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ORSU TALKS (3/3) : Reconnaissance des compétences acquises

ORSU TALKS (3/3) : Reconnaissance des compétences acquises

Le mercredi 12 juin dernier, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des universités (ORSU) de l’Afev organisait la deuxième édition des « ORSU Talks », toujours au sein de l’auditorium du journal Le Monde. La thématique, cette année, était la suivante : « Soft skills, clés de la réussite étudiante ? » Dernière table-ronde, pour une reconnaissance des compétences acquises par les étudiants, à l’Université comme dans l’entreprise.

Animée par Eunice Mangado-Lunetta, directrice des programmes à l’Afev, cette table-ronde – marquée par une sur-représentation de femmes, qui venait « rétablir l’égalité de genres »– visait, selon cette dernière, à se mettre d’accord une fois pour toutes sur un point : « Il n’y aura pas de société de l’engagement – thématique portée par le chef de l’État, comme par le Ministre de la Jeunesse Gabriel Attal – sans société de la reconnaissance de l’engagement. » Il s’agissait d’examiner en quoi « la reconnaissance des soft skills impacte d’une part le monde de l’enseignement supérieur, et d’autre part le monde professionnel », dans un contexte rendu favorable par le vote de la loi Égalité et Citoyennetédu 27 janvier 2017. Cette loi ayant permis non seulement « l’aménagement des cursus pour les responsables administratifs », mais surtout « la validation des connaissances, compétences et aptitudes acquises lors d’une expérience extra-curriculaire. ». En somme, « la dernière ligne du CV est-elle réellement en train de devenir la première, dans un pays historiquement marqué par le poids du diplôme ? », a-t-elle interrogé, avant de proposer une définition des soft skills comme « ce que demain, les robots ne pourront pas remplacer. »

Déléguée générale d’Animafac, Claire Thoury a pu mettre en lumière le répertoire des dispositifs mis en place par les établissements d’enseignement supérieur (suite à ladite loi) et le projet European STEP (Student Engagement Project). De la cartographie permise par ce dernier projet, trois catégories ressortent : « Neuf pays européens où existe un cadre législatif pour la reconnaissance de l’engagement par l’enseignement supérieur » (dont la France), « onze pays où il existe un cadre législatif, mais pas forcément lié aux établissements », et « huit pays où il n’y pas de cadre du tout. » Elle a ensuite détaillé les chiffres de l’enquête Animafac à l’échelle européenne, dont ressort notamment que seuls 36% des établissements ayant répondu ont déclaré valider les compétences acquises au cours de l’engagement, et un quart travailler à reconnaître des compétences de type « soft skills » (rigueur, communication, leadership, esprit d’équipe…). En revanche, une université suédoise a indiqué que « pour elle, les activités extra-académiques relèvent de la sphère privée » – ce qui explique qu’elle refuse de les reconnaître. Elle a conclu son propos en indiquant qu’il « existe un énorme malentendu entre le fait de valoriser l’engagement et de valider les compétences acquises. » Par exemple, si un établissement laïc rechigne à valoriser l’engagement d’un étudiant dans une association confessionnelle, les compétences acquises ne méritent-elles pas pour autant d’être validées ?

A son tour, la Responsable des Stratégies et Relations Internationales à l’Université confédérale Léonard de Vinci Caroline Bélan-Ménagier a présenté le projet EXTRAsup, lancé en 2016, cofinancé par Erasmus + et visant à « reconnaître et garantir la qualité des acquis extra-curriculaires » à l’échelle européenne. Concrètement, à élaborer notamment des kits à destination des acteurs de l’enseignement supérieur, sans rêver d’une « recette idéale ou toute faite », mais plutôt en visant la « promotion d’une feuille de route que chacun pouvait élaborer », et la mise en avant des cas d’usages inspirants : soit une vision axée sur la « démarche qualité, la recherche du consensus, la conduite du changement… » Elle a également parlé des « open badges », une expérimentation en cours prenant en compte « les biais et stéréotypes des employeurs »,comme« la recherche du consensus entre tous les acteurs concernés, via un travail par groupes de compétences, afin de faire émerger un langage commun. » L’occasion, pour Eunice Mangado-Lunetta, de parler de la plateforme Reconnaissance de l’engagement étudiants et des compétences (REEC) élaborée par l’Afeven expérimentation sur cinq universités (Nice, Nanterre, Strasbourg, La Rochelle et Le Havre).

Sophie Raisin, vice-Présidence de la Commission Formation et Vie Universitaire du Conseil académique de l’Université Côte d’Azur, a ensuite expliqué comment, depuis 2012, son établissement s’est engagé « sur la question de la place que pouvait avoir l’engagement des étudiants dans notre politique universitaire au sens large. » Un processus en plusieurs étapes : « de 2012 à 2016, le jeu a consisté à utiliser toutes les marges de manœuvre »,  notamment sur les UEL – « un tout petit objet sur lequel nous avons beaucoup investi » (notamment avec l’Afev) – ou les « bonus Engagement », après création d’une vice-Présidence « Vie universitaire » en septembre 2017, et d’une vice-Direction dédiée dans la foulée. L’Université a notamment « mis en place une plateforme numérique permettant de mettre en communication les propositions en termes de projets d’engagement et les envies et volontés de nos étudiants », ce qui a permis de passer de 150 à désormais 300 étudiants dont l’engagement est reconnu, de 2 à 17 conventions avec des associations, tout en renforçant l’ancrage territorial de l’Université. Rappelant enfin que « la réussite des étudiants se joue dès leur entrée dans le supérieur », elle a estimé qu’il fallait se poser la questions des soft skills « dans le cadre des dispositifs Bac-3 / Bac +3 », et « identifier sur nos campus des espaces dédiés à l’engagement, ouverts », comme à Nice, l’Engagement Center de Med’In.

Deux derniers intervenants, la Présidente de la Jeune Chambre économique française, Stéfanie Cochet et Elliott Ellis, dirigeant de Tenzing Conseil, ont livré des témoignages sur la question de l’employabilité et des comportements des recruteurs vis-à-vis des soft skills étudiantes. La première, qui dirige un « incubateur de leaders citoyens » (de 18 à 40 ans) implanté en plus de 135 points du territoire, agit concrètement pour lutter contre la baisse du chômage des jeunes, notamment en accompagnant ces derniers « sur le CV citoyen, en les aidant à identifier leurs compétences puis à les valoriser. »  De fait, les jeunes peinent parfois à prendre conscience des acquis de leurs expériences, à l’instar de cette jeune volontaire en service civique ayant déclaré ne pas disposer de compétences particulières avant de reconnaître avoir déjà animé une table-ronde devant deux cents personnes, en présence d’un Ministre ! Il s’agit aussi, pour elle, de sensibiliser les recruteurs à l’intérêt qu’ils peuvent tirer de la reconnaissance des soft skills – adaptabilité, flexibilité, résolution de problèmes complexes – via la « charte des recruteurs citoyens ».

Elliott Ellis, quant à lui, a présenté son entreprise, « cabinet de recrutement dans le domaine très élitiste du conseil, qui estime que le diplôme importe peu », en faisant abstraction totale du CV pour lui préférer des tests en ligne. En replaçant par exemple dans une relation de proximité les notions de « débrouille » et « d’entrepreneuriat », qui finalement ne sont pas si antithétiques qu’on pourrait le croire, on ouvre rapidement le champ à de nouvelles pratiques de recrutement, moins stéréotypées. « Cela dit, pour nous, le recrutement, ce n’est que le début », a-t-il conclu, puisque Tenzing propose avant le recrutement effectif un semestre de formation et d’allers-retours entre l’entreprise cliente et leurs locaux, quand de nombreux DRH exigent souvent des agents opérationnels dès l’embauche. Une expérience couronnée de succès depuis trois ans, mais qui se heurte encore parfois à des réticences au sein des entreprises.

En conclusion des travaux de la journée, le Directeur général Christophe Paris a remercié hôte, partenaires et intervenants, puis estimé qu’il s’agissait « d’une journée importante, marquée par une effervescence conjuguée avec une convergence, sur fond de transformation sociale »et l’émergence d’un chantier de « soft skills d’établissements, collectifs », situé entre les deux pôles que sont l’engagement et l’expertise. Le tout afin de réussir, « après la démocratisation de l’enseignement supérieur, la démocratisation de la réussite au sein de l’enseignement supérieur », afin d’assurer un sain continuum de parcours orientation / acquisition / insertion.

François Perrin

Dessins : Tuyet Tram DANG NGOC – Enseignante-chercheur en sciences informatiques, chargée de mission Transformations Pédagogiques à l’université de Cergy-Pontoise.




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