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L’université de Bambey au service du développement territorial du Sénégal

L’université de Bambey au service du développement territorial du Sénégal

J’ai rencontré Abdou Khaly Mbodj en 2006. Nous avons réalisé pendant un mois, six latrines pour des familles de Saint-Louis du Sénégal. En parallèle, nous avons organisé des activités de sensibilisation à l’hygiène et de prévention/protection contre la malaria (autrement appelée paludisme). Ce projet était mené par l’Afev, les EEDF (Eclaireuses et Eclaireurs de France) et EEDS (Eclaireuses et Eclaireurs du Sénégal).

 

L’essor des universités sénégalaises

 

Aujourd’hui, presque dix ans après, Khaly a trouvé un travail à Richard Toll (“le jardin de Richard” en langue wolof), au nord-ouest du Sénégal, au sein de l’ONG Plan International. Il est devenu ingénieur en santé et développement durable. Ses activités consistent, d’une part, à l’éducation à la santé, la vaccination, la prévention des maladies, et d’autre part, à mener des projets d’assainissement et de préservation de l’environnement, en faisant participer et en développant le tissu économique local. Il est, pour cela, passé par l’université de Bambey, qui fait partie des trois dernières universités fondées en 2007 au Sénégal, en plus de celles de Dakar (en 1957) et de Saint-Louis (en 1990).

 

Au nombre de cinq, les universités publiques sénégalaises voient leurs effectifs grossir énormément, ce qui est à la fois très positif, et peu rassurant : il faut que les moyens humains (enseignants-chercheurs, personnels administratifs, etc) et matériels (bâtiments, salles de cours, équipements, logements pour les étudiants, etc) suivent !

À ces cinq universités, s’ajoute aussi l’université virtuelle du Sénégal (UVS) qui permet d’augmenter l’offre d’enseignement tout en contournant le manque actuel d’infrastructures et la distance parfois grande entre les jeunes et les lieux d’enseignement. Elle bénéficie du soutien du gouvernement mais aussi d’entreprises privées, comme Google. Il existe aussi un nombre important de lieux d’enseignement privé, qui accueillent à ce jour environ un quart des étudiants sénégalais [1].

 

De la formation à l’entreprenariat des jeunes sénégalais

 

Le système universitaire sénégalais est donc amené à évoluer grandement dans les prochaines années, avec, c’est évident, plus d’infrastructures et de moyens, mais aussi, et cela dépasse le débat public-privé, un questionnement sur ce à quoi l’enseignement supérieur doit préparer les jeunes sénégalais. Aujourd’hui, l’accent est de plus en plus mis sur la capacité des étudiants à entreprendre et à dynamiser le tissu économique local existant.

 

C’est ainsi, par exemple, que Khaly, dans le cadre de ses études à l’université de Bambey, a travaillé avec le GIE Ngorodom (Groupement d’Intérêt Economique) dans la communauté rurale de Ndangalma, située entre la commune de Bambey (3 km à l’ouest), le village de Gate (ou “Guète”) au Nord, la communauté rurale de Ngogom et le village de Sinediane au Sud.

Les étudiants de Bambey avec le GIE NgorodomLe projet commun était de développer une fabrication locale de savon et de “sankal afela”, une sorte de semoule réalisée à partir de graines de mil (couscous de mil) par les femmes du GIE. Entrepris avec l’aide de l’ONG internationale Enactus (anciennement appelée “SIFE” : Students in Free Enterprise), il s’agissait pour les étudiants de Bambey de lutter à la fois contre la pauvreté, la malnutrition, la sous-alimentation et promouvoir la consommation de produits locaux sur tout le territoire national.

le savon avant emballageUn partenariat a été noué avec la FEPRODES (Fédération des Femmes Productrices du Delta) de Saint-Louis afin de mettre en place un échange d’expériences, mais aussi la vente de produits céréaliers sur les marchés locaux, mais aussi de couscous au restaurant universitaire de Bambey.

Les étudiants en économie et gestion ont donné des formations en matière de comptabilité, gestion financière, recherche de partenaires et clients, alors que les étudiants en santé ont enseigné aux femmes du GIE les normes d’hygiène et de conditionnement des produits alimentaires, à partir de matière recyclable.

 

Etre des témoins et accompagnateurs ?

 

En 2012, la population sénégalaise atteignait 13,7 millions d’habitants, dont environ la moitié est âgée de moins de 18 ans[2]. Loin géographiquement de la France et de l’Europe, mais proche par sa langue officielle, le français, le Sénégal est aujourd’hui confronté à des enjeux majeurs en matière d’éducation et de développement économique. Je suis heureux de partager aujourd’hui ce témoignage afin de célébrer la francophonie et l’amitié franco-sénégalaise, mais aussi afin de contribuer à une meilleure connaissance de ce qui se passe sur des territoires parfois loin de notre quotidien. Seule l’information, dans toute sa diversité, nous permettra d’aborder la complexité du monde et construire, peu à peu, ensemble, un monde meilleur.

 

Pierre-Yves Ollivier

©Autre presse -Dakar et PYOllivier

 

[1] Pour aller plus loin, voici une interview très intéressante d’Olivier Sagna, Professeur à l’université de Dakar, par Sarah Masson

[2] Source Unicef




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