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“Construire un plan de développement national de Mentorat avec les associations” : la proposition de Gabriel Attal à l’occasion du ThankyourMentor Day

“Construire un plan de développement national de Mentorat avec les associations” : la proposition de Gabriel Attal à l’occasion du ThankyourMentor Day

« Le mentorat est au cœur du projet de société que porte notre président du fait de son fort impact sur les jeunes mentorés, mais aussi sur la société tout entière », ce furent les mots du ministre pour introduire la soirée. Jeudi 30 janvier 2020, à l’occasion de la célébration du mois du mentorat et du mouvement #ThankYourMentor Day, Gabriel Attal, le Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, a réuni les huit associations du Collectif Mentorat et leurs mentors. Objectif : susciter une intensification des politiques publiques et ouvrir des perspectives nouvelles dans ce domaine. Ordre du jour : témoignages de mentors et de mentorés, et discussion sur le rôle de l’État. 

Paroles de mentors et mentorés 

Quand les mentors se sont exprimés pour dire leur expérience du mentorat, l’émotion était palpable, tout autant que l’attention du ministre. L’attachement aux jeunes mentorés, l’épanouissement personnel, l’importance de l’engagement contre les inégalités … Les mentors qui ont pris la parole pour chaque association composant le collectif ont pu s’exprimer comme ils le souhaitaient, raconter leur itinéraire et parler du mentorat tel qu’ils le pratiquent. Samantha, pour l’Afev, évoque d’emblée le lien qui l’unit à Maryam, qu’elle accompagne. « Je me reconnais en elle quand elle a des soucis avec son père, je me sens un peu comme sa grande sœur. » Fabienne, désormais responsable du programme Inspire Digital pour Article 1, raconte : « J’ai pris conscience des inégalités en étudiant les sciences sociales en prépa. J’étais en quête de sens au moment où un ami m’a parlé de l’association et je me suis lancée. Si je suis devenue DRH, c’est grâce au mentorat. Je suis tellement liée à Amélie, que je mentore, qu’elle m’a choisie comme témoin de mariage ! » Applaudissements dans la salle. Laurence, de Chemins d’avenirs, expose les conséquences de l’isolement de certains territoires : « Angèle vient d’un petit village de l’Allier. Elle a peu confiance en elle et pratique beaucoup l’autocensure. Grâce à ce mentorat par Skype, on a appris à se connaître et Angèle a su ce qu’elle voulait faire. Je suis très fière qu’elle ait intégré l’ESTACA. » Angèle, présente à la réunion, abonde : « Grâce à Laurence, j’ai fait deux ans de travail sur moi-même. Sans elle, je ne serais pas où je suis actuellement. On a pu centrer notre travail sur l’important, comme savoir s’exprimer en public. Lorsque je viens à Paris, je vais chez elle et je vois ses enfants. Pour moi, elle est une marraine. » Le ministre questionne Angèle sur la réaction familiale : « Ma mère était contente car elle ne pouvait pas m’aider. »

Une partie des mentors qui ont pris la parole exercent en entreprise. Pour Hugues, directeur de société et mentor à l’E.S.A, le mentorat repose sur une relation de confiance mais ce n’est pas toujours simple du fait des différences culturelles. « En prenant en compte ces différences, il faut amener ces jeunes jusqu’à l’emploi. Pour moi, c’est un bonheur de voir les enfants progresser dans les matières que j’aime. » Hakima, pour l’Institut Télémaque, insiste sur la nécessaire précocité du mentorat : « Étant mère, je pense qu’il est primordial d’aider les enfants le plus tôt possible puis de les accompagner dans leur orientation : moi qui viens du 93, j’ai découvert l’existence d’une bonne université par un circuit improbable. À la SNCF, je m’occupe de l’insertion des jeunes en pilotant des partenariats associatifs et c’est par cette activité professionnelle que j’ai décidé de devenir mentor. »

Pour Carole, qui prend la parole pour NQT, « Le mentorat est très motivant en entreprise, notamment pour les cadres. Il est important de savoir évaluer le potentiel d’un jeune et d’être réaliste. A titre personnel et en tant que marraine, l’engagement est une évidence. J’ai des enfants noirs, je suis consciente des discriminations qu’ils peuvent subir. Ce que je sais : il faut mentorer très jeune. Il faut des formations. » Marine témoigne de son expérience pour Proxité : « J’ai eu la chance de recevoir une proposition d’action pro-bono et depuis, après une formation, j’accompagne un ado en insertion depuis un an. Il faut qu’il développe son français. Il vient sur mon lieu de travail deux fois par mois. Je l’aide sur son CV et sur sa motivation. Je l’ai pris en stage ; il est toujours arrivé à l’heure. On a fêté ses dix-huit ans ensemble dans sa résidence, c’était une soirée formidable. Beaucoup de mes collègues sont tentés. Si je n’avais pas eu cette opportunité, j’aurais raté quelque chose. »

 

Aller plus loin dans les politiques publiques

Lorsque Rudy, coordinateur de projets pour Télémaque, évoque les difficultés rencontrées au sein des établissements, la discussion a déjà glissé vers les thématiques de politiques publiques: « Ma mission est de coordonner les projets Télémaque avec les établissements, mais le monde de l’Éducation nationale n’est pas comme le milieu de l’entreprise et les relations avec les enseignants sont souvent tendues. » Des propos qui ont retenu l’attention de Celine Calvez, qui a longtemps travaillé sur les relations écoles-entreprises – notamment dans le cadre du rapport CALVEZ-MARCON

Gabriel Attal appelle à une coordination visant à proposer des mentorés aux potentiels mentors, estimant qu’il existe souvent davantage de propositions d’aide que de jeunes identifiés. Raphaël, lycéen âgé de 17 ans et mentor avec Socrate, intervient alors : « C’est très fort, de pouvoir aider un jeune. En fait, on est sans doute plus proche d’un élève  qu’un adulte, ne serait-ce que parce qu’on est encore dans le rythme de l’école. Quand on est lycéen, on est tous capables de mentorer en collège ou en primaire. Il ne faut pas croire que c’est réservé aux bons élèves.» Le ministre insiste : « Le premier moteur, c’est la volonté personnelle. Une obligation à devenir mentor ne serait-elle pas contre-productive ? En revanche je crois beaucoup à la valorisation sous une diversité de formes pour les mentors engagés: au lycée, dans l’enseignement supérieur, dans le monde professionnel. »

Boris Walbaum, co-fondateur d’Article 1, précise la philosophie qui fait consensus : « S’agissant de la reconnaissance de l’engagement, il faut valoriser sans imposer : faire tache d’huile plutôt que produire une directive ou une circulaire de l’Éducation nationale. Il n’en demeure pas moins que beaucoup de bonnes volontés existent dans les entreprises, qui pourraient accompagner les jeunes. L’État, en cela, pourrait aider. »  La députée (LREM) Sylvie Charrière évoque les points d’appuis structurants : « La formation des mentors implique des problématiques que les cités éducatives peuvent en partie aider à résoudre, notamment en dépassant les problèmes de mobilité. »

Nombre de témoignages ont souligné l’importance déterminante des mentors en termes d’influence sur le projet d’orientation des jeunes. Un consensus se dégage : revoir la mission des conseillers d’orientation, notamment mieux les former aux « soft skills », et les inciter à ne pas favoriser l’autocensure des élèves. Sonia, ancienne mentorée de Télémaque, raconte son expérience : « Au fil des sorties avec mon mentor, mon projet d’orientation s’est affiné. Pour mes profs et mon conseiller d’orientation, je ne pouvais pas faire grand-chose et surtout, je ne pouvais pas aller loin. Aujourd’hui, je suis en master à Sciences po Paris. Mais sans mon mentor, je n’aurais pas pu déployer le champ des possibles : briser le plafond de verre. » 

 

Une première étape vers une massification du mentorat ?

 « C’est un moment important : la première fois qu’on célèbre le mentorat, énonce Christophe Paris, directeur général de l’Afev. Quelque chose s’enclenche ; l’enjeu est davantage la massification de l’existant que l’obligation. Il faut regarder les dynamiques en cours et partir des territoires: les cités éducatives en interministériel pour mettre l’ensemble des acteurs autour de la table constituent un des leviers possibles. » 

En conclusion, le ministre rappelle sa volonté de « massifier » le mentorat, complémentaire des structures existantes comme l’école. « Le sujet : On ne prend pas une décision sur un seul avis. Sans mon père, je n’aurais pas fait Sciences po car mon prof me disait que je n’étais pas assez bon. On ne peut pas demander à un prof du coaching, mais d’aider à l’orientation. Comment massifier le mentorat ? En partant du local, passer par l’échelon territorial et aboutir au national. Je suis réservé sur l’obligation : elle peut être expérimentale sur un ou deux territoires, pour servir de laboratoire. Puis il faut voir comment, avec les associations, on pourrait élargir… Enfin, comment imaginer qu’un lycéen qui mentore ne soit pas récompensé par quelques points ? Il faut valoriser les mentors dans leurs parcours, notamment les étudiants. »

Le financement, nerf de la guerre contre les inégalités ? S’agissant des sources financières, le ministre évoque une recherche de fonds auprès des entreprises qui décideraient de s’engager, les fonds européens mais aussi la communication grand-public. « On a tous envie d’avancer, conclut Gabriel Attal. D’ici juin prochain, il faut que nous ayons commencé à construire quelque chose. Vis à vis de l’étranger, on voudrait aussi que tout le monde considère ce qu’accomplit la France. » 

 

Un reportage signé Sylvia Tabet




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