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Le défi du Service civique à l’Université

Le défi du Service civique à l’Université

Le service civique, mis en place par la loi du 10 mars 2010, permet aux jeunes de 16 à 25 ans de s’engager au service d’une cause d’intérêt général. Géré par une Agence d’envergure nationale, il incite des associations, collectivités locales ou institutions variées à demander un agrément autour de missions spécifiques et – le plus souvent – originales. Certaines universités se sont d’ores et déjà inscrites dans le dispositif : tour d’horizon après une ou plusieurs année(s) d’expérimentations.

Interrogée à ce sujet, une interlocutrice de la Conférence des Présidents d’Université confirme un premier ressenti : « On ne dispose pas encore forcément d’une vision d’ensemble, mais cela se développe au sein des universités, et des mesures et propositions vont désormais dans le sens d’un déploiement – comme la circulaire sur l’année de césure parue en juillet 2015. » Cette dernière permet en effet à un jeune d’interrompre ses études pendant un temps donné « afin de vivre une expérience personnelle, professionnelle ou d’engagement », sans perdre son statut d’étudiant : « Une césure, mais pas une rupture dans leur parcours. » Pour autant, il demeure « compliqué de s’en saisir et de mettre en œuvre les choses rapidement », tout dépendant des gouvernances locales et du dynamisme des acteurs au sein des établissements d’enseignement supérieur. Qui plus est, « la mission doit être définie sans entrer en concurrence avec l’emploi étudiant ou celui d’un titulaire. »

Hugo Pauron, de la sous-direction « Animation et coordination de la vie étudiante » à l’Université de Lorraine, comme Cédric Haurou-Béjottes, vice-Président à la Responsabilité sociale et sociétale de l’Université Toulouse 3 Paul Sabatier, soulignent également la vigilance nécessaire pour éviter cet écueil : « Le volontaire vient apporter sa contribution, son savoir-faire, ses propres idées, indique le premier, mais on n’est pas sur un emploi déguisé, ni étudiant. C’est une négociation entre personnes, du contenu de la mission au temps de travail hebdomadaire et les jeunes doivent être impliqués dans le processus. » Même son de cloche à Toulouse : « Nous sommes très attentifs, il nous a fallu refuser plusieurs missions qui présentaient le risque d’une substitution à l’emploi. Un examen attentif des fiches de mission des volontaires en service civique vous confirmera que l’Université n’aurait jamais embauché des CDD sur ces types d’activités, même si ces dernières apportent un réel plus. »

Et concrètement ?

Concrètement, l’Université de Lorraine a déposé une première demande d’agrément à l’été 2014 : trois volontaires la première année (surtout autour de projets associatifs ou culturels), sept la suivante (dont une mission diversité, une autre sur la vulgarisation des connaissances scientifiques et techniques), dont sont ressortis des cafés palabres, un journal culturel, des « boîtes à livres », des expositions, etc. Ces deux ans de mise en place « nous ont convaincu de la pertinence des missions, et même de la bénéfique impertinence de nombreux jeunes volontaires », indique Hugo Pauron. Son université souhaite d’ailleurs accueillir dix à douze missions à la rentrée prochaine. « Il s’agit de permettre à des jeunes, étudiants ou non, de s’ouvrir à la vie universitaire dans son sens large, mais aussi sur la cité, le monde qui les entoure… et leur vie active future ! C’est une plus-value pour nos services, qui sont confrontés à de nouveaux regards, mais aussi pour les volontaires eux-mêmes, qui peuvent réfléchir à leurs projets, acquérir une expérience… »

L’Université Toulouse 3 n’a obtenu son agrément qu’à la rentrée dernière, pour dix missions débutées fin septembre – et une centaine de candidatures : animations de Fab Lab, jardin botanique, accompagnement d’une Cordée de la réussite…. Elle a dû, pour l’an prochain et pour des raisons budgétaires, tempérer ses ardeurs en ne déployant le dispositif qu’à quinze missions plutôt que les trente espérées. « Cela apporte une expérience nouvelles aux personnes qui arrivent dans ce cadre, bien sûr, mais aussi chez les accueillants… et c’est une pierre supplémentaire pour notre mission de Responsabilité sociale et sociétale. » Le bilan de cette année est bon : sur les dix volontaires, tous sont encore en poste, aucun abandon n’a été à déplorer, « et dans neuf cas sur dix, tout le monde est très content : accueillants, tuteurs, jeunes. » A vrai dire, Cédric Haurou-Béjottes regrette seulement que « du fait de l’auto-censure, mais aussi d’une communication externe moins développée qu’en interne [et sur laquelle l’Université a par définition moins prise], nous n’ayons pas accueilli de jeunes sans diplômes, ou très peu diplômés. Il s’agit là d’un public à conquérir. C’est ainsi que l’on parviendra à faire faire des progrès à toute la société. » Il en appelle ainsi à l’État, mais aussi aux institutions locales et associations, pour diffuser l’information au-delà des frontières de l’Université…

Hugo Pauron, quant à lui, classe au rayon des défis à venir « la nécessité de mettre en place un back-office en interne, pour gérer les arrivées dans un contexte de déploiement, ainsi qu’une réflexion plus poussée pour envisager ce dernier sans sacrifier l’âme du service civique. » Autre question cruciale, abordée au cours de l’entretien avec ce dernier comme avec la CPU : celle de la reconnaissance de l’engagement des volontaires « missionnés » au sein de l’Université. « Il existe des échanges, y compris avec d’autres acteurs comme les associations, mais rien de formalisé pour le moment, insiste notre interlocuteur lorrain, parce qu’il faut avant cela que le nouveau dispositif entre bien dans les mentalités. » A ce titre, le « principe de validation obligatoire » dans les cursus du supérieur des compétences acquises dans le cadre d’une activité bénévole, inscrit dans le projet de loi « Egalité et citoyenneté » présenté en avril dernier, est susceptible d’accélérer le processus… Une validation et une reconnaissance intégrées d’ailleurs, avec l’idée du développement du service civique et son ouverture aux étudiants internationaux, au sein du Plan national de vie étudiante (PNVE), des propositions qui ont notamment été portées par Animafac et l’Afev.

Une contribution de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Universités (ORSU)

Crédits photo : Université de Bretagne Occidentale




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