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John Storan : “En Angleterre, les pratiques d’élévation des aspirations sont devenues partie intégrante des missions des Universités”

John Storan : “En Angleterre, les pratiques d’élévation des aspirations sont devenues partie intégrante des missions des Universités”

Cliquez ici pour s’inscrire au débat ORSU Talks “Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur”, le 26 juin prochain 2018 à Paris

John Storan, Directeur du Centre de Recherche sur la Participation Continuum, à l’Université de l’Est de Londres, revient pour l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Universités (ORSU) et Le Monde Campus sur les années d’implantation du programme Aimhigher en Angleterre ainsi que sur les transformations de l’enseignement supérieur qui en ont découlé depuis. Il explique notamment que, grâce à Aimhigher, les pratiques d’élévation des aspirations dans les écoles primaires et secondaires sont devenues partie intégrante des missions de toutes les Universités. Selon lui, il est possible de rendre les systèmes d’enseignement supérieur réellement accessibles et inclusifs.

Spécialiste international des politiques de démocratisation des études supérieures, John Storan a notamment conseillé les gouvernements Suédois, Australien et Américain, ainsi que de nombreuses organisations publiques et privées.

En 1993, il a créé le “Forum for the Advancement of Continuing Education” (FACE), un centre de Recherche qui organise notamment, chaque année, une Conférence internationale sur les bonnes pratiques en faveur de l’accès et de la réussite des personnes les plus éloignées de l’enseignement supérieur. Cette année se tiendra à Worcester, du 4 au 6 juillet, la vingt-cinquième édition de ce colloque qui attire chaque année des spécialistes du monde entier.

Depuis 2014, John Storan représente le Royaume-Uni dans le groupe de travail “Dimension Sociale de l’Enseignement Supérieur” du Processus de Bologne. Depuis 2016, il est membre du Comité sur la Mobilité Sociale (SMAG) et conseille le ministère en charge de l’enseignement supérieur.

D’où vient l’approche développée dans le cadre du programme Aimhigher (2004-2011) et consistant à « élever les aspirations » ?

Je suppose que c’est venu, en partie de la prise de conscience croissante que, pour beaucoup des jeunes de nos communautés les plus défavorisées, la possibilité de se reconnaître dans l’image de l’enseignement supérieur n’était pas envisageable. En d’autres termes, l’enseignement supérieur était pour les autres et « pas pour les gens comme moi » ainsi que me l’a dit un élève. Cette notion des élèves de se sentir « écartés » tout au long de leur parcours éducatif a constitué un enjeu central pour les partenariats Aimhigher afin de développer une panoplie de réponses et de pratiques que beaucoup désignent par le concept d’« élever les aspirations ».

Comment l’élévation des aspirations contribue-t-elle à élargir et surtout à diversifier la participation à l’enseignement supérieur ?

Le fait d’élever les aspirations a été utilisé à la fois en renfort aux nouvelles voies d’accès alternatives à l’enseignement supérieur, ainsi que pour soutenir et autonomiser les personnes (empower) afin de faciliter leur accès et leur réussite dans les études supérieures.

La mise en œuvre d’une telle démarche d’élévation des aspirations suppose-t-elle des changements et des réformes dans les établissements secondaires et supérieurs ? Oui, c’est nécessaire. Et la grande force d’Aimhigher a précisément consisté à réussir cela, en faisant travailler les acteurs en partenariat autour de pratiques de coopération plutôt que de concurrence. Le fait que les partenariats Aimhigher soient financés dans le cadre d’une convention régionale engageant les écoles primaires, secondaires, et les universités les a toutes contraintes à se mettre autour de la table et à élaborer des stratégies cohérentes. Ce point de départ a offert un espace fertile à l’apprentissage et à l’intégration, par les partenaires, des différentes façons d’entreprendre, par exemple, des actions d’outreach en faveur des aspirations des élèves, ou encore d’évaluer leur impact.

Depuis sa fermeture officielle, en juillet 2011, Aimhigher a rejoint les pratiques de droit commun des Universités dans le cadre des Contrats d’équité passés avec l’Office for Students, cela s’explique-t-il par les bons résultats de ce programme ?

Oui, Aimhigher est entré dans le domaine des actions « de base » d’une Université. Pour autant, il est difficile aujourd’hui d’affirmer que cela ne sera jamais remis en question, en raison notamment des tensions entre l’autonomie des Universités et les contraintes exercées par le Gouvernement Central.

Il faut comprendre qu’Aimhigher fut une formidable expérience nationale qui a aidé les Université, par exemple, à redessiner complètement leurs frontières et leurs relations à l’égard des territoires, des communautés locales et des écoles. Elles ont appris à faire un travail avec lequel elles n’étaient pas du tout familières et Aimhigher a rendu cela possible en organisant les échanges de bonnes pratiques au niveau national et régional. De sorte que, aujourd’hui, les pratiques consistant à aller à la rencontre des futurs étudiants potentiels dans leurs quartiers et dans leurs écoles sont au cœur des missions des universités. En atteste, par exemple, les Contrats d’Accès et de Participation qu’elles et les écoles secondaires passent, chaque année, avec l’Office for Students.

L’évaluation, enfin, a constitué un enjeu majeur du programme Aimhigher. Au cours des dernières années, plus particulièrement, les professionnels du secteur ont largement tiré les leçons des preuves réunies au fur et à mesure des évaluations. Cela nous a permis de nous concentrer de façon croissante sur ce qui marche le mieux.

Comment décririez-vous l’héritage d’Aimhigher aujourd’hui ?

Aimhigher a mis en évidence l’importance déterminante du partenariat et de la coopération et, en ce sens, ce fut un programme « inclusif ». Il a également fait beaucoup pour démystifier l’enseignement supérieur et a contribué à enclencher un processus de redistribution des opportunités éducatives qui  constitue, aujourd’hui encore, un défi majeur en Angleterre. Initiant un cercle vertueux, Aimhigher a ouvert la perspective d’un enseignement supérieur inclusif, travaillant proactivement en partenariat avec les acteurs du territoire, décuplant ainsi la capacité des universités à atteindre des étudiants de plus en plus nombreux et différents.

Nul doute que nous pouvons créer un secteur de l’enseignement supérieur réellement accessible et inclusif !

 

Propos recueillis par Jules Donzelot – sociologue / Directeur Scientifique du programme Démo’Campus de l’Afev.

 

Le 26 juin prochain, à Paris, se tiendront les premiers « ORSU Talks », sous le haut patronage de la Ministre Frédérique Vidal et la direction scientifique du sociologue Jules Donzelot. Organisés par l’Observatoire de la Responsabilité sociétale des universités de l’Afev, ces échanges seront dédiés à la problématique « Démocratiser la réussite dans l’enseignement supérieur ».

 





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