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Journée du refus de l’échec scolaire 2019 : ouverture internationale

Journée du refus de l’échec scolaire 2019 : ouverture internationale

Au cours de la douzième édition de la Journée du refus de l’échec scolaire (JRES) organisée par l’Afev, le 25 septembre à la Bellevilloise, deux enseignants-chercheurs, Òscar PRIETO-FLORES et Marisa BERGAMIN, respectivement espagnol et italienne, sont intervenus pour livrer un état des lieux du mentorat à l’échelle européenne.

Défini par Òscar PRIETO-FLORES, chercheur à l’Université de Gérone (Espagne) et membre de l’European Center for Evidence Based Mentoring, le mentorat semble trouver enfin une définition simple et claire : « Le mentorat est généralement une relation à long terme partagée entre deux participants ou plus, l’un ayant plus d’expérience que l’autre. A la différence du coaching ou du tutorat, il implique une relation plus profonde et plus globale, qui permet de travailler à plusieurs objectifs liés au développement de la personne à moyen et long terme.. » Parfois, les objectifs y sont« ajustés aux besoins sociaux », comme dans le cas des étudiants bénévoles de l’Afev, « qui accompagnent des jeunes issus de contextes vulnérables dans leur parcours éducatif. »

De fait, des études ont montré qu’en fonction des classes sociales, les possibilités de croiser la route d’un « mentor » naturel (au sein du réseau familial par exemple) s’élèvent à 85% des adolescents issus de classe moyenne, contre 49% pour ceux issus de la classe ouvrière [L.D. Erickson, S. McDonald, G.H. Elder, Jr,2010]. Or si l’intervention d’un mentor ne joue pas un impact considérable sur la probabilité d’accéder à l’Université pour des jeunes dont les parents sont universitaires par exemple (augmentant ce chiffre de de 70 à 80%), il en va autrement pour ceux qui n’ont pas baigné dans les mêmes eaux : sans mentor, 35% s’inscrivent à la fac, contre 65% de ceux qui ont pu bénéficier d’une relation de mentorat.

Pourquoi ? Parce que le mentorat améliore chez les mentorés à la fois « les compétences de communication, l’estime de soi, le comportement à l’école (…), la prosocialité (…), la motivation scolaire (…), les compétences en communication et en langue (…) » et jusqu’au « développement communautaire et [à la] citoyenneté active. » Un constat partagé par Marisa BERGAMIN, coordinatrice du projet « Mentor’Up » à l’Université de Padoue (Italie) :« Le mentorat est une stratégie d’intervention visant à accroître le développement cognitif et émotionnel des jeunes », tant au niveau de « l’estime de soi »que du rapport à l’école (plus grand sentiment d’appartenance et de proximité, interactions améliorées avec les enseignants et les pairs).

Selon Òscar PRIETO-FLORES, à l’échelle européenne, « Le mentorat se développe de plus en plus, surtout depuis ces dix dernières années », avec par exemple 9 programmes lancés en Espagne en 2017, contre un seul en 2008. On trouve des différences selon les pays : en Allemagne, « la plupart des programmes de mentorat qui ont vu le jour au cours des six dernières années visent à répondre à l’accueil des réfugiés. En Espagne, ils sont généralement très axés sur les immigrés, les mineurs non accompagnés, les adultes ou jeunes en situation de solitude (…). En France, on trouve cette particularité de la lutte contre les inégalités sociales. » Selon lui, « il faut créer un débat et faire de la recherche », de multiplier les interactions entre chercheurs et professionnels « afin de voir exactement quels sont les effets du mentorat et comment nous pouvons les améliorer. »

De son côté, Marisa BERGAMIN, du Département de psychologie sociale et du développmement à l’Université de Padoue, a présenté l’enquête réalisée en 2013-2014 auprès de 209 enfants des écoles de Padoue ayant participé au programme italien « Mentor’Up »sur une période de sept mois, et d’un groupe-témoin comparable n’ayant pas bénéficié du même programme. Il apparaît qu’entre deux dates, l’évaluation en termes d’estime de soi augmente d’environ 1,5 point chez les mentorés, quand elle diminue d’un point chez les autres. De la même façon, la relation à l’institution scolaire s’améliore légèrement dans le premier groupe, quand elle baisse de deux points dans le second.

Ainsi, selon cette enseignante-chercheuse, « Mentor-Up peut être une stratégie utile pour nourrir l’estime de soi des jeunes », du fait à la fois du temps et de l’énergie « consacrés à la compréhension des besoins et des ressources spécifiques des mentorés », de la formation des mentors « pour développer des relations de mentorat structurées », et des « activités adaptées en fonction des antécédents familiaux ». En revanche, concernant le rapport à l’école, selon elle, « un programme de sept mois n’est pas suffisant pour avoir un impact sur l’appartenance, ni changer le climat social de l’école. » On peut néanmoins remarquer que si les élèves mentorés n’ont pas profondément amélioré leur relation à l’institution, les autres ont vu cette perception se dégrader sur la même période. Est-ce à dire qu’à défaut d’améliorer durablement le lien à l’école, le mentorat évite au moins de tendre les liens entre les élèves et les établissements ?

François Perrin




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