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Jeunesse : Se loger ou habiter ? Un colloque éclairant

Jeunesse : Se loger ou habiter ? Un colloque éclairant

Dans l’après-midi du 20 novembre 2017, l’auditorium de la Fondation Macif accueillait le colloque « Le logement des jeunes : un enjeu d’innovation sociale et urbaine » de l’Afev. L’occasion d’échanger entre acteurs sur le sujet, notamment autour des Kolocations à projets solidaires (Kaps) de l’association, et plus généralement sur la distinction nécessaire entre logement et habitat.

Accueillis par Catherine Le Gac, Présidente de la Fondation Macif et Christophe Paris, Directeur général de l’Afev, les participants au colloque du 20 novembre se sont vu présenter un programme dense, animé par Frédéric Delattre, Délégué régional de l’Afev pour l’Auvergne-Rhône-Alpes : questions/réponses avec Simone, « Kapseuse » à Paris et projection d’un documentaire ; retour sur l’évaluation des Kaps par le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) ; table-ronde sur l’innovation dans l’habitat des jeunes et leur accueil au sein de la société ; sans oublier les interventions de Aurore Rapin (Coordinatrice générale des Grands Voisins) et Alain Bourdin (professeur à Lab’Urba et Directeur de la Revue internationale d’Urbanisme), invités par le Lab’Afev.

« En tant que financeur, a lancé Catherine Le Gac en matière de préambule, la question du choix des soutiens se pose à tout instant, et en particulier lorsqu’une expérimentation demande à changer d’échelle. » Or, « en matière d’autonomie des jeunes, le logement est la première préoccupation des 18-24 ans, avant même l’emploi ou tout simplement le fait de pouvoir manger. Ainsi, les colocations solidaires répondent à une demande, criante, et dépassent la simple problématique du logement pour s’intéresser au lien social généré dans un quartier, et ainsi renforcer l’envie de se rendre utile les uns aux autres. »

L’un des objectifs de ce temps de réflexion consistait en effet à facilier « l’essaimage des Kaps », ces colocations inspirées du modèle belge des Kots-à-projets, proposées à des jeunes porteurs d’une action de solidarité menée avec et pour les habitants de leur quartier d’implantation – comme l’a rappelé Christophe Paris dans son discours d’ouverture, se livrant ensuite à une histoire du développement du projet depuis 2010. Si de nombreuses réflexions et promesses existent selon lui sur le thème du logement des jeunes, on manque souvent « de projets qui permettent d’incarner ces orientations, pour une France des solutions (…) Le logement des jeunes en général, étudiants en particulier, est un vrai levier de mutation des quartiers populaires, et de mixités réelles. »

Concernant l’évaluation des Kaps, menée sur trois ans, les psychosociologues du CSTB Joëlle Bordet (en vidéo) et Giuseppe Carollo ont livré leurs résultats, mobilisant des exemples très concrets pour parler d’une « expérience de rencontre avec un milieu social qui n’est pas le sien » et insister sur l’importance cruciale consistant à développer et valoriser une population de « ciculants » pour lutter contre les ségrégations sociale et spatiale. Joëlle Bordet a également insisté sur la « différence entre l’institué et l’instituant » – c’est-à-dire entre ce qui est en place, identifié et désigné, et des activités spontanées, non prévues, qui au quotidien fabriquent du lien social -, et sur la différence « entre l’habitat comme fonction symbolique/anthropologique et le logement » dans son acceptation la plus restreinte, l’expérience des Kaps relevant du premier concept, et permettant « de passer de l’intime au politique. »

La table-ronde principale réunissait autour de Sébastien Jaillet, Commissaire général délégué au Commissariat général à légalité des territoires (CGET), une grande diversité d’acteurs. Après l’énoncé par le Commissaire général des raisons pour lesquelles le CGET soutenait le projet Kaps de l’Afev, Juliette Furet, Responsable du département des politiques sociales de l’Union Sociale de l’Habitat, a détaillé les efforts à fournir tant sur l’offre (baux courts pour prendre en cours les parcours résidentiels, colocations…) que sur les services (notamment le numérique).


Thierry Bégué, ancien Directeur du Crous de Toulouse, a ensuite livré le point de vue du Cnous notamment sur la question de l’évolution nécessaire des types et formes de logement (« Nous ne devons plus penser en unités de gestion mais en unités de services ») , suivi par Jean-Pierre Mahé, Directeur national du développement du logement social chez Eiffage construction : « L’innovation ne se limite plus seulement au domaine technique mais à la qualité d’usage (…) Dans ce domaine, l’animation est devenue une donnée essentielle, pour que le logement dispose d’un supplément d’âme. » Enfin, les participants ont pu découvrir l’état des lieux dressé par Véronique Sas, en tant que Responsable du pôle entrepreneuriat, formation, jeunesse à la Caisse des Dépôts (« Des forces convergent pour développer ce logement à destination des jeunes ») et Christian Ponsolle, Président du Fonds MAIF pour l’Education (« Il faut recréer du lien social, y compris intergénérationnel. »)

Encadrant cette table-ronde, deux « cartes blanches », animées par Jérôme Sturla pour le Lab’Afev, ont permis deux « pas de côté ». La première donnait la parole à Aurore Rapin, architecte urbanisme de formation et Coordinatrice générale Les Grands Voisins à Paris, qui a présenté les projets originaux de Yes We Camp visant à une « occupation temporaire pour retisser du lien social, favoriser le vivre-ensemble et créer de nouveaux espaces d’engagement. » Des projets collaboratifs et partenariaux situés partout en France, avec des échelles et des partenaires très variés. « Le logement, sous sa forme contributive, fait partie intégrante de nos méthodes de travail », les équipes de l’association logeant elle-même sur les friches investies au fur et à mesure des actions, et menant sur place des actions. « Il ne suffit plus de s’abriter, avoir un espace pour soi et sa famille, mais d’inventer un espace partagé, dynamique et innovant, un lieu de vie au sens fort et collectif. »

La seconde « carte blanche » a permis au sociologue et urbaniste Alain Bourdin de livrer une réflexion transversale sur la notion d’habitat, très ouverte quand celle de logement apparaît restreinte, avec l’idée qu’aujourd’hui, « le collectif ne découle plus d’un sentiment d’appartenance mais de l’élaboration de projets communs » – auxquels il s’agit de fournir à la fois une valeur sociale et des lieux dédiés pour qu’ils se déploient et s’épanouissent. A ce titre, les étudiants, en tant que « nomades sédentaires, peu empêtrés dans les intérêts locaux des uns et des autres, sont très susceptibles de jouer le rôle de tiers de confiance », afin de pacifier les espaces communs d’échanges et de réflexions. Tout ceci afin de permettre un passage de la ville conçue comme ordre social à la ville comme offre, une offre « façonnée par l’action publique mais aussi par les projets, initiatives et collectifs qui la traversent et l’animent. »

En conclusion, Elise Renaudin, en charge de l’Economie sociale et solidaire à l’Afev, a constaté à l’issue de la journée « une vraie volonté de changement », dans « un contexte qui nous appelle à des mutations, avec notamment un nouveau rapport au temps », avant d’en appeler à une sorte « d’alliance entre acteurs pour des villes plus solidaires, avec l’habitat contributif comme levier majeur du changement. »

François Perrin

Pour plus d’information : www.lab-afev.org/logement

 

Rendez-vous du logement étudiant, deuxième édition

Au lendemain du colloque Afev/Macif se tenait en l’université Paris-Dauphine la deuxième édition des Rendez-vous du logement étudiant, une journée entière consacrée à la fois au rôle de ce dernier dans l’attractivité des Universités et du territoire et à toutes les problématiques liées à la construction, à l’entretien, à l’animation et à l’amélioration des résidences étudiantes. En présence de la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal – qui a salué les Kaps de l’Afev, un dispositif qui permet de « renforcer les liens entre universités, villes et quartiers populaires » – et du Secrétaire d’Etat auprès du Ministre de la cohésion sociale Julien Denormandie, ces débats denses ont réuni un grande diversité d’acteurs : Mathias Bernard, président de l’Université Clermont-Auvergne en charge de la présentation d’une enquête menée sur le sujet par la Conférence des Présidents d’Université ; représentants d’établissements, de collectivités locales, de constructeurs, de bailleurs publics de l’USH et privés regroupés au sein de l’AIRES, du Groupe Action Logement, de Campus France ou d’associations comme la FAGE ou l’Afev

Autant de participants venus interroger les Ministres dans la perspective du nouveau Plan 80000 (qui inclura un Observatoire national du logement étudiant) et du projet de loi sur le logement, mais aussi afin de se réunir pour échanger, apprendre à travailler ensemble dans un contexte de crise criante du logement, envisager de nouvelles pistes innovantes pour de meilleurs services et conditions de vie et d’études pour les étudiants. A une matinée sous forme de séance plénière ont succédé pendant l’après-midi deux séries d’ateliers portant sur la sécurité ou le taux d’occupation des résidences, la construction sur les campus ou les villes moyennes, l’arbitrage entre construction et réhabilitation, l’avis des étudiants eux-mêmes sur les ressources existantes.

Pour plus d’information : Actes du colloque à paraître sur www.universites-territoires.fr


 

 

 

 




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