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ORSU TALKS 2021 : L’engagement étudiant

ORSU TALKS 2021 : L’engagement étudiant

C’est sur la question de “L’expérience étudiante au sortir de la crise sanitaire” qu’ont porté les échanges de la troisième édition des ORSU Talks, organisée par l’Afev le 22 juin dernier. Parmi les trois ateliers thématiques proposés, retour sur celui consacré à l’engagement étudiant.

Si la crise sanitaire a suscité une hausse conjoncturelle de l’engagement étudiant – en particulier dans la lutte contre la précarisation -, une hausse structurelle est aussi à l’œuvre. D’où l’intérêt d’envisager pour demain une Université civique, qui mettrait l’engagement au cœur de son projet, et à plus court terme un accroissement de la personnalisation et de la modularité des parcours étudiants. Voici les sujets qui furent abordés lors de cet atelier, animé par Eunice Mangado-Lunetta, Directrice des programmes à l’Afev (avec la complicité de Marie Chaumont) et entrecoupé d’interventions d’étudiants engagés dans cette association (Camille de Reims ou Brandon de Strasbourg).

Numérique et mobilisation

Dans un premier temps, Nassim Merzouk, Responsable du déploiement de la plateforme JeVeuxAider, a présenté cette déclinaison numérique de la Réserve civique « sorte de LeBonCoin du bénévolat » selon ses termes amusés -, puis souligné « un passage de 0 bénévole à 330 000 en un an », avec « un maillage territorial assez fin, même dans les zones rurales. » Or sur ces 330 000, 50% ont moins de trente ans, et 1,5 jeune Français sur cent est inscrit sur la plateforme ; « le top du top étant les jeunes nés en 1995, qui sont ceux qui s’engagent le plus » sur le site, « sur toutes les thématiques, mais en premier lieu la lutte contre l’isolement, puis l’éducation et le mentorat. » Autant d’éléments, permettant parfois d’enclencher un parcours d’engagement via des « missions d’appel »,  qui ont motivé l’Afev et ce partenaire à signer récemment une convention – une manière « simplement d’officialiser tout ce qu’on a fait ensemble depuis un an », a-t-il estimé.

De son côté, Agathe Bouffet, Chargée de mission nationale “Mobilisation” à l’Afev, a eu l’occasion de revenir sur le manque de sérénité qui régnait en interne, à l’automne dernier, en matière de mobilisation des étudiants, vite contredit par le statut « d’année record » de la session 2020-2021, « avec plus de 9 500 étudiants bénévoles engagés à l’Afev » – ceci pour accompagner plus d’enfants qu’à l’accoutumée, mais en s’essayant à d’autres modes de “recrutement”, plus en distanciel qu’en présentiel, avec des partenariats resserrés avec les Universités, de nouveaux territoires abordés… Son intervention a également permis d’introduire la question de la reconnaissance et de la valorisation de l’engagement étudiant à l’Université, qui pourrait passer, par exemple, par une « intégration de cet engagement dans le parcours universitaire », y compris dans les grandes écoles.

La rôle des acteurs de l’enseignement supérieur

Raphaël Constambeys-Kempczynski, Délégué général Alliance Sorbonne Paris Cité et coordinateur du Réseau national des vices-présidents vie étudiante, de campus et universitaire (VECU), est ensuite revenu, après avoir présenté cette dernière structure et sa genèse, sur les termes de son article de 2015 pour The Conversation, et en particulier ceux « d’expérience étudiante et d’Université Civique » – soit, ici, les cas d’universités « adoptant une façon systémique, dans leur stratégie globale, de devenir actrices à part entière de leur territoire. »  Il milite pour l’émergence de la « troisième génération de la prise en compte de l’engagement étudiant » (sous le signe de « l’agentivité », via « un engagement social et civique », après la « socialisation qui a caractérisé la deuxième génération » – avec pour exemple important celui des AGORAé de la Fage), tout en tentant d’importer en France, en tant que Britannique, le concept d’”expérience étudiante” en lieu et place de la “vie étudiante” – soit un vécu global, « non limité aux heures passées dans la salle de cours. » 

Selon lui, ce concept d’expérience doit être conçu dans son articulation avec trois autres notions : la résilience, « qui traduit un certain nombre de compétences qui nous permettent de faire face à une crise, aux aléas de la vie, de rebondir… » ; l’hybridation, « même en prenant un pas de côté par rapport au numérique, pour reconstruire de manière globale les temps étudiants, et sortir d’une approche “mètres carrés / étudiant / département” » ; enfin, le multi-dimensionnel, soit « l’absence de réponse unique aux problématiques auxquelles nous faisons face aujourd’hui, mais au contraire des réponses à géométrie variable. » Sur cette base, il est possible d’observer avec finesse, comme il le fait, notamment l’idée « d’enseignement par le service » ou l’ouverture d’Unités d’enseignement liées à l’engagement, et de se poser, par exemple, la question de l’évaluation/notation des expériences d’engagés. Ceci pour « reconnaître l’engagement dans la conception disciplinaire de la maquette de la formation », tout en envisageant la question de l’employabilité concomitamment à une individualisation des parcours – via « l’aménagement de temps permettant à l’étudiant de s’engager ailleurs, autrement que dans la salle de cours. »

Interrogé à son tour, le Conseiller scientifique et pédagogique (MESRI) et Responsable scientifique du NCU So Skilled (Université Paris Lumières) Christophe Bréchet a parlé de la manière dont peuvent être converties les compétences liées à l’engagement étudiant en crédits ECTS, en annonçant d’entrée « s’inscrire très largement dans le prolongement de ce que vient de dire Raphaël, notamment dans le souhait d’activer un certain nombre de leviers dans l’Université. » Il a d’abord dressé « un état des lieux de la question des compétences dans la crise sanitaire », fort de son expérience liée au NCU So Skilled (consacré aux « compétences transversales ») – indiquant notamment que les étudiants avaient, selon leurs déclarations, gagné en autonomie et en confiance en soi entre 2019 et aujourd’hui. 

Sur la période, « l’engagement s’est très bien maintenu », avec par exemple, sur l’Université Paris-8, « 409 étudiants cette année qui ont validé dans leur diplôme un EC “Engagement”, un chiffre stable par rapport à l’an dernier. » Par ailleurs, sur Nanterre et Paris-8, plusieurs leviers ont été activés ces dernières années, qui ont contribué à œuvrer dans le sens de la reconnaissance, avec un succès indéniable. Et ce, malgré des freins évidents, comme « le sous-dimensionnement de l’accompagnement des étudiants engagés, avec la question de la validation » ou « l’identification précoce des terrains d’engagement » (sans que les étudiants ne disposent d’une « cartographie complète de l’offre territoriale d’engagement » au moment de prendre leurs décisions). Selon lui aussi, enfin, les efforts à mobiliser doivent viser une plus grande « personnalisation des cursus », une plus grande individualisation des parcours.

Cet atelier s’est conclu par une vidéo de Marrit Boelens et Afke Bruinsma, Cheffes de projet Mentor your future à l’Université néérlandaise de Sciences appliquées NHL Stenden, abordant de nombreux sujets dont celui, stratégique, de la pérennisation de l’engagement.

François Perrin




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