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Laure Skoutelsky : “Aujourd’hui encore, les parents solos sont stigmatisés”

Laure Skoutelsky : “Aujourd’hui encore, les parents solos sont stigmatisés”

Ancienne directrice de Forum Consultants, chargée de mission à la ville d’Arcueil puis Directrice du pôle Jeunesse Prévention Centres socioculturels Réussite éducative pour la ville de Clamart, Laure Skoutelsky travaille depuis 2015 autour de la problématique des familles monoparentales. Ainsi, en décembre 2016 naissait le site Parents solos et Compagnie, dédié aux problématiques propres aux familles monoparentales.

Comment décrire en quelques mots Parents solos et Compagnie, et la manière dont il fonctionne aujourd’hui ?

Nous sommes un outil de référencement et de mobilisation dans la proximité pour les structures, associations de terrain et organisations ayant fait le choix de venir en aide aux parents solos, de leur fournir des outils et des conseils. Nous ne proposons pas de soutien juridique ou administratif à proprement parler, mais identifions les ressources qui existent pour les accompagner dans la vie de tous les jours, dans une démarche collective. Aujourd’hui encore, les parents solos sont stigmatisés par les institutions, particulièrement touchés par l’isolement, l’absence d’écoute et de visibilité. A ce titre, toutes les initiatives visant notamment à alléger leur emploi du temps, qu’elles proviennent de structures dédiées ou d’associations ayant exprimé leur sensibilité à ce sujet, nous intéressent. A partir du moment où l’on prend en compte qu’il existe des spécificités propres aux parents solos, pour nous, tout est bon.

Quelles sont vos autres missions ?

En plus de ce travail de repérage et de mise en valeur des initiatives, nous souhaitons faire émerger et soutenir des organisations collectives de parents solos – quelle que soit la forme qu’elles prennent. Un groupe de parents souhaitant s’organiser, même sans disposer de statuts loi 1901, sera référencé sur notre site, et pourra disposer d’une aide au démarrage – un fonds de soutien leur étant dévolu.

Comment cela s’est-il construit ?

Sur une hypothèse du Ministère des Familles et de Laurence Rossignol elle-même, estimant que les familles monoparentales relevaient de problématiques particulières. En a découlé une production collective entre pouvoirs publics et associations, sur la base d’un comité de pilotage appuyé par le Ministère, et auquel a participé dès le démarrage l’Afev – dont une large proportion de jeunes suivis sont issus de familles monoparentales – : une recherche-action portant sur cinq territoires et une quarantaine de parents solos, à l’automne 2015, a donné lieu en juillet 2016 à un rapport. Cette restitution a confirmé que le besoin (d’aide, mais aussi de reconnaissance) existait réellement, et qu’a contrario du soupçon d’incompétence qui pèse souvent sur les parents solos, ces derniers, qui s’imposent des exigences considérables, s’avèrent hyper-compétents, multi-tâches, dynamiques et polyvalents…

Il s’agit de valoriser plus que de stigmatiser.

Exactement. C’est tout à fait notre objectif. Lutter contre la stigmatisation, qui pousse par exemple certains parents à cumuler deux emplois plutôt que de recourir aux aides, pour au contraire valoriser leurs compétences, leurs outils. Favoriser, aussi, l’organisation entre pairs. N’importe quel parent solo doit pouvoir sur le site accéder à l’ensemble des initiatives existant autour de chez lui – c’est-à-dire aux structures proposant soit des démarches proactives, soit un espace d’écoute, soit une démarche d’accompagnement du pouvoir d’agir.

Auriez-vous quelques exemples de telles initiatives ?

Bien sûr. Par exemple le Carrefour des familles, structure mi-professionnelle mi-bénévole à Saint-Sébastien-sur-Loire (44), le Café des familles à Alès (30) – qui ne sont pas uniquement dédiés aux familles monoparentales mais les accueillent bien évidemment -, ou encore quelques réseaux de parents solos comme Les Fourmilles argentées (94) ou Rév’aile toi (78).

Quels sont les chantiers en cours, et vos perspectives à court ou long terme ?

Il faut poursuivre le référencement des acteurs, et faire connaître ce site gratuit pour que ces derniers s’en emparent à destination des populations de leur territoire. Passer de quelque 50 à plus de 300 structures référencées d’ici la fin de l’année, et d’un statut de fondation sous égide à celui d’association. Nous sommes actuellement sur une logique de développement, et susceptibles de nous adapter au fur et à mesure de l’enrichissement de notre expérience. Notre surprise a par exemple été grande de constater que les premiers à réagir ont été les parents eux-mêmes, soucieux de s’organiser en collectif : nous avions bien entendu identifié ce besoin, mais il y a toujours un pas entre le discours et les réalisations concrètes. Là, le mouvement a été immédiat, le site ayant servi de révélateur voire de catalyseur pour déclencher la constitution en réseau des familles elles-mêmes.

Propos recueillis par François Perrin




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