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Il faut souffrir pour être grand…

Il faut souffrir pour être grand…

A la maternelle, on pleure parce qu’on est séparé de ses parents, que les journées sont trop longues, qu’on attrape des maladies, et que tout est nouveau.
A l’école primaire, on a peur de ne pas bien lire, de ne pas bien compter, on découvre la cour de récréation et ses rivalités, les évaluations, les devoirs à la maison, les nécessités de l’avenir.
Au collège, on perd ses repères, la maîtresse ne nous protège plus. Les profs sont tous différents, le savoir fragmenté. On vit l’âge ingrat, voix qui muent et seins qui poussent. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, on passe les premiers examens, on craint d’être orienté en professionnel.
Au lycée, on n’a plus le temps de rien, il faut bosser vraiment, on arrête le sport et les heures de télé, les parents contrôlent tout. On vous parle d’avenir et de monde du travail. On joue gros.

On n’en finit pas de souffrir à l’école, on n’en finit pas d’avoir peur. Je les vois ces souffrances, je les observe, en spectatrice, en complice peut-être : boules au ventre, crises d’angoisse, maux de tête, fatigue extrême, ennui, phobies, sentiment de honte…
Parfois, pour me déculpabiliser, je me dis que ce qui est dur, c’est tout simplement la vie : être enfant, puis adolescent, puis adulte, réussir les rites de passage. Je me dis que l’école est tout de même un lieu d’émancipation, d’échanges, une micro-société nécessaire et protectrice où l’on apprend l’existence en petit comité.

S’adapter au système après tout…

Mais ce serait trop facile. Je sais aussi que l’école est responsable, qu’elle rend malheureux, qu’elle brise parfois des vies entières. L’école à la Française, marche ou crève, sélection et culture du reproche. On les connaît les phrases qui tuent : tu ne passeras jamais, tu n’as pas les capacités, tu ne feras rien de ta vie, ta soeur aînée était plus sage, un métier manuel te conviendrait mieux, tu ne sais pas écrire, tu n’es qu’un gamin, tu n’as rien compris…

On le sait qu’il faudrait tout repenser. On sait ce qu’il faudrait faire pour que la volonté d’élever les jeunes ne se transforme pas en jeu de massacre. On connaît les méthodes, tout le monde les connaît… Mais c’est fatigant voyez-vous, d’essayer de comprendre les enfants, de leur trouver des excuses. Ils n’ont qu’à s’adapter eux-mêmes au système après tout, les anciens y sont bien parvenus, eux qui reproduisent les mêmes brimades. Les jeunes, ils n’ont qu’à grandir tout seul, leur mal-être ne nous regarde pas.

Nathalie Broux, professeure au Lycée du Bourget et au Microlycée 93




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