ce sujet dans les années à venir. Si les jeunes issus de milieux défavorisés réussissent moins que les autres dans le système traditionnel, la question se pose de proposer un « nivellement par le haut », à tous un même éventail varié d’offres pédagogiques au sein duquel puiser. Interrogé sur la cristallisation des interprétations par les acteurs eux-mêmes (enfants, jeunes ou familles), dont certains décident qu’ils ne « sont pas fait pour les études », il s’est notamment montré partisan d’une approche par « jeux de rôle » (comme « s’identifier à un scientifique ») – une manière de gagner confiance de manière ludique -, et d’un combat au quotidien contre la pérennisation des situations d’échec, premier facteur d’abandon de tout espoir.

François Taddei a ensuite insisté à son tour sur la nécessité de « ne surtout pas opposer numérique et présentiel » ; le premier permettant d’accéder simplement à l’ensemble des ressources (y compris de manière différée) quand le second joue un rôle actif sur la motivation, notamment via le mentorat. Il conviendrait aussi de savoir prendre du recul sur nos pratiques éducatives, afin de les adapter au mieux aux nouvelles mutations. Questionné ensuite sur la thématique « que faire de ceux qui ne veulent pas accéder à l’enseignement supérieur, par choix raisonné ? », il a jugé utile de s’inspirer de pratiques internationales, comme celle consistant à proposer une année sabbatique après bac afin de « se découvrir » (Scandinavie), ou de prendre réellement en compte au sein des dispositifs d’orientation l’ensemble des expériences vécues par les jeunes (qu’elles soient scolaires, associatives ou liées à un stage d’été). « A cet âge, il est normal que les jeunes aient besoin d’expérimenter des choses, avec divers niveaux de maturité. » Du coup, l’ignorer pour ne proposer qu’un système monolithique, aveugle à toute initiative sortant de la sphère purement académique, serait purement et simplement absurde. Une idée sur laquelle il est revenu plus tard à propos de la nécessaire valorisation d’un cursus « expérientiel » en parallèle du cursus scolaire. Une bonne manière d’apprendre à « se projeter en apprenant », voire à prendre conscience d’apprentissages dont les jeunes n’avaient pas forcément conscience (comme à s’initier au codage informatique en jouant à des jeux vidéos). L’idée d’un « carnet de l’apprenant » accompagnant à l’instar d’un carnet de santé chaque individu au cours de sa vie a été évoquée, comme le tracé de « cartes de la connaissance » permettant à chacun de déterminer vers où s’orienter, et combien de temps serait nécessaire, en fonction des connaissances déjà acquises, pour se rendre vers un métier donné.

A propos de la place de l’Éducation Nationale dans un futur dispositif amélioré, le chercheur n’y est pas allé par quatre chemins : « Elle demeure centrale, mais l’institution doit absolument évoluer, pour se remettre au niveau, en phase avec la société. » Et envisager sérieusement de réformer le système de formation tant initiale que continue des enseignants, pour envisager en particulier cette formation continue comme elle est appréhendée pour l’ensemble des autres salariés français. L’École comme l’Université doivent aussi apprendre à ne pas évaluer les individus simplement par rapport à des domaines – comme la mémorisation ou le calcul – où l’Homme n’a plus désormais aucune chance de rivaliser avec la machine. Donc s’inspirer, là encore, de pratiques à l’œuvre dans d’autres pays, où le corps enseignant a acquis en souplesse pour mieux faire face aux enjeux futurs.

François Perrin

 

 

 

 

Observatoire de la responsabilité sociétale des universités (ORSU)




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