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ORSU Talks (1/3) : Soft skills et engagement des étudiants depuis les territoires

ORSU Talks (1/3) : Soft skills et engagement des étudiants depuis les territoires

Le mercredi 12 juin dernier, l’Observatoire de la responsabilité sociétale des universités (ORSU) de l’Afev organisait la deuxième édition des « ORSU Talks », toujours au sein de l’auditorium du journal Le Monde. La thématique, cette année, était la suivante : « Soft skills, clés de la réussite étudiante ? » Entrée en matière, autour de la question de l’engagement des étudiants.

Dès 9h30, les participants à cette riche journée de travaux ont été reçus par Emmanuel Davidenkoff, Rédacteur en chef du Monde Campus et Jérôme Sturla, Directeur du Lab’Afev. Le premier a tenté d’aborder la question de la complexité d’une définition des « soft skills », qui vont « des gestes et règles de base de la sociabilité à la capacité à être communicant, transversal, créatif, à penser “out of the box”, comme disent les Américains, en passant notamment par les compétences comportementales au sens large. » Constatant ensuite la difficile mise en valeur de ces soft skills dans le cadre de l’insertion professionnelle (« on s’intéresse généralement d’abord aux hard skills, celles qui figurent en haut du CV »), il a fait référence à une interview du sociologue Gérald Bronner, dans laquelle ce dernier estimait que la plus importante de toutes était « l’esprit critique ».

Prenant à son tour la parole, Jérôme Sturla a remercié l’ensemble des partenaires et intervenants, avant de rappeler que nous nous trouvons aujourd’hui, avec l’emprise croissante du digital, dans une « grande transformation comparable à celle constatée en 1944 par Karl Polanyi. » Ses impacts sont nombreux, en matière de création de nouveaux métiers et d’organisation du travail, mais aussi sur les trajectoires d’accès à l’enseignement supérieur (comme étudié l’an dernier lors des premiers ORSU Talks) et le rapport que doit entretenir ce dernier avec le reste de la société – au sein d’écosystèmes territoriaux, de « nouvelles dynamiques circulaires et collaboratives ». A ce titre, la notion d’engagement des étudiants présente trois atouts : le rayonnement et le développement d’un territoire, la réussite et l’intégration des étudiants eux-mêmes dans un univers complexe, et l’acquisition par ces derniers de « compétences dites transversales, expérientielles »– en complément des compétences académiques. Toutes ces bonnes nouvelles ne devant pas occulter, bien entendu, la persistance d’inégalités (en matière d’accès comme de capitalisation des soft skills), qu’il importe de combattre.

La première table-ronde abordait l’approche territoriale de l’engagement, en donnant la possibilité à un certain nombre d’acteurs de s’exprimer sur la manière dont les institutions (associations, entreprises, établissements, collectivités locales) se saisissent de l’opportunité d’une présence étudiante sur un territoire, dont l’engagement peut contribuer à plus de cohésion sociale et de solidarité. En premier lieu, l’élu à la Ville de Toulouse, Maxime Boyer, a présenté l’Association des villes universitaires de France (AVUF) et indiqué notamment que « la réussite de l’attractivité territoriale passe aussi par la réussite de ses établissements d’enseignement supérieur, dont l’une des conditions nécessaires passe par la qualité de la vie étudiante. » Pour autant, les problématiques, en termes de politiques publiques, sont extrêmement différentes à l’échelle d’une métropole ou d’une ville moyenne.

Puis Nicolas Delesque, directeur de publication d’Universités et Territoires, a déclaré : « J’ai l’impression que des choses ont avancé, notamment au niveau des agences d’urbanisme, mais qu’on se limite encore aujourd’hui à des questions utilitaires », en matière de prise en compte des étudiants et des universités par les territoires : logement étudiant, transports… Pour autant, concernant « la considération des étudiants comme un vecteur de développement territorial », les choses semblent moins évidentes. Il convient donc de forger une méthodologie adaptée aux différents territoires, quitte à s’inspirer d’exemples internationaux. Deux questions, enfin, concernant les soft skills en tant que telles : « Les compétences acquises dans l’engagement suscitent-elles des vocations dans les métiers traditionnels du monde économique ? » et « Pourquoi ne pas mieux communiquer sur le fait que l’engagement constitue l’un des meilleurs moyens de lutter en faveur de l’épineux problème de la santé mentale des jeunes et des étudiants ? »

Pour porter la voix d’établissements implantés dans des villes ayant fait l’objet d’importantes réflexions en matière de requalification urbaine, le Responsable du Pôle Diversité / Égalité des chances à l’École de Management de Normandie (Le Havre), Julien Soreau et Christophe Bréchet, vice-Président de la Commission Formation et Vie Universitaire à l’Université de Nanterre, étaient également présents. Le premier a rappelé qu’une école n’était pas qu’un bâtiment, mais un acteur interagissant avec son territoire – particulièrement sur une ville comme Le Havre, qui n’était pas historiquement étudiante, et « qui bouge beaucoup, l’enseignement supérieur jouant désormais un rôle prépondérant dans ces mutations », notamment autour du campus Le Havre-Normandie, pôle de « centralisation des étudiants. »

En guise de bonne pratique, il a parlé du tutorat d’étudiants sur des lycéens, dans le cadre des Cordées de la réussite, « quelque chose de déterminant pour notre école, en lien directe avec les collectivités locales. » Pour l’Université de Nanterre, dont le campus permet une « porosité » entre étudiants et habitants de la ville, Christophe Bréchet a fait une présentation extrêmement complète, et parlé notamment des « bonus aux diplômes » mis en place depuis 2014, qui permettent aux étudiants d’acquérir des soft skills en s’engageant pour un ou deux semestre(s) sur le territoire. Par ailleurs, le 18 mars dernier, l’Université Paris-Nanterre présentait officiellement son programme SO SKILLED (« Soft skills, expériences étudiantes et prérequis tout au long de la vie »), lauréat « Nouveaux Cursus à l’Université » (NCU). Un programme qui est venu bouleverser son organisation de la formation, autour de la notion de compétences.

Enfin, la Responsable du service jeunesse du Conseil départemental de Seine-Maritime Anne Piedagnel, après une présentation des spécificités de son territoire « marqué par l’histoire industrielle », a émis un message d’espoir : « la jeunesse impliquée, investie, fait consensus », par-delà les clivages gauche-droite. Concrètement, par exemple, elle a rappelé la perspective d’ouverture de cent places de Kaps, pour autant de jeunes accompagnés par l’Afev.« Il faut aller chercher des acteurs variés, décloisonner, créer des synergies », a-t-elle également indiqué.

Au cours des échanges avec la salle, plusieurs questions ont émergé, comme « l’assurance-qualité » des projets menés par des étudiants, les problèmes d’emploi du temps et de charge des tâches d’encadrement, le recours parfois contre-productif à des cabinets de conseils extérieurs aux institutions… En conclusion, le modérateur Jérôme Sturla a rappelé que tous ces exemples confirmaient que « si l’étudiant est incontestablement une ressource pour le territoire, l’Université peut être une ressource pour elle-même », avant de militer pour une réflexion sur le concept de « volontariat d’expertise ».

 

Dessins : Tuyet Tram DANG NGOC – Enseignante-chercheur en sciences informatiques, chargée de mission Transformations Pédagogiques à l’université de Cergy-Pontoise.

 




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