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ORSU TALKS (2/3) : Soft skills et expérience étudiante internationale

ORSU TALKS (2/3) : Soft skills et expérience étudiante internationale

Le mercredi 12 juin dernier, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des universités (ORSU) de l’Afev organisait la deuxième édition des « ORSU Talks », toujours au sein de l’auditorium du journal Le Monde. La thématique, cette année, était la suivante : « Soft skills, clés de la réussite étudiante ? » Fin des travaux de la matinée, consacrés à la dimension internationale de l’expérience étudiante.

En introduction de cette deuxième table-ronde portant sur l’expérience internationale étudiante, le modérateur et Directeur général adjoint de l’Institut de l’Engagement, Marc Germanangue a opté pour l’appellation « compétences douces » en traduction de « soft skills » (plutôt que« compétences molles » ou « compétences du bas du CV »), avant d’esquisser cinq pistes de travail, sur ce sujet : « A quel point l’expérience étudiante à l’international est-elle encouragée, par les établissements, les institutions européennes, des éléments de contexte ? (…) Qui sont les étudiants qui ont la chance de partir ? (…) Où partent-ils, et quelles sont leurs attentes ? Quelles compétences (académiques et extra-académiques) y développent-ils ? Quelle valorisation de ces compétences, par les universités, les employeurs, la société en général ? » A titre personnel, il a également indiqué que certains dispositifs non spécifiquement pensés pour l’internationalisation pouvaient faciliter cette dernière, comme la possibilité pour les étudiants « de prendre une année de césure, qui ouvre la perspective d’expérimenter par exemple des chantiers internationaux ou des missions de service civique à l’international. »

Première intervenante, Andrée Sursock, Conseillère à l’Association européenne de l’Université (EUA), a d’abord porté un éclairage sur les grandes tendances (sur la base d’une enquête de 2018 de l’EUA) : progression constante de la mobilité étudiante ; intérêt croissant des établissements d’enseignement supérieur pour une internationalisation veillant à « transformer l’étudiant en citoyen du Monde. »Pour autant, ceux qui partent restent une minorité, et seuls 21% des établissements interrogés déclaraient avoir mis en place une politique d’internationalisation de leur campus. Les étudiants entrants comme sortants ne sont-ils considérés que comme une source de revenus, pour l’Université ?, s’est-elle également demandé, appelant de ses vœux une meilleure intégration du « service à la société »dans la stratégie des établissements. D’autant que selon elle, « on peut même voyager dans son pays »– par exemple, comme il l’a été envisagé pour les étudiants de l’ENA, en vivant une expérience dans un quartier défavorisé -, voire effectuer une « mobilité virtuelle » grâce aux nouvelles technologies (sur un  même thème, plusieurs groupes d’étudiants de différents pays travaillant ensemble).

Jean-Luc Prigent, Directeur de cabinet pour l’Agence Erasmus +, a quant à lui rappelé que son programme s’adressait à un éventail large de publics (y compris demandeurs d’emploi, enseignants, apprentis, personnels administratifs…), sur la base à la fois de mobilités d’éducation et de formation et d’une mobilité plus « informelle, liée à la jeunesse, sans objectif de diplômes et de qualifications, mais plus liée à la notion de soft skills. » Par ce biais, 85 400 personnes ont bénéficié d’une expérience internationale en 2018, dont une moitié d’étudiants de l’enseignement supérieur. Avec Erasmus +, 40% des étudiants sortants sont boursiers, et 16% éprouvent des difficultés sociales au sens large : « On n’est plus dans cette idée qu’Erasmus serait réservé à ceux qui sans cela, auraient pu partir quand même. » Et au-delà de celle d’Erasmus +, d’autres bourses existent, comme celle de l’Aide à la mobilité internationale, le doublement de la bourse Erasmuspar certaines collectivités…, ainsi que des crédits de recherche à l’international, qui bien souvent ne sont pas utilisés, ou encore des réseaux d’anciens. « Il y a beaucoup d’argent, de ressources, qu’il faut certes aller chercher, mais qui existent bel et bien. »

A son tour, le Directeur général adjoint de Campus France, Thierry Valentin a précisé : « La mobilité étudiante mondiale représente en gros 2% des étudiants de l’enseignement supérieur. C’est donc une mobilité d’élite (intellectuelle et sociale), pour laquelle les pays attracteurs se battent »– y compris les plus récents sur ce “marché” (Russie, Turquie, Arabie Saoudite, comme dans le cadre d’une « réémergence des empires »…). Seuls trois pays se classent à la fois dans les dix premiers pour l’internationalisation entrante et sortante (les deux étant, pour lui, « impensables l’un sans l’autre ») : Allemagne, France et Chine – avec en outre, dans le cadre européen, une distinction entre flux communautaires et extra-communautaires. Il a également souligné l’importance d’analyser les « inégalités de départ non seulement en termes d’établissement d’origine, d’origine sociale, mais aussi de genre »(« des stéréotypes de genre jouant encore beaucoup trop pour freiner la mobilité des étudiantes. »)

Une question passionnante, qui a suscité de nombreux échanges, autant que l’évolution des attentes au fil du temps : « Quand on partait autrefois pour une expérience de vie, à ses risques et périls, on part désormais plus dans une logique de future employabilité, de recherche d’acquisition de compétences dans un parcours professionnel – en outre, désormais, le fait de ne pas revenir se pose comme une réelle option. » Qui plus est, les attentes varient, d’un pays à l’autre, entre une conception de la mobilité comme la possibilité de « faire là-bas ce que tu ferais chez nous »ou de « y faire tout ce que tu ne pourrais pas faire chez nous. » Deux visions diamétralement opposées.

Benjamin des intervenants, Youri Bergoug, vice-Président de la structure inter-associative Etudiants et développement, a exprimé avoir ressenti au cours de son très riche parcours de mobilité un « manque de visibilité, voire une rétention d’informations, sur l’ensemble des dispositifs accessibles », qui permettraient pourtant à « une masse de pauvres, dont je fais partie, de rejoindre ce type de projets. » Pour lui, « les notions d’engagement obligatoire ou d’engagement inséré dans le cursus, récompensé par des crédits, sont contre-productives, l’engagement devant trouver à mon sens sa légitimité en lui-même. » Une remarque à laquelle Thierry Valentin a répondu en indiquant que « l’engagement doit tout de même être en partie institutionnalisé, afin de pérenniser les choses. » Sur les attentes, pour Youri, « même si on n’a jamais été aussi connectés au Monde entier, l’expérience de terrain est beaucoup plus importante, et permet une prise de conscience profonde sur les mécanismes qui régissent nos vies – l’engagement, l’envie d’agir s’éveillant souvent suite à une expérience internationale. »

Lors de la discussion des intervenants avec la salle, ont notamment émergé les questions de la part donnée à la « sortie de route disciplinaire » au cours d’une mobilité internationale, ou encore des partages d’expérience entre étudiants ayant déjà ou n’ayant pas encore vécu cette expérience – une problématique illustrée par l’intervention de Charlotte Boineau, de la région Île-de-France, à propos des Trophées des étudiants-ambassadeurs.

François Perrin

Dessins : Tuyet Tram DANG NGOC – Enseignante-chercheur en sciences informatiques, chargée de mission Transformations Pédagogiques à l’université de Cergy-Pontoise.




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