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Mentor-Up : acquérir des compétences en devenant citoyen actif

Mentor-Up : acquérir des compétences en devenant citoyen actif

L’Université de Padoue, en Vénétie, a mis en place le programme de mentorat Mentor-Up, qui permet à des binômes étudiants/écoliers d’échanger et de s’apporter mutuellement des compétences. Entretien avec Marisa Bergamin, directrice du projet.

 

Pourquoi l’Université de Padoue a-t-elle décidé d’intégrer un programme de mentorat à son éventail d’enseignements ?

L’idée de créer un programme de mentorat à destination des étudiants vient de Massimo Santinello, professeur de psychologie communautaire à l’Université de Padoue. Principal animateur du programme Mentor-UP, il est également directeur du laboratoire LINK, qui propose à des organisations publiques comme privées un service de conseil en conception, implémentation et évaluation des programmes de prévention.

Comment pourriez-vous décrire ce programme tel qu’il existe à ce jour ?

La mission de Mentor-UP consiste à aider les écoles à gérer des jeunes à risque, de renforcer les liens entre ces jeunes et la communauté locale, et d’améliorer l’estime comme la confiance en soi des étudiants. Les réunions entre mentors et “mentorés” se tiennent sur une base hebdomadaire, pendant au moins deux heures. Sur l’année universitaire 2018-2019, une cinquantaine de ces binômes participent au programme.

Chaque année, au mois de septembre, nous prenons contact avec les enseignants pour discuter et clarifier les critères de recrutement, parmi lesquels l’absence de sévères trouble psychosociaux ou du comportement (qui nécessiteraient une assistante professionnelle) mais la concentration de facteurs à risque (faible statut socio-économique, manque de présence parentale ou famille mono-parentale, faible motivation ou estime de soi, problèmes relationnels avec l’institution scolaire ou les pairs). Sur ces bases, les enseignants identifient parmi leurs élèves ceux qui pourraient tirer profit d’un mentorat en face-à-face.

Les candidats “mentors”, quant à eux, sont sélectionnés en fonction de leurs centres d’intérêt, de leur expérience en matière d’éduction, de leurs compétences sociales. Ils suivent ensuite une formation dédiée, répartie en six heures d’orientaiton et six heures de travaux pratiques (jeux de rôle, simulations), avant de se voir attribuer la responsabilité d’un jeune. Chaque étudiant est associé à un jeune “mentoré” en fonction d’une compatibilité des centres d’intérêt, ainsi que d’environnements sociaux considérés comme similaires.

On incite les mentors à mener des activités à la fois scolaires et communautaires, en tentant de trouver un juste équilibre en fonction des besoins et préférences des “mentorés”. Les écoles jouent un rôle central dans le dispositif, par exemple en favorisant l’adéquation au sein des binômes ou en mettant à disposition des locaux pour accueillir les réunions (ce qui n’empêche les binômes, au demeurant, de préférer se rencontrer en dehors desdits locaux). La bonne tenue des échanges est assurée grâce à des journaux numériques que les mentors doivent remplir chaque semaine – ils y décrivent les activités réalisées et y mentionnent toutes les observations qu’ils jugent pertinentes en lien avec le développement de la relation ou le bien-être du “mentoré”.

Toutes les trois semaines, les mentors participent à des groupes de supervision entre pairs, animés par des responsables qualifiés, pendant lesquels ils abordent les points positifs ou négatifs de leur mentorat, et analysent ensemble les problèmes rencontrés, afin de trouver collectivement le meilleur moyen de les résoudre.
Enfin, enseignants et mentors se rencontrent à deux reprises pendant le déroulement du programme, afin de se tenir à jour quant à l’évolution de ce dernier.

Quels sont vos objectifs pour l’avenir ? Et comment selon vous le mentorat oeuvre-t-il dans le sens de la RSE ?

Mentor-UP et le Département de psychologie de l’Université de Padoue s’emploient à consolider ce programme spécifique autour du mentorat, grâce auquel les étudiants peuvent acquérir des compétences pratiques en résolution des problèmes, développer une aptitude à la pensée critique, et à terme devenir des citoyens actifs au sein de nos sociétés – le tout en venant en aide à des enfants considérés comme “à risque”. L’idée est d’amener les étudiants à dépasser les murs des salles d’enseignement, à bénéficier d’opportunités uniques de lier théorie et pratique dans le cadre d’activités structurées, en collaboration avec des partenaires bien réels. La participation à ce programme de mentorat procurera aux étudiants des crédits universitaires, ainsi que la possibilité d’ajouter une ligne importante à leur CV.

Question subsidiaire: Que pensez-vous du programme de mentorat étudiant mis en place en France par l’Afev ?

L’Afev crée l’opportunité pour plus de 8000 étudiants, écoliers et familles d’apprendre ensemble et d’apprendre les uns des autres, le tout afin de progresser d’un même pas. Un mentor ne doit jamais être perçu comme quelqu’un de différent de soi, mais comme quelqu’un susceptible de nous en apprendre beaucoup sur nous-même. Le point fort d’un tel programme ? Rassembler les voix de différentes communautés, aussi bien géographiques qu’ethniques ou culturelles. Une contribution importante à la mise en place d’une société véritablement inclusive.

Propos recueillis par François Perrin




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