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Manel Jimenez-Morales : « L’université doit se projeter et être un élément nodal dans le réseau des acteurs sociaux et économiques »

Manel Jimenez-Morales : « L’université doit se projeter et être un élément nodal dans le réseau des acteurs sociaux et économiques »

Cliquez ici pour s’inscrire au débat ORSU-Talks “Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur”, le 26 juin prochain 2018 à Paris

Interview du Dr. Manel Jimenez-Morales – Directeur académique du CLIK (Center For Learning Innovation and Knowledge) de l’Université Pompeu Fabra. 

Lors des prochains ORSU Talks, Manel Jimenez-Morales présentera le programme Prometeus mis en œuvre à Barcelone. Celui-ci vise à renforcer l’impact de l’université sur le territoire.

Dans le cadre du CLIK (Center For Learning Innovation and Knowledge), il développe et impulse des projets d’innovations et de responsabilités sociales. Dans son propos, il évoque les enjeux de la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur. Il insiste sur la nécessité, pour les établissements d’enseignement supérieur, de s’ouvrir sur leur environnement urbain, social et économique.

Pourquoi avez-vous mis en place le programme Prometeus ?

Le Programme Prometeus naît du désir de rapprocher deux univers successifs souvent séparés de manière incompréhensible : celui de l’école et celui de l’université. Dans certains cas, les deux espaces éducatifs ont traversé des voies convergentes ; mais ils l’ont fait d’une manière tacite et sans un travail d’objectifs partagés, ce qui a causé une perte d’efficacité dans les processus d’apprentissage.

Prometeus veut être un projet de cohésion. En premier lieu, il vise à établir, un pont de continuité entre l’enseignement secondaire et l’université pour tirer parti des synergies des deux institutions et faciliter la transition de l’une à l’autre. De cette façon, il propose un programme de soutien à l’innovation éducative à travers le tutorat que les étudiants universitaires offrent aux lycéens. En ce sens, Prometeus développe des actions de soutien et d’accompagnement ad hoc auprès des lycéens de deux centres du quartier Raval de Barcelone. Les étudiants de ces centres ont peu de référents universitaires autour d’eux, de sorte que le projet vise à amener l’université d’une manière très naturelle à la réalité de ces jeunes des lycées. Ces activités sont facilitées par l’Association Educative Intégrale du Raval et l’Université Pompeu Fabra de Barcelone et sont complétées par des bourses pour poursuivre des études universitaires.

En second lieu, Prometeus veut faire partager une partie des connaissances générées par l’université à des agents sociaux qui ne font pas nécessairement partie de la communauté strictement universitaire. De cette manière, il cherche à ouvrir la connaissance et à générer un impact et un transfert à travers un projet d’innovation et de responsabilité sociale.

La démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur est-elle une une priorité des pouvoirs publics en Catalogne et/ou en Espagne ?

Disons qu’il y a une préoccupation explicite de certains secteurs à offrir une éducation publique de qualité qui corresponde aux changements culturels en cours et qui soit sensible aux différences sociales qui nous entourent. Il y a des gestes qui le montrent et l’apparition de certains programmes qui vont dans cette direction. Cependant, il y a beaucoup de travail à faire et encore plus d’efforts sont nécessaires pour démocratiser l’éducation.

D’autre part, l’augmentation des frais universitaires au cours des dernières années est un élément qui a compliqué ce processus d’accès à l’éducation. La réduction des bourses n’a pas non plus aidé. Mais en même temps, des alternatives ont semblé contribuer au développement de l’éducation, à l’amélioration de sa socialisation, à l’amélioration de son innovation et de sa qualité, entre autres. La Catalogne a été une région particulièrement sensible à cette cause, malgré le fait que les résultats nécessitent encore plus d’implication du gouvernement. D’un autre côté, on pourrait penser que l’accès au savoir et à l’éducation s’est démocratisé avec le développement des plateformes numériques d’apprentissage en ligne, les MOOC, les réseaux sociaux, la science citoyenne, les applications mobiles … Cependant, des actions politiques sont nécessaire pour donner du sens et de la cohérence aux multiples offres proposées. Il s’agit de garantir la qualité et la reconnaissance socio-professionnelle des personnes qui ont accès à ces nouvelles connaissances.

Les universités collaborent-elles avec les partenaires de société civile et les entreprises ?

De plus en plus. En Catalogne, il y a quelques mouvements qui ont été le moteur de grands changements et de réformes dans les écoles et les instituts. Actuellement, le système scolaire catalan est en train de subir de nombreux remaniements et certains centres sont devenus des points de référence pour l’innovation didactique et sociale au niveau européen. Les universités sont au cœur de ces évolutions et travaillent à offrir un impact réel et bilatéral entre les acteurs économiques ou sociaux et les établissements d’enseignement supérieur. À l’heure actuelle, par exemple, l’Université Pompeu Fabra de Barcelone travaille sur un projet appelé EDvolution. Celui-ci propose d’adapter son propre modèle éducatif aux besoins des étudiants et des professionnels du futur, en lien avec les exigences de la société et des entreprises. EDvolution a pour priorité de travailler à l’émergence de clusterset de « communautés de la connaissance » à partir d’une triangulation entre l’université, la société et l’entreprise. Ceci peut se mettre en place à travers des programmes spécifiques de collaboration. Cela implique la création d’espaces de travail partagés, la coproduction de connaissances et une liaison étroite entre recherche académique et développement industriel. L’université doit se projeter et être un élément nodal dans le réseau des acteurs sociaux et économiques. Cette évolution est vitale. Aujourd’hui elle n’est plus le seul référentiel de connaissances. Si elle n’intègre pas ce nouveau paradigme, elle court le risque de ne pas optimiser les talents qu’elle possède et de manquer les opportunités qui l’attendent à l’extérieur.

Propos recueillis par Jérôme Sturla – Directeur Lab’Afev

Le 26 juin prochain, à Paris, se tiendront les premiers « ORSU Talks », sous le haut patronage de la Ministre Frédérique Vidal et la direction scientifique du sociologue Jules Donzelot. Organisés par l’Observatoire de la Responsabilité sociétale des universités de l’Afev, ces échanges seront dédiés à la problématique « Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur ».

 

 

Photo : Cours de télévision aux participants de Prometeus




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