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ORSU TALKS 2021 : Les lieux de vie étudiante

ORSU TALKS 2021 : Les lieux de vie étudiante

C’est sur la question de “L’expérience étudiante au sortir de la crise sanitaire” qu’ont porté les échanges de la troisième édition des ORSU Talks, organisée par l’Afev le 22 juin dernier. Parmi les trois ateliers thématiques proposés, retour sur celui consacré aux lieux de vie étudiante.

Cet atelier animé par Sandrine Martin, Responsable nationale Enseignement supérieur à l’Afev, illustrait, derrière la question provocatrice « Et si les étudiants ne souhaitaient plus retrouver leurs amphis ? », le fait que la crise sanitaire a aussi renforcé la nécessité de mener une réflexion de fond sur la question de l’aménagement du territoire. En envisageant, en particulier, l’essaimage raisonné de lieux souvent qualifiés de “tiers”, à la fois plus accueillants et plus modulables que dans l’offre actuelle, et reposant sur deux piliers : l’engagement et la solidarité. Il y fut aussi question de la thématique des campus connectés, dont le développement doit passer, là aussi, par une analyse collective des enjeux et défis à relever.

Remontées du terrain

Pour envisager les choses depuis le terrain plutôt que dans une vision “descendante, ce temps de réflexion a commencé par donner la parole à trois acteurs de terrains – en premier lieu desquels Marine Beillevaire, Coordinatrice de Chez Phiphi, un tiers-lieu animé par l’Afev au pied d’une résidence Crous du XVIIIème arrondissement de Paris (qui par ailleurs accueille des Kaps), et pour lequel « tout a été conçu, aménagé, ouvert l’an dernier, en pleine période de crise sanitaire. » 

Après l’avoir présenté dans le détail – notamment comme « un espace partagé, conçu comme un intermédiaire entre la maison et le lieu de travail ou d’études » -, elle est revenue sur cette expérience particulière, en indiquant notamment que la situation au démarrage avait été à la fois « compliquée et paradoxalement confortable : cela nous a accordé beaucoup de temps pour créer du lien avec des structures de territoire, identifier des pistes d’intervention, peaufiner notre communication… » Lors du deuxième confinement, l’expérience a basculé en distanciel, via les réseaux sociaux, tandis que les locaux accueillaient « une action d’urgence de distribution alimentaire », jusqu’à la réouverture de l’espace en janvier, sur inscription, « avec une jauge limitée. » Succès immédiat, qui en fait désormais « un acteur de territoire très sollicité. »

Crochet plus au sud, avec l’intervention d’Agathe Mirebeau, Déléguée territoriale Afev La Rochelle, qui anime depuis 6 ans Le Salon, un tiers-lieu de l’Université de La Rochelle « pensé et baptisé par les étudiants eux-mêmes. » Décrivant à son tour cet espace, elle a ensuite parlé de son organisation à proprement parler, avec « chaque année un binôme de services civiques qui accueille les étudiants » et y organise diverses activités et actions citoyennes. Il s’agit également « pour l’Afev d’un lieu de porosité avec le territoire », via les associations et familles issues de quartiers prioritaires qui y sont accueillies.

Concernant la période de la crise, la mobilisation a été très forte « en particulier sur la question de l’alimentation des étudiants » (paniers repas distribués à 270 étudiants), et elle a été également marquée par une densification des échanges avec les acteurs de la vie étudiante, des collectivités à l’Université en passant par les partenaires et associatifs locaux. « Ainsi, a-t-elle indiqué, le tiers-lieu a vraiment été au cœur de l’engagement et de la solidarité étudiante, avec création d’une chaîne de solidarité très positive. Tout cela a permis de relier les étudiants entre eux, mais aussi de créer des éléments de porosité avec le reste du territoire. »

Pour conclure cette séquence, c’est Alexandre Irand, vice-Président en charge de la coordination du pôle innovation sociale à l’Ares (Fédération nationale des Associations représentatives des étudiants en sciences sociales / FAGE), par ailleurs vice-Président du Crous de Bretagne, qui a notamment présenté les AGORAé de la Fage. Ces dernières, qui existent depuis 2011 suite à un constat de « précarité étudiante grandissante », et sont désormais 27 sur tout le territoire (pour 30 bénévoles et 264 Volontaires en service civique impliqués au quotidien), sont des « tiers-lieux pluriels, à la fois épiceries sociales et solidaires (à environ 10% des prix du marché) et lieux de vie étudiante ouverts à tous. »

Depuis mars 2020, « la mobilisation des associations étudiantes au sein des AGORAé a été sans précédent, et on a fait en un an l’équivalent de ce qui avait été fait en dix ans auparavant » : distributions alimentaires, d’outils et de matériel pédagogiques, mise en place de téléconsultations… A terme, il s’agit de « continuer à faire grandir ces lieux, de les implanter dans de nouvelles villes universitaires », à l’instar des quatre ouvertes depuis le début de l’année à Rouen, Nice, Saint-Brieuc et Besançon, « et bien sûr de refaire vivre ces lieux à partir de l’année prochaine. »

Perspectives d’avenir

Pour une vision plus englobante étaient également présents un chercheur et un représentant de l’Etat : Emmanuelle Auras, Sociologue de la formation, Cheffe de projet NCU / Open CV à l’Université de La Rochelle et Erwan Paitel, Chef de projet Campus connecté au Ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. La première est revenue sur le projet NCU de La Rochelle, indiquant qu’il visait à « transformer la structure du cycle licence, en personnalisant le parcours des étudiants à travers un système majeures/mineures, des dispositifs d’orientation, d’aide à la réussite et d’accompagnement des enseignants sur la pédagogie, l’approche par compétences ou la formation à distance. »

Elle a expliqué en quoi « tout [avait] basculé en mars 2020, pour l’ensemble des acteurs de l’Université, vers une continuité pédagogique qui n’a pas été facile à mettre en place », mais aussi un renforcement des prises de contact avec les étudiants de licence et la création d’une « procédure d’orientation immédiate en cas d’urgence. » Pour elle, « le sujet des tiers-lieux est difficile à ignorer quand on travaille sur la réussite des étudiants, depuis les années 2000 et l’arrivée des “learning centers”. » Pour en assurer le déploiement efficace, comme celui des campus connectés, il faut à la fois considérer les étudiants dans leur diversité, miser sur leur « besoin vital de relations » (contre l’isolement), et bien considérer, en connaissance de cause, « l’organisation du temps de travail, les usages, les modes d’échanges avec les enseignants (pour éviter la dégradation des relations pédagogiques) », mais aussi « l’esprit du lieu, son incarnation. »

De son côté, Erwan Paitel s’est tout particulièrement intéressé, logiquement, à la question des campus connectés, ce qui a ouvert une discussion très éclairante sur l’aménagement et la prise en compte des territoires dans leur diversité. L’ambition de ces campus est « de rapprocher l’enseignement supérieur des territoires géographiquement éloignés des opérateurs, et où l’on sait que les indicateurs de poursuite vers l’enseignement supérieur sont mauvais – pour des raisons très complexes à analyser -, avec pourtant la nécessité de proposer à tous, dans le parcours éducatif, une expérience d’émancipation. » 

Détaillant ce qu’ils sont actuellement (des formes spécifiques de tiers-lieux, au nombre de 89 aujourd’hui) et ce qu’ils veillent à devenir, il a indiqué que le dispositif, qui fonctionne sur la base d’une série d’appels à projets, avait « permis aux collectivités territoriales de se saisir politiquement de cette problématique d’un accès compliqué à l’enseignement supérieur », qui conduit à une dégradation d’un certain nombre de parcours individuels, tout en envisageant l’Université comme un partenaire réel. A noter : lancé juste avant la crise sanitaire, ce dispositif, qui repose sur des tuteurs formés (et donc un « suivi humain »), a su démontrer que les étudiants concernés avaient « moins souffert de cette dernière », avec des taux de réussite comparables à ceux de leurs pairs – ce qui ouvre forcément des pistes de réflexion quant à l’avenir… D’autant que « si l’on veut que cela fonctionne, il faut que nous bâtissions des synergies efficaces entre acteurs. »

François Perrin




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