Rechercher

L’essor du mentorat en Europe et dans le monde

L’essor du mentorat en Europe et dans le monde

Le mentorat est une notion émergente, encore peu connue en France. C’est pourtant une véritable communauté d’intérêt et d’action qui s’est réunie à Berlin les 14 15 et 16 mars pour le 3e « European mentoring summit » croisant chercheurs et praticiens. Plus de 200 personnes se sont retrouvés à la Humbolt University venant d’Espagne, des Pays bas en passant par le Portugal jusqu’à la Russie et les Etats-Unis.

Le mentorat est indubitablement en essor. Avant tout sociétalement, il représente un levier pour construire des sociétés civiques et solidaires, l’enjeu de cohésion sociale étant manifestement transversal à tous les pays représentés, comme l’a montré la première intervenante Sarah Häseler-Bestmann. Les programmes de mentorat diffèrent en contenus et en organisation. Ils sont menés par des associations privées ou parapubliques, particulièrement foisonnantes en Espagne (notamment en Catalogne) ou aux Pays Bas même si aucune organisation en Europe n’est structurée à hauteur de l’Afev qui à elle seule concentre 7 000 binômes dans le cadre de son programme phare qu’elle mène depuis 25 ans : « l’accompagnement individuel ».  Certaines universités commencent également à s’intéresser à la question du mentorat et animent en direct des programmes comme l’université de Padoue en Italie ou de Girona en Espagne qui étaient présentes.

Malgré cette diversité, les actions convergent en direction d’un même public : la jeunesse en difficulté et particulièrement la jeunesse immigrée avec le développement significatif ces dernières années du mentorat en direction des réfugiés. A noter également : l’émergence de programmes de mentorat en direction de jeunes adultes dans un objectif d’insertion professionnelle.

Le mentorat se développe mais il convient d’observer à quelles conditions il produit vraiment de l’impact social : d’où l’importance de programmes d’action qui se développent en lien avec la recherche et l’évaluation comme le prône le « European Center for Evidence Based mentoring » (Centre européen de mentorat basé sur la recherche) qui organisait le colloque dont l’Afev est membre.

Créer les conditions de l’efficacité : c’était l’objet de l’intervention de Jean Rhodes incontournable chercheuse de l’Université de Massachussets Boston, directrice du Rhodes Lab qui travaille depuis 30 ans sur le mentorat. Elle montre les limites du mentorat consistant principalement à mettre des personnes en contact et penser que la « magie va opérer » (modèle dit de « befriending »). Pour Jean Rhodes, la relation seule ne suffit pas. Il est impératif de structurer la formation et l’accompagnement des mentors pour mieux identifier les besoins des « mentors », afin que la relation devienne le « contexte de l’intervention ».

Elle appelle donc à un renforcement du mentorat formel, tout en prônant le développement du mentorat dit « informel » . Nouvelle forme émergente de mentorat, dont il faut malgré tout signaler la limite qui est aujourd’hui sa dimension inégalitaire. Dans les milieux sociaux les plus favorisés les enfants ont plus d’accès à des figures de mentors très bien dotés en capital social et qui favoriseront leur scolarité et à terme leur insertion professionnelle. Dans les milieux défavorisés, les enfants ont accès à peu de mentors qui sont de toute façon largement moins bien dotés en capital scolaire. D’où l’importance de développer l’émergence des leaders de quartiers et la formation des enfants des quartiers populaires à développer leur capacité de recherche et mobilisation de potentiels mentors autour d’eux. Elle a d’ailleurs initié un programme intitulé « Connected Scholars » qui ambitionne de former les lycéens et étudiants à se forger un réseau et à se construire les compétences requises pour leur parcours scolaire et d’insertion professionnelle : connectedscholarsprogram.com

Au cours de ces deux jours foisonnants, à travers les keynotes, sessions et workshops, on a pu constater l’émergence de deux notions : la question de l’impact social (investissement social / retour sur investissement) et celle du digital. En quoi le digital peut-il renforcer la relation mentor/mentoré ou fluidifier les process de suivi du mentorat ? C’était en partie l’objet d’un atelier animé par l’Afev France et l’Afev Catalogne.

Les participants ont unanimement salué cette occasion de recevoir des apports théoriques sur le mentorat et de capitaliser bonnes pratiques et outils nécessaires dans le but d’améliorer les programmes menés respectivement et impacter toujours plus et mieux les jeunes mentorés. D’ores et déjà les ils se projettent vers le prochain colloque de 2020. Pour le moment le lieu n’est pas confirmé mais la candidature de Barcelone se profile.

Eunice Mangado-Lunetta, Directrice des programmes de l’Afev


 

Questions à Szilvia Simon coordinatrice du European Center for Evidence-Based Mentoring et responsable du programme de mentorat « Friesland » aux Pays Bas

Constatez-vous un essor du mentorat ?

Définitivement, le mentorat est en essor en Europe. La notion a émergé au cours des 15 dernières années et depuis 8 ans on constate un fort développement des acteurs du mentorat. Aujourd’hui si vous prenez des villes comme Hambourg ou des régions comme la Catalogne (où est active la coordenadora de mentoria NDLR) il y a littéralement des « hubs » de mentorat avec des dizaines d’organisations. Mais dans les différents pays, dans les différentes langues, le terme de mentorat n’est pas toujours utilisé. Lorsque nous avons créé il y a deux ans le centre Européen pour les actions de mentorat fondées sur la recherche, nous avons travaillé à la constitution d’un réseau. Mais j’ai dû faire un travail d’état des lieux des acteurs du mentorat en Europe parce qu’au-delà du réseau, d’autres structures étaient « hors radar ». C’est là que je me suis rendue compte de la diversité des appellations utilisées pour des programmes d’actions qui, pour certaines, relevaient en fait du mentorat.

Quelle est votre définition du mentorat ?

C’est une relation, principalement entre deux personnes, que je qualifierais d’apprenante. Il existe à notre avis une différence entre les programmes basés sur le « befriending » à savoir des relations où seul compte le plaisir d’être ensemble et le mentorat où des objectifs sont fixés pour les mentors et les « mentorés » .

Dans le mentorat, une personne plus expérimentée en guide une autre moins expérimentée. C’est une relation d’égal à égal bien que les deux personnes ne soient au même niveau. Il s’agit pour le mentoré d’apprendre les stratégies de succès mises en place par d’autres. Lorsque vous êtes mentoré, votre voie, votre objectifs sont reconnus et partagés avec votre mentor. Vous vous sentez entendu, compris. Le mentorat est avant tout un moyen de construire le pouvoir d’agir des personnes.

Pourquoi avoir développé la notion d’ « évidence based mentoring » ?

Si vous voulez que le mentorat produise un impact social significatif il est important d’apprendre de la recherche. Pour moi les structures qui mettent en œuvre des programmes de mentorat doivent être des organisations apprenantes : vous devez sans cesse évoluer, vous interroger en tant que practicien, faire évoluer vos outils, même si la finalité qui sous-tend votre action est la même. Vous devez évoluer parce que la société change, les besoins changent. Il faut apprendre des bonnes pratiques, mais aussi de la recherche.

Que diriez-vous aux 7 000 mentors étudiants de l’Afev ?

Je leur dirais bravo pour leur engagement dans cette aventure. Pour leur courage, le fait qu’ils n’aient pas peur de se mettre en relation avec des personnes inconnues. Je leur conseillerais de prendre le temps d’explorer ce que recouvre la notion de mentor. Ils doivent vraiment valoriser cette expérience dans leur CV. Je leur dirais que la relation « mentor-mentoré » est quelque chose d’unique, qui va les construire et dont ils se souviendront tout au long de leur vie. S’ils apprennent aujourd’hui à leur jeune âge à se rendre disponibles, attentifs dans leur écoute, dans l’accompagnement et le conseil, dans leur rôle de « guide », ce sera une étape importante de leur construction et du développement de leur leadership. Cela fera d’eux, plus tard, de meilleurs professionnels et/ou de meilleurs leaders.

Alena est « mentor » d’une petite fille avec « Kein Abseits! e.V. » à Berlin.

www.kein-abseits.de

www.mentoringsummit.eu




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Translate »