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JRES 2020 : Alliances éducatives, mode d’emploi

JRES 2020 : Alliances éducatives, mode d’emploi

Le 23 septembre dernier, en le nouvel Auditorium du journal Le Monde, l’Afev et ses partenaires organisaient la 13ème édition de la Journée du refus de l’échec scolaire (JRES), diffusée cette année en direct et en ligne pour respecter les conditions sanitaires du moment. Celle-ci militait – sous le titre « Ensemble pour le raccrochage scolaire » – pour trouver des solutions à la crise éducative et la hausse des inégalités scolaires, après un confinement problématique et une rentrée particulière à plus d’un titre. Focus sur la deuxième table-ronde, consacrée aux retours de terrain, autour de la thématique centrale des alliances éducatives.

 

Indiquant que cette journée (« webcastée et masquée », selon l’expression d’Eunice Mangado-Lunetta, directrice des Programmes de l’Afev) rassemblait « plusieurs centaines » de participants en présentiel ou à distance, le modérateur de la deuxième table-ronde, Emmanuel Davidenkoff, a rappelé que « le raccrochage ne peut qu’être le produit d’une œuvre collective, sous forme d’alliances éducatives. » Thème de ce plateau, qui fut aussi celui d’une édition entière de l’événement. Il s’agissait en effet de se demander ici « comment articuler le travail entre Éducation nationale, collectivités et associations », en présence d’acteurs issus de ces trois univers.

 

Trois acteurs en présentiel

A la question « comment se passe cette rentrée ? », Jean-Marc Ogier, Président de La Rochelle Université, a ainsi pu indiquer qu’« on ne sait pas ce qui nous attend dans les prochains mois, en matière de crise sanitaire », mais que la mobilisation dans son Université a été très forte pour accueillir les étudiant.e.s, avec une attention toute particulière pour les licences “première année”. Si ces jeunes ne sont pas aussi déphasé.e.s qu’on a pu le dire, par rapport aux expériences vécues ces derniers mois, ils/elles restent “normalement” novices quant à la vie estudiantine – ce qui nécessite une attention toute particulière. Et l’Université de la Rochelle va aussi « capitaliser sur les dispositifs de “sentinelles”, de surveillance des décrocheurs mis en place pendant le confinement » (notamment via des appels individuels aux publics considérés à risque). En matière d’initiatives propres à son territoire, Jean-Marc Ogier a également parlé des entretiens individuels mis en place, dans le cadre de la Loi ORE (Orientation réussite étudiante), avec 100% des jeunes arrivant à l’Université, pour en mettre certain.e.s en relation avec des mentors étudiant.e.s (en partenariat avec l’Afev) ; ou encore des efforts réalisés pour maintenir le lien, en cas de reconfinement, via une prise de contact « avec l’ensemble des élus des territoires qui environnent l’Université, pour créer ensemble des espaces de tiers-lieux connectés. »

Patrick Braouezec, Président du Fondaction du football et ancien maire de Saint-Denis, a quant à lui eu l’occasion d’expliquer l’importance de la socialisation par le football (qu’« un million de jeunes de moins de vingt ans pratiquent », comme le rappelait le modérateur) : « Le sport, et le football en particulier, est le troisième lieu d’éducation, après l’école et la famille. Or un enfant sur trois de moins de 18 ans a été licencié dans un club de foot – y compris les filles. » Et comme « l’ensemble de ceux qui ont vocation à tirer par le haut les enfants ont ici un rôle à jouer », ceci doit inclure évidemment « toutes les associations qui, à un moment ou l’autre, interviennent dans la vie des jeunes . » C’est-à-dire, aussi, les associations sportives, susceptibles de « se servir d’une passion pour faire passer d’autres contenus. » L’organisme qu’il préside vise donc à répondre à « une demande très forte pour aider ces clubs à mieux structurer leur intervention dans l’aide scolaire » (notamment via les manuels “Puissance foot” pour les CM2 et 6èmes. Indiquant que les outils développés par le Fondaction du football était réalisés de concert avec les enseignant.e.s, il a insisté sur le fait que « ce qui est important, pour un jeune en pleine formation, c’est de constater que le monde adulte n’est pas divisé. » Ce qui l’avait incité d’ailleurs, en tant que Maire de Saint-Denis, à faire en sorte que les éducateurs sportifs fassent le lien entre l’école, la rue et la famille. D’autant qu’ici, par le football, « nous sommes par définition aussi en lien avec les jeunes issus des quartiers et des milieux les plus populaires. »

Responsable des partenariats pour l’association Chemins d’avenir, qui « s’attaque à la fracture sociale à travers la jeunesse », Laura Chupin était quant à elle également présente en tant que représentante du Collectif Mentorat. Parmi les nombreux obstacles qui se dressent selon elle sur le parcours d’orientation des « 23% des jeunes Français de moins de 20 ans qui grandissent au cœur de communes de moins de 2000 habitants » (et dont s’occupe son association), elle a cité notamment le manque d’accès à l’information, à la culture, aux opportunités académiques et professionnelles de proximité, l’assignation à résidence, l’auto-censure… Elle a pu également participer pendant le confinement à l’opération #MentoratdUrgence, mise en place par les huit associations du Collectif autour de deux axes : Connexion d’urgence (livraison à domicile d’ordinateurs et de clés 4G) puis un Plan de mentorat à l’échelle nationale, « en lien avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires et l’Éducation nationale. » Des opérations « qui ont été basées sur la force du Collectif, un bel exemple d’alliance entre les pouvoirs publics, les associations et les citoyen.ne.s. De fait, « ce n’est qu’en mettant tous ces acteurs-là autour de la table que l’on parviendra à être plus efficaces pour le jeune, à l’accompagner tant du moins de vue scolaire que du point de vue citoyen. » A ce titre, le mentorat « est l’une des clés face au risque de rupture pédagogique, puisqu’il offre à chaque enfant un regard adulte neuf, qui n’est ni celui de la sphère scolaire ni celui de la sphère parentale. »

 

Deux élu.e.s en visio

Cette table-ronde a aussi donné la parole, à distance au moyen d’appels en visioconférence, à deux élu.e.s : d’abord Mathieu Klein, Maire de Nancy (50 000 étudiant.e.s pour 270 000 habitant.e.s dans la métropole), qui a déclaré avoir été frappé, récemment, par « l’envie des enfants de retourner à l’école ; le plaisir, l’envie de se retrouver et la crainte de ne pas pouvoir le faire », avant de lister les difficultés auxquelles les jeunes sont confronté.e.s, sur son territoire comme sur d’autres. « Ça a été une période d’adaptation, a-t-il poursuivi, mais qui a je pense été traitée avec succès : les enseignant.e.s me disent que si la situation est plus complexe que pour une année traditionnelle, il y a aussi une individualisation plus forte pour accompagner les élèves. » Et s’il n’y a pas de mode d’emploi pour assurer une bonne alliance éducative, « il faut d’abord qu’il y ait une envie commune, un projet éducatif territorial, qui ne soit pas que le fait de l’Éducation nationale ou d’une collectivité donnée », et associant le plus grand nombre possible d’acteurs, « avec des objectifs communs » (comme le multilinguisme dans sa région : « le Grand-Est doit devenir la première région trilingue de France »). Pour cet ancien syndicaliste étudiant, il est enfin évident que « même si la reconnaissance de l’engagement étudiant a aujourd’hui progressé, juridiquement, politiquement, culturellement », il faut toujours rappeler à quel point « ce type d’engagement est non seulement structurant pour sa vie à soi, mais permet aussi de donner corps à l’idée d’une citoyenneté active. »

Ensuite, toujours par webcam, c’est Stéphanie Léger, Adjointe en charge de l’Éducation à Lyon, qui a pu donner son sentiment sur la situation éducative de son territoire au sortir du confinement. Pour elle, « cette situation inédite a laissé place à des bouleversements »un avis qui rejoint celui émis par Christophe Paris, Directeur général de l’Afev, en introduction de la JRES, à savoir que « Les crises sont souvent des révélateurs autant que des accélérateurs de problèmes. » Elle a résumé ces bouleversements en plusieurs points : continuité pédagogique en distanciel ; dissolution pendant trois mois de la classe “physique” ; rôle essentiel des parents (« impliqués d’une façon tout à fait obligatoire », qui devaient alors disposer « de compétences et codes culturels » que toutes les familles ne maîtrisent pas), et rôle du numérique (« à la fois en termes d’équipement et en termes d’usages »). Ainsi « s’est posée à travers cette crise une question quant au lien à l’école et à la légitimité des parents dans l’éducation » – ce qui va, selon elle, « quand même rester de cette période-là, et a joué sur ce nouveau relationnel avec l’école dans la rentrée scolaire du mois de septembre. » Pour elle aussi, une alliance éducative satisfaisante passe par « une vision éducative très globale, comme celle qui existe à la Ville de Lyon, qui place l’enfant au cœur, mais aussi les parents et les familles » – s’appuyant en outre, à Lyon, sur un service médico-social de 80 professionnels implantés dans les écoles, intégré à la Direction de l’éducation. 

Ainsi, pour reprendre les mots d’Eunice Mangado-Lunetta en conclusion de cette journée : « La responsabilité est collective – celle des enseignants, des parents, de tous les acteurs éducatifs dans et autour de l’école. » Cette dernière a pu constater que « cette JRES a beaucoup parlé du lien, qu’il soit numérique ou présentiel (…) ; des enseignant.e.s, pour lesquels la situation est très difficile (…) ; et des alliances éducatives, plus que jamais incontournables en temps de crise tant sanitaire qu’éducative. » Pour elle, qui a profité de son allocution finale pour saluer la mémoire du sociologue Didier Lapeyronnie et de la directrice d’école Christine Renon (disparus respectivement quelques jours et exactement une année plus tôt), « le refus caractérise structurellement cette Journée particulière : refus de la fatalité de la crise sanitaire, du décrochage. Mais si des choses difficiles sont ressorties ces derniers temps – le confinement jetant notamment une lumière crue sur les inégalités-, la situation a permis des choses positives : redonner envie d’école, voir des enfants derrière les élèves, assister à des moments où des milliers de personnes se sont engagées, ont eu envie d’aider, et continuent d’ailleurs de se mobiliser en cette rentrée. » Sur cette base, une nouvelle question se dresse face à l’Afev, comme face à tous les acteurs du secteur éducatif : « Maintenant, comment on passe un cap ? » Interrogation que Christophe Paris avait aussi soulevé en fin de discours introductif, en indiquant qu’il s’agissait désormais de « passer à l’échelle. »

 

François Perrin




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