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Hear my voice ! Les propositions d’une centaine de jeunes des Hauts-de-France

Hear my voice ! Les propositions d’une centaine de jeunes des Hauts-de-France

Mercredi 6 décembre à 18h, au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais Picardie, se tenait la rencontre « Emploi des jeunes : l’Europe peut-elle aider ? », organisée par le think tank Confrontations Europe. Après plusieurs semaines de préparation en ateliers, auxquels avaient été invités des jeunes adultes, non-spécialistes de l’Europe, des propositions, issues de ces moments de réflexion et de partage, ont été rédigées avec l’aide de jeunes volontaires. Certaines d’entre elles ont été présentées lors de cet événement préparé pour favoriser un débat ouvert au public, devant plusieurs décideurs politiques. Chronique par Matilde Loridan, étudiante à Lille-II et intervenante, puis retour sur le détails des propositions.

“A 17h la salle était déjà prête, les chaises disposées en rangs, l’estrade montée et les fauteuils des six invités installés sur celle-ci. Certains étaient attendus plus tôt par Katarina Cirodde, chargée de la préparation de l’événement. En tant qu’intervenants, il a fallu nous préparer dès notre arrivée : présentation des lieux, recommandations diverses – « n’oubliez pas de monter sur l’estrade, de regarder le public, et les invités aussi !» – et retours sur nos interventions. En pleine répétition, nous avons été interrompus par un membre de l’équipe de Xavier Bertrand, très pressé : « Il faut accélérer, le Président de Région va bientôt arriver, mais il ne pourra pas rester longtemps finalement… »

“Aussitôt le stress des différents intervenants commence à se faire sentir, un mélange de peur et d’excitation se lit sur les visages de certains jeunes n’ayant jamais pris ainsi la parole en public. Katarina nous propose de raccourcir quelque peu notre intervention pour être sûrs d’être entendus. Moi qui clôturais sur le thème de « l’engagement citoyen », j’espérais disposer d’assez de temps. Le sujet avait particulièrement intéressé lors des ateliers, il aurait été dommage de ne pas pouvoir présenter les principales propositions lors de cette restitution !

L’engagement citoyen

“Vous pourriez vous demander pourquoi aborder l’engagement citoyen lors d’une rencontre autour de l’emploi. Lorsque l’on parle du public jeune, l’inquiétude générale se focalise souvent sur l’entrée sur le marché du travail, mais un autre enjeu subsiste : celui de l’insertion dans la vie démocratique.

“Contre la méfiance croissante vis à vis du projet européen, les pro-européens savent que s’il y a un thème à ne pas négliger, c’est bien celui de la citoyenneté européenne. Et en effet, ce sujet a fortement divisé lors de nos ateliers. Pour un grand nombre de personnes présentes, se projeter en tant que citoyen engagé dans l’espace européen ne semblait pas du tout naturel. Je me souviens avoir noté la remarque d’une volontaire en service civique : « Rejoindriez-vous un groupe de musique sans jouer d’un instrument ?! Je ne pense pas. Et bien pour l’Europe c’est pareil. »

“Comment s’engager si l’on ne se sent pas citoyen européen, si l’on ne connaît pas le fonctionnement de cette union supranationale ? Ou alors serait-ce l’engagement qui ferait naître ce sentiment d’appartenance ?

L’engagement, vecteur de citoyenneté européenne ? Propositions d’une jeunesse des Hauts-de-France

“La richesse de ces ateliers est née de la rencontre entre des publics différents : volontaires en service civique dans des structures associatives (dont je fais partie), élèves de l’école de la deuxième chance, jeunes diplômés… avec des parcours, des ambitions et des sensibilités divers. Cependant, d’une même voix, cette jeunesse a voulu exprimer son désir d’être pris en considération et de disposer d’un espace dédié pour l’engagement citoyen, voire même politique.

“La vie de la cité est l’affaire de tous ; que cette dernière soit une métropole européenne, une région ou une institution supranationale, nous souhaitons que soit créé un espace pour l’engagement des citoyens européens et que leurs initiatives citoyennes, tant au niveau de l’Europe qu’au niveau local, soient reconnues. Nous sommes ces jeunes de l’ère de la mondialisation, nous savons agir « local » tout en pensant « global », être à la fois citoyen français et européen.

Une rencontre teintée de démocratie participative

“Une fois les six invités et le public, nombreux, installés, le Président de Région a pris la parole pour ouvrir la rencontre. L’ancien Ministre de l’Emploi, très attaché au « débat démocratique autour de l’insertion professionnelle », nous a rappelé sa joie d’accueillir cet événement dans les locaux de la région. Il est convenu de commencer par les interventions des jeunes porte-paroles et d’écouter ensuite la réponse des invités, avant de laisser finalement la parole au public. Ainsi, nous avons découvert de jeunes adultes aux expériences très différentes, heureux d’être écoutés (puis soulagés de pouvoir reprendre place !) Les propositions ont été clairement présentées ; dans la salle, tout le monde était attentif, plusieurs prenaient des notes. Katarina présente le dernier thème et je m’avance pour livrer les résultats de notre travail sur l’engagement citoyen. C’est à ce moment-là que Xavier Bertrand s’éclipse, ne laissant plus qu’une seule élue sur l’estrade pour un moment dédié à la citoyenneté… dommage.

“Les invités ont ensuite pris tour à tour la parole pour répondre à chaque jeune intervenant, puis aux questions du public. Si leurs réponses étaient précises et rappelaient les propositions émises, elles tenaient parfois plus de la réplique entre professionnels que de l’échange démocratique. La salle s’est enfin vidée, et tous se sont retrouvés au buffet, satisfaits de cette rencontre.”

Trois rencontres préparatoires, quatre axes de propositions

Organisées en amont de cette séance de restitution, trois rencontres avaient réuni les jeunes en octobre et novembre à Lille et Roubaix, en partenariat avec l’ADICE, l’AFEV, l’Agence Erasmus +, France/Education Formation, Alliance emploi, le CFA régional Saint Louis, la CFDT Nord-Pas-de-Calais, le Conseil régional Hauts-de-France, le CRIJ Nord-Pas-de-Calais, l’Ecole de la deuxième chance Grand Lille, la Fondation Hippocrène, l’Institut Nicolas Barré, les Jeunes Européens-Lille Métropole, le Ministère français des affaires européennes, la Mission locale de Lille, les Petits Débrouillards, la Représentation en France de la Commission européenne, la ville de Lille.

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En ont découlé quatre grands axes de propositions, reposant tous sur une envie d’Europe particulièrement bien présentée par Soraya, stagiaire à l’Ecole de la Deuxième Chance (E2C) Grand Lille :

Premier axe, la mobilité européenne comme facteur d’insertion professionnelle, qui ne peut être envisagée selon ces jeunes sans une meilleure communication autour des programmes type Erasmus+ ou le service volontaire européen, la facilitation des démarches administratives, la mise en place d’un accompagnement de qualité et adapté en fonction des différents publics, et la facilitation des procédures de stages à l’étranger.

Deuxième axe, l’accompagnement personnalisé et la coopération stratégique pour l’insertion professionnelle de tous. Sur ce point, il s’agit d’aller toucher les publics les plus éloignés, notamment à travers les réseaux sociaux, de rendre plus visible l’impulsion européenne donnée à travers ces dispositifs, d’alléger les formalités administratives et de mettre l’accent sur l’investissement dans l’humain.

Troisième axe, la valorisation des compétences transversales dans le parcours. Pour ce faire, il s’agit de mettre en valeur ces compétences transversales dans les CV, d’évaluer voire de réformer les conditions d’éligibilité de la Validation des acquis de l’expérience, d’assurer un accompagnement de qualité pour les stagiaires, de mieux reconnaître les activités nées d’un souci d’engagement, et de favoriser les missions de bénévolat pendant les études.

Dernier axe, l’engagement citoyen. Un point crucial défendu notamment par Matilde Loridan, qui impose une meilleure information sur l’Europe et ses actions concrètes (par exemple via le rôle des ambassadeurs), de faire remonter les expériences de terrain pour combler le déficit démocratique au sein de l’Union (par exemple via le renforcement du dialogue citoyen), de mieux valoriser les initiatives citoyennes auprès des institutions européennes et d’inciter les décideurs publics à rendre compte de l’état d’avancement des politiques et actions mises en œuvre.

Matilde Loridan & François Perrin




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