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JRES (13) – Gérard Marquié (Injep) : “Jeunes comme adultes doivent développer une littératie numérique”

JRES (13) – Gérard Marquié (Injep) : “Jeunes comme adultes doivent développer une littératie numérique”

Le 20 septembre prochain, l’Afev organise la 9ème édition de la Journée du Refus de l’Échec Scolaire (JRES) – en partenariat avec Trajectoires-Reflex et de nombreuses organisations. Cette journée, accompagnant la publication d’une enquête exclusive, sera consacrée à la question du numérique. Afin d’anticiper les débats et découvertes qui marqueront cette journée, le Lab’Afev tenait à diffuser plusieurs contributions émises par des partenaires. Ici, pour l’INJEP, Gérard Marquié, chargé d’études et de recherche. Pour plus d’informations sur la journée : www.refusechecscolaire.org

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« Bien avant internet, la littératie critique des médias n’a jamais été considérée comme essentielle dans les écoles comme dans l’Education Populaire. » Ainsi s’exprime danah boyd, sociologue américaine, auteure d’un ouvrage récemment traduit en français sous le titre “C’est compliqué : les vies numériques des adolescents” (2016). Pour celle-ci, « la rhétorique des digitales natives, loin de servir à quelque chose, nous empêche souvent de comprendre les défis auxquels les jeunes sont confrontés dans le monde numérique ». Il est donc à la fois dangereux de penser que les jeunes sont automatiquement au courant, et naïf de croire que les soi-disant immigrants digitaux n’auraient rien à offrir.

Des travaux réalisés dans le cadre du programme d’études de l’Injep nous ont confirmé l’importance de la place des différents acteurs éducatifs des champs formels et non formels : enseignants, parents, animateurs … La partie est loin d’être gagnée. Certains ne s’estimant pas légitimes pour intervenir dans le champ du numérique, ou jugeant que c’est le rôle de l’autre : « c’est le rôle de l’école »« c’est le rôle des parents »… Enfin le contexte institutionnel des interventions éducatives n’est pas toujours favorisant ; elles comportent même souvent des injonctions paradoxales. Nous l’avions constaté lors d’une étude (de C. Delesalle et G. Marquié, “Twitter : outil de transformation dans le champ éducatif”, in Jeunesses études et synthèses, Injep, février 2014) réalisée pendant trois années sur l’usage des réseaux sociaux  et du numérique dans le cadre scolaire. Les enseignants relevaient des contradictions entre les discours nationaux sur le numérique et les politiques menées localement : il y a un paradoxe entre le message « allez sur les réseaux sociaux » et les contraintes imposées en matière d’hébergement des plateformes utilisées …

Cette étude nous montre pourtant qu’en utilisant le numérique et les réseaux sociaux, les professionnels interrogés estiment qu’ils valorisent en priorité les activités des élèves ; que les élèves sont plus impliqués dans leur travail ou encore que les outils utilisés permettent avant tout une ouverture vers l’extérieur. Nous évoquions à ce sujet un cercle vertueux de la valorisation à la motivation. D’autres travaux réalisés auprès de jeunes en lycée professionnel nous ont montré que l’utilisation du numérique dans la recherche d’information pouvait révéler des compétences cachées, notamment chez des jeunes ayant peu d’appétences pour la forme scolaire. Ces compétences ne sont malheureusement pas prises en compte par l’éducation formelle.

Dans leur recherche d’information, comment les jeunes passent-ils d’Internet à une personne ? Et en regard, quelles sont les pratiques des professionnels de l’information des jeunes ? Une récente étude (“Physique numérique, réel/virtuel : des oppositions à dépasser”, in numéro 185 de Diversité ; “Information des jeunes : vers des parcours plus fluides entre le physique et le numérique”, in Jeunesses études et synthèses, Injep, octobre 2016) a tenté de répondre à ces questions. Nous constatons que les pratiques des jeunes en ligne et hors ligne s’influencent mutuellement, mais aussi une fracture d’accès à l’information concernant à la fois l’équipement et les usages. Par ailleurs, le numérique peut potentialiser et accélérer des rencontres en présentiel avec comme levier les réseaux sociaux, par exemple. Chez les professionnels, la marge de manœuvre (et parfois la légitimité) pour accompagner ces pratiques reste inégale et dépend aussi du soutien apporté par les décideurs (élus, responsables jeunesse), qui trop souvent perçoivent le numérique comme un risque potentiel. La question de la médiation numérique est pourtant essentielle. Jeunes comme adultes doivent développer une littératie numérique leur permettant de participer à notre société de l’information.”

Gérard Marquié, Chargé d’études et de recherche, Injep

Bonus : dans le cadre d’une étude Injep, une vidéo de dix minutes a été réalisée par le jeune vidéaste Valentin DAUBEUF, regroupant les témoignages de 31 jeunes lycéens sur la thématique des perceptions et pratiques des réseaux sociaux, ainsi que sur leurs pratiques d’information. La voici :




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