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Lutter efficacement contre les inégalités dès le début du parcours éducatif

Lutter efficacement contre les inégalités dès le début du parcours éducatif

Mi-janvier 2017, le cabinet d’études Trajectoires-Reflex remettait à l’Afev et à son partenaire la Fondation SNCF son rapport d’évaluation (à télécharger ici), portant sur le dispositif  « d’accompagnement vers la lecture » : un accompagnement individualisé mis en œuvre par l’Afev en grande section de maternelle et en CP pour développer le langage, et promouvoir la lecture plaisir. Un document reposant sur deux ans de travail (questionnaires, entretiens qualitatifs), visant à mesurer l’impact de l’action des étudiants de l’Afev sur les enfants accompagnés. L’occasion aussi de constater, sans l’ombre d’un doute, qu’une alliance raisonnée entre divers acteurs éducatifs porte très généralement ses fruits. Résultats et commentaires des parties prenantes.

Directrice d’études chez Trajectoires-Reflex, Valérie Pugin a orchestré l’enquête, pour une association, l’Afev, avec laquelle son cabinet travaille : « Cette association d’éducation populaire dispose d’un projet construit, propose des modes d’action innovants et se montre capable à la fois de faire émerger des sujets qu’elle met à jour sur l’agenda national et de s’interroger sur ce qu’elle fait, sur l’impact de son action sur les enfants et les familles. » Concernant les résultats, elle relève plusieurs points encourageants : en amont, « le bon public est ciblé par les enseignants, soit les enfants qui ne baignent pas dans un environnement favorable au langage. » En effet, trois quarts des enseignants interrogés en début d’action pensent que les écoliers concernés ne disposent pas de livre à la maison, et une moitié que leurs parents ne maîtrisent eux-mêmes pas bien le français.

En aval, la relation entre les étudiants et les enfants est considérée comme « plutôt bonne » à « très bonne » par 98% des personnes interrogées. « La qualité du lien se maintient même si l’étudiant change, les enfants semblant valoriser le rapport de bénévolat qui existe. » Un constat que partage Catherine Luquet, responsable du domaine éducation à la Fondation SNCF : « C’est très rassurant, et rassurant aussi de constater que le binôme étudiant/enfant , « de jeune à plus jeune », crée un effet positif – une telle évaluation permet précisément de valoriser le travail effectué, de constater les points forts du dispositif, voire de réajuster certains détails. » Eunice Mangado-Lunetta, Directrice des programmes à l’Afev, n’affirme pas autre chose quand elle déclare : « L’évaluation contribue à mieux définir notre action, à trianguler en quelque sorte ce qui se passe au domicile, à l’école, mais aussi dans les bibliothèques, pour améliorer sans cesse le dispositif. »

Visites à la bibliothèque

Concernant l’impact à proprement parler des actions menées, Catherine Luquet poursuit : « L’action permet la découverte du lieu-bibliothèque, condition nécessaire à la naissance d’une habitude, ainsi que la progression en langage et en lecture. L’aisance langagière se renforce, ainsi que le plaisir de lecture. » S’ils sont 43% d’enfants à n’avoir jamais mis les pieds à la bibliothèque en début d’année, ce chiffre tombe à 14% en fin de cycle. De la même façon, si un tiers ne montrait aucune envie de lire au départ, ils ne sont plus que 14%, contre 86% manifestant une réelle appétence, après le passage du bénévole. Cet effet positif fait écho à l’expérience menée par l’Afev notamment à Lyon (100 « ambassadeurs du livre » impliqués, pour un total de 135 à l’échelon national) dans les Bibliothèques Centres Documentaires (BCD), ainsi qu’aux expérimentations lancées via les « volontaires en résidence » dans les médiathèques : un moyen efficace de lier l’animation territoriale à la promotion de la lecture-plaisir. Or, selon Catherine Luquet, « à la Fondation SNCF, nous favorisons les actions qui donnent ou redonnent toute sa place à la notion de lecture-plaisir, dès le plus jeune âge : plaisir de se faire raconter une histoire, puis de la découvrir par soi-même. Il faut créer et entretenir un écosystème favorable autour des enfants, ne comprenant plus seulement l’enseignant, mais aussi la famille, les étudiants, voire la médiathèque et ses agents. Le triptyque enseignant/parent/enfant, c’est la clé du succès. A ce titre, le dispositif AVL de l’Afev semble pleinement fonctionner. »

Eunice Mangado-Lunetta apporte une précision d’importance à ce sujet : « C’est un accompagnement vers la lecture, pas à la lecture. Il ne s’agit pas de remplacer ce que font les enseignants, le « dur » de l’apprentissage, mais de renforcer le parcours éducatif des enfants les plus fragiles, notamment de ceux que l’on appelle les « petits parleurs », et de rappeler que la lecture s’inscrit aussi dans une démarche familiale. A ce titre, un document de l’OCDE intitulé « Pisa à la loupe » rappelait récemment à quel point le fait pour des parents de raconter des histoires en pré-élémentaire ou de parler et argumenter avec leurs enfants jouait un rôle positif sur leur scolarité. » Ainsi, le dispositif AVL de l’Afev ne l’ignore pas, les parents eux-mêmes constituent le public indirect de l’action – un public plus difficile à faire évoluer dans ses pratiques.

Mieux sensibiliser les parents… et consolider encore le dispositif

En effet, toujours selon Valérie Pugin, deux limites du dispositif apparaissent au cours de l’enquête. D’une part, « il est difficile d’impacter plus quand les parents sont eux-mêmes très éloignés de la culture scolaire. » Un exemple ? Le chiffre estimé par les étudiants de 31% des parents ne lisant jamais d’histoires aux enfants diminue de 1% seulement à l’issue d’un cycle d’accompagnements. Catherine Luquet indique cependant que « le rôle de ce jeune, qui se rend directement dans les familles, est primordial : c’est aussi un moyen de rassurer les parents, voire même de leur redonner envie de raconter des histoires à leurs enfants. » D’autre part, Valérie Pugin constate que « l’année universitaire commençant tard et terminant tôt, l’effet serait sans doute démultiplié si la période d’accompagnement était plus longue, par exemple si les accompagnements démarraient tous en octobre. »

L’Afev s’efforce d’ailleurs, suite à une première évaluation réalisée en 2004-2005 sur la seule Île-de-France, d’envisager l’accompagnement par les bénévoles sur une période de deux ans plutôt que d’une seule année universitaire – une évolution conditionnée pourtant au fait que, comme l’indique Eunice Mangado-Lunetta, « nous ne sommes pas seuls à décider sur ce point : les enfants accompagnés sont toujours repérés par un tiers (équipes éducatives ou des programmes de réussite éducative). » Ce qui n’empêche aucunement cette dernière de constater que « si les étudiants n’ont pas un effet magique sur le rattrapage cognitif, ils jouent un rôle déterminant, amplement validé par cette évaluation. » Un bilan d’autant plus positif que « quand on a démarré l’Accompagnement vers la lecture, il y a plus de dix ans, nous étions très prudents, le public des tout-petits n’ayant pas été « ciblé » jusqu’alors. Pour autant, aujourd’hui, les engagés de l’Afev sont devenus des acteurs importants et reconnus de la lecture publique et de la réduction des inégalités, grâce à un dispositif désormais situé au cœur de notre action. »

François Perrin

 

 

 

 

 

 




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