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ORSU TALKS (partie 1) : Ted Talks exploratoires

ORSU TALKS (partie 1) : Ted Talks exploratoires

Le 26 juin dernier, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des universités (ORSU) de l’Afev organisait ses premiers « ORSU Talks » au sein de l’auditorium du journal Le Monde. Une journée pleine consacrée à une thématique aussi vaste qu’essentielle : « Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur ». Retour sur une matinée riche en retours d’expériences.

Animés par Jules Donzelot, directeur scientifique du programme Démo’Campus, qui se présenta en plaisantant comme le « sociologue de service », les cinq « Ted Talks » du matin visaient à éclairer en préambule les participants sur des initiatives spécifiques. En premier lieu desquelles le programme britannique Aimhigher (2004-2011), que ledit sociologue avait étudié en parallèle des Cordées de la réussite françaises mises en place en 2008.

Pour le présenter,le directeur du département « Éducation » de l’Université de York Paul Wakeling a pris la parole en français, tentant de résumer l’objectif du programme Aimhigher sous la formule « raising aspirations » (« élever les aspirations », soit un « modèle aspirationnel ») : par de telles démarches, on vise à rendre l’Université moins étrangère, moins inaccessible, moins lointaine à des jeunes ne connaissant personne en ayant fait l’expérience. Depuis 1997 existe un consensus politique outre-Manche, ayant permis avec le temps de consolider un continuum d’interventions depuis l’école primaire (voire au sein même des quartiers défavorisés), un véritable « cursus parallèle » au cursus scolaire à proprement parler, visant à corriger les éventuels défauts de ce dernier en termes de démocratisation de l’accès. « Plus on intervient tôt, plus on a d’impact. » Des moyens réels sont mobilisés en ce sens, puisque pour ne citer que l’Université de York, neuf personnes à temps plein se consacrent exclusivement à cette question de la démocratisation du supérieur via Aimhigher – l’établissement assumant ainsi pleinement le fait d’être un acteur de la politique publique, en misant aussi plutôt sur la coopération que sur la mise en concurrence des différentes parties prenantes. Dès cette première intervention, la question de la nécessité d’une évaluation permanente d’un tel programme a également été mise en avant – une thématique cruciale qui traversera l’ensemble des prises de parole et questions du public. Cf interview Paul Wakeling : “En Angleterre, l’accent est mis sur l’élévation des aspirations des élèves”.

A son tour, le Docteur à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone et Directeur académique du Clik (Center for Learning Innovation and Knowledge) Manel Jimenez-Morales est venu présenter à l’assistance le projet catalan Prometeus, en face avancée d’expérimentation. Une démarche encore très locale, née d’une intuition, mais directement assimilable à la vision française de la politique de la ville, visant à lier un quartier très défavorisé à des infrastructures liées à la société de la connaissance – « une approche à la Robin des Bois », telle que la résumera Jules Donzelot. Comme pour Aimhigher, il s’agit encore une fois de se demander pourquoi certains jeunes s’interdisent d’opter pour le parcours universitaire, y compris dans des filières techniques, pour les convaincre que de telles opportunités ne leur sont en rien proscrites. Quitte à transformer ceux qui ont bénéficié d’un tel programme en ambassadeurs principaux dudit programme, soit l’un des meilleurs moyens d’assurer sa poursuite comme d’en renforcer l’impact.

Ancienne bénévole de l’Afev, la directrice éditorial de Carenews Flavie Deprez est ensuite montée à la tribune pour livrer des réflexions éparses sur le sujet, en particulier sur le grand retard des universités françaises sur la question du numérique – un domaine qui évolue en outre à une vitesse incroyable, et auquel les actuels lycéens sont particulièrement rompus (parfois bien plus que les équipes enseignantes). « Le numérique joue bien plus sur le « apprendre à apprendre » que sur le « apprendre » tout court », a-t-elle déclaré, et permet des échanges dans les deux sens, à condition de ne pas tout miser sur lui au détriment du présentiel. Une réelle complémentarité de l’humain et du numérique appelée de leurs vœux par l’ensemble des participants.

Après une première séance de questions, ce fut au tour d’Inès Minin, Secrétaire nationale de la CFDT, de livrer une réflexion très applaudie sur la question de l’adéquation entre offres de formation et mutations du monde du travail. De fait, un parallèle existe entre un parcours professionnel au sein duquel il est désormais exigé de l’individu qu’il se fasse plus « acteur de son destin » qu’autrefois, et les attentes accrues en termes de prise de décision (et donc d’accompagnement ciblé, raisonné) des étudiants eux-mêmes au sein des parcours éducatifs. Les métiers évoluant de plus en plus vite, et avec eux les offres de formation y compris continue, la responsabilisation des professionnels comme des élèves à l’égard de leur propre parcours a augmenté. « Ce qui n’est juste, selon Jules Donzelot, que si de l’autre côté les institutions acceptent réellement la responsabilité de devoir accompagner ces acteurs. »

Pour clore cette éclairante matinée, le Président de la commission Vie étudiante et Vie de campus de la CPU (Conférence des présidents d’université), Mathias Bernard est venu livrer le point de vue des responsables d’établissements eux-mêmes sur l’ensemble des problématiques abordées. A la massification d’abord vécue comme subie par l’Université depuis plusieurs décennies a répondu une prise de conscience réelle de l’institution, sous différentes formes. Parmi les nombreuses pistes de travail envisagées, le Président de l’Université Clermont-Auvergne a également détaillé la nécessaire continuité entre les enseignements pré- et post-bac ; l’affirmation de la présence multiforme de l’Université sur des territoires (y compris ruraux) ; la diversification des dispositifs de formation (y compris le tutorat étudiant) ; le développement de la dimension vie étudiante dans le renforcement de la démocratisation de la vie académique ; ou encore l’indispensable renforcement des efforts de communication autour des expériences réussies et bonnes pratiques. Tout ceci afin d’envisager puis de lutter contre toutes les formes d’inégalités encore à l’œuvre au sein de l’Université française.

François Perrin




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