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JRES 2018 (partie 3) : Des cas concrets et un Ministre

JRES 2018 (partie 3) : Des cas concrets et un Ministre

Le 19 septembre dernier à la Bellevilloise (Paris 20ème), l’Afev et ses partenaires organisaient leur onzième Journée du refus de l’échec scolaire (JRES). Un public fourni ainsi que des intervenants variés avaient répondu présent à ce rendez-vous bâti cette fois autour de l’épineuse question de l’Orientation. Retour sur une table-ronde centrée sur le programme Démo Campus, la conclusion de la marraine de cette édition et l’allocution du Ministre.

Pour rythmer les rencontres, l’après-midi d’échanges a pu bénéficier en trois occasions des textes de jeunes inscrits à l’atelier d’écriture de la Zone d’Expression Prioritaire (ZEP), lus par des volontaires service civique de l’Afev interrogés ensuite par Emmanuel Davidenkoff sur leur propre parcours. Ainsi, se sont succédé les mots de Thomas (25 ans, Montpellier) dans la bouche de Kevin, ceux de Claudia (22 ans, Paris) dans celle de Lola, et ceux de Léa (21 ans, Albi) dans celle de Pierre-Antoine.

Enfin, afin de livrer un point de vue sur les actions menées au sein des établissements scolaires et universitaires en France comme au Royaume-Uni, l’Afev avait sollicité trois intervenants directement concerné, en premier lieu desquels le sociologue et responsable scientifique du programme Démo Campus Jules Donzelot. Ce dernier a ainsi pu détailler à l’auditoire le programme britannique Aim Higher, lancé en 2004la méthode utilisée, le bilan et la possibilité d’une transposition d’un tel dispositif outre-Manche. Il a également parlé de la réalité de l’orientation subie dans son cas personnel comme dans celui de nombreux élèves : « en l’état, l’orientation condamne autant qu’elle émancipe. » Ainsi, « nous ne sommes pas là pour révéler des gens comme par magie, mais pour les aider patiemment à se construire eux-mêmes », et penser notamment à insuffler des aspirations « avant de réfléchir au phénomène de l’auto-censure, qui n’intervient que si existent déjà des aspirations à censurer. » C’était le projet « aspirationnel » de Aim Higher, qui a en grande partie porté ses fruits, et qui a pu inspirer des initiatives françaises « comme le programme Démo Campus, un continuum d’interventions menées de l’école primaire à l’Université, au plus près des élèves, avec l’aide de tous les partenaires nationaux et locaux de l’Afev, pour les accompagner vers des études post-secondaires. »

Ce dernier programme a ensuite été présenté plus en détail par Ali Douai, maître de conférences en Sciences économiques à l’Université de Nice Sophia Antipolis, puis de manière très concrète par Pierre Mars, volontaire en service civique à l’Afev ayant « monté » le programme à Caen. Ce dernier a ainsi indiqué être « intervenu directement auprès des lycéens, soit autour d’ateliers ludiques et participatifs, avec des étudiants bénévoles », afin que ces derniers parlent de leurs parcours aussi bien universitaire que dans la vie de tous les jours (se loger, se nourrir, éventuellement travailler, etc.),« soit au moyen d’immersion d’une classe – voire plus – directement dans les Universités ou autres structures d’enseignement supérieur. » De manière plus occasionnel, des élèves de Terminale sont intervenus auprès d’élèves de Seconde, ou des élèves de Seconde auprès d’élèves de Troisième, « afin de parler choix de filières, orientation, organisation en vue de la préparation du bac ou de l’avenir post-bac. » Parmi les éléments qui l’ont frappé, la non-connaissance de l’existence de bourses par les jeunes, ainsi que la peur d’une mobilité géographique même très relative au sein du département.

Ali Douai a quant a lui parlé de dispositifs en projet, du « plan de bataille » de la mise en œuvre de Démo Campusau sein de l’Université de Nice. Pour lui, si des tensions existent bel et bien entre Université et démocratisation de l’enseignement supérieur, il s’agit de les resituer : « Les universités depuis 7-8 ans sont en mutation dans leur organisation de l’enseignement ainsi que de la recherche, et ce à tous les niveaux » (« cursus » vs « parcours », approche par compétences, etc.), « ce qui provoque des discussions très éclairantes sur nos missions et la responsabilité sociale des Universités. » Il a ensuite évoqué le président Emmanuel Macron en déclarant que si, selon ce dernier, « tout le monde n’a pas vocation à aller à l’Université, l’Université, elle, a vocation à être en interaction avec tout le monde. »

A l’issue d’une dernière séance fournie de questions, la sociologue et marraine de cette édition Marie Duru-Bellat a conclu les travaux de la journée, en indiquant notamment à quel point reste erronée la vision simplifiée selon laquelle « le jeune se forme, on l’informe, il s’oriente puis se place. Or les jeunes ont d’autres qualités que scolaires, ce que les politiques d’orientation à mettre en place ont intérêt à intégrer. »De la même façon, « l’information ne suffit pas, elle doit être personnalisée » pour éviter aussi que les jeunes puis les étudiants ne cultivent une forme de culture de l’amertume, dans un système « où tout serait fixé très tôt de manière définitive. »Pour ce faire, « il faut aussi apprendre à ré-accueillir ceux qui sont sortis de l’institution scolaire ou universitaire, et souhaitent y revenir. » Ces propos ont précédé la déclaration du Ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, qui a défendu avec conviction le bilan en la matière de son gouvernement ainsi que les réformes mises en place ou amenées à l’être (54 heures par an d’orientation au lycée, 2ème professeur principal en Terminale, renforcement des « ponts organiques entre l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur, avec pourquoi pas des personnels partagés entre ces deux mondes »…), tout en rendant hommage en introduction « à l’Afev et à ses responsables. » « Nous sommes au début d’une nouvelle étape, a-t-il déclaré, et disposons d’une très large marge de progrès. Parce que les « instants magiques » de l’orientation, s’ils existent, demeurent minoritaires. »

En guise de mot de la fin, le Directeur général de l’Afev Christophe Paris a constaté que cette onzième édition des Journées du refus de l’échec scolaire constituait « l’une des plus intéressantes, mais aussi l’une des plus complexes » – ce qui nécessite de multiplier encore et de renforcer les échanges entre les différents acteurs concernés, « afin de croiser, autour de l’enfant et de sa famille, un certain nombre d’acteurs disposés à s’investir tout au long du parcours scolaire puis universitaire de chacun. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos : ©Philippe DEVERNAY/MEN – Afev




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