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JRES 2018 (partie 2) : Regards croisés

JRES 2018 (partie 2) : Regards croisés

Le 19 septembre dernier à la Bellevilloise (Paris 20ème), l’Afev et ses partenaires organisaient leur onzième Journée du refus de l’échec scolaire (JRES). Un public fourni ainsi que des intervenants variés avaient répondu présent à ce rendez-vous bâti cette fois autour de l’épineuse question de l’Orientation. Retour sur les réactions à l’enquête Afev/Trajectoires Reflex, et une table-ronde plus « politique ».

Pour réagir aux résultats de l’enquête, deux binômes se sont succédé à la tribune. Dans un premier temps, Laure Delair, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et ancienne vice-Présidente de L’Unef et Sophie Bosset-Montoux, directrice du Centre d’information et de documentation jeunesse (CIDJ). La première a constaté que ces résultats entraient en résonance avec ceux réalisés par le CESE, en particulier le lien entre orientation des jeunes et construction identitaire (spécialement sous le prisme des inégalités femmes/hommes) et l’écosystème de ressources existant autour des jeunes. La seconde a insisté sur la notion de temps de l’orientation, y compris dans les ressentis parfois faussés des élèves eux-mêmes (qualifiant par exemple d’études « longues » un cursus à Bac+1), et sur la nécessité de reproduire ce type d’enquête en classe de seconde – année où elle relève un « décrochage » en termes d’appréciation des métiers comme du futur, les lycéens s’avérant parfois très flous quant à leur stratégie à moyen terme comme sur leurs objectifs.

En matière de préconisations, Laure Delair a identifié trois axes d’action : permettre aux jeunes dès le collège de mieux « explorer, de découvrir ce que sont les métiers de demain, les filières et voies de formation » ; agir sur les structures pour « desserrer l’étau, donner du temps », et favoriser ainsi les « parcours »sur les procédures ponctuelles ; enfin, « faire rentrer le monde professionnel dans l’école et inversement », mieux sensibiliser les acteurs à la mobilité, l’alternance ou la formation tout au long de la vie. Sophie Bosset-Montoux, quant à elle, a tenté de répondre à la question ainsi formulée par Emmanuel Davidenkoff : « Comment fait-on pour améliorer la navigation des jeunes au sein de cet océan d’informations. » Pour ce faire, elle a comparé la situation actuelle avec celle d’il y a cinquante ans, « où il y avait moins de choix, moins d’outils, ce qui faisait que le rôle des parents était encore plus prégnant. » Selon elle, le rôle du CIDJ est moins d’accompagner strictement les jeunes que de les aider à s’y retrouver, à « dissiper les idées reçues » et « remettre des choses dans leur contexte », ceci afin de contribuer à diminuer leur stress comme celui de leurs proches : « L’orientation, pour les jeunes comme leurs familles, c’est une tension au quotidien. » Elle a aussi précisé qu’avec le temps, « le stress des parents quandt à l’orientation augmente », et débute même de plus en plus tôt (dès le mois de septembre en 4ème parfois), qu’il convient lui aussi d’apaiser.

Après ces deux premières réactions, et les questions du public, sont montés sur scène la chargée de mission chez Euroguidance (Erasmus+) Graziana Boscato et le directeur de l’ONISEP Michel Quéré. Le second a indiqué que l’enquête ne l’avait « pas vraiment surpris », en particulier sur la hiérarchie d’acteurs jouant une influence sur l’orientation. Cela dit, « cette enquête transcende un enthousiasme très positif de la part des jeunes. » Interrogé sur les applications concrètes du vote récent de la « loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel »(05/09/18), il a souligné la nécessaire complémentarité informative entre des instances régionales et locales désormais mieux sollicitées et un opérateur public à l’échelon hexagonal. « C’est d’ailleurs ce à quoi l’Onisep s’attache depuis longtemps. » Pour lui, « L’ONISEP constitue un capital social mis à disposition des familles », et doit construire des médiations pour une « meilleure utilisation de l’information. »Et pour souligner l’importance de ce besoin d’information, il a indiqué que l’outil numérique « Terminales 2017-2018 »construit par l’Onisep dans le cadre de Parcoursup a accueilli en quelques mois 1,2 million de visiteurs distincts (élèves, parents, professeurs), avec un temps moyen de passage de plus de six minutes. Chargée de livrer un point de vue international sur la question de l’orientation, Graziana Boscato a ensuite détaillé les initiatives proposées dans le cadre du programme Erasmus+, « pour permettre la diffusion de l’information sur les études, les mobilités, et favoriser les expériences à l’étranger » – y compris pour les professionnels -, et décrit « des systèmes d’orientation très différents au niveau européen » (parmi lesquels l’Allemagne, avec un premier palier en sortie d’école primaire) « mais avec un objectif commun » : réduire le décrochage comme les erreurs d’aiguillage et l’entretien du stress. Elle a enfin conclu en indiquant qu’une « expérience de mobilité même courte donne envie de repartir et permet de découvrir des choses et des compétences à valoriser ensuite. »

Après une courte pause, la table-ronde « Sommes nous réellement libres de choisir notre avenir professionnel » réunissait la députée LREM (et co-auteure d’un rapport sur la voie professionnelle scolaire) Céline Calvez, le conseiller Éducation à l’Association des régions de France Jean Rainaud et le recruteur en Économie sociale et solidaire (chez Orientation durable) Jean-Philippe Teboul. Jean Rainaud a indiqué que le récent texte de loi « laissait plein de choses ouvertes » : « Au-delà du texte lui-même, nous en sommes à la page blanche en attendant les décrets. » Pour les régions, il s’agit d’apporter une plus-value au service public actuel, ce qui est ambitieux mais reste flou, mais surtout de répondre aux attentes des familles qui, souvent, « cherchent des formations à proximité relative du domicile. » Un défi à mettre en relation avec la taille des nouvelles régions, qui « dépasse désormais celle de certaines pays européens »… Autre révolution : « Bientôt, les régions vont avoir à intervenir dans des collèges dont les départements sont propriétaires, et devoir diffuser l’information auprès des élèves, des familles et des enseignants, ce qui ne faisait pas partie de ses compétences. »

A son tour, Céline Calvez a détaillé les différents volets de la loi, sur un domaine par définition complexe (la voie professionnelle scolaire se distingue de l’apprentissage, avec 300 diplômes en tout, plus ou moins visibles). « A force d’avoir peur de l’adéquationnisme, on a longtemps refusé de voir quels étaient les besoins réels au niveau local. Il s’agit donc d’inventer une nouvelle forme d’adéquationnisme », en favorisant les rencontres entre jeunes en formation et professionnels (54 heures d’accompagnement à l’orientation dès la seconde) et en valorisant y compris dans la filière professionnelle les compétences transversales susceptibles de favoriser l’adaptabilité à des carrières variées au cours de la vie. Pour conclure, et avant une nouvelle salve nourrie de questions de la salle, Jean-Philippe Teboul a insisté sur la notion de « droit à l’erreur », qui fut longtemps dévalorisée au point d’augmenter le stress des élèves comme des candidats à l’emploi. « A 40 ans, on rencontre beaucoup de gens qui ne font pas le métier dont ils rêvaient à 20 ou 25 ans. » Selon lui, en plus de « ce qui se voit » (diplômes, expériences, etc.), il existe des compétences et aspirations informelles qui peuvent se déployer à différents moments de la vie professionnelle, et s’exprimer dans des secteurs très variés. Les parcours ne sont pas forcément linéaires, ni figées les attentes « existentielles » de ceux qui occupent tel ou tel poste à un moment donné.

Photos : ©Philippe DEVERNAY/MEN – Afev




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