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Et après ? Make.org consulte les citoyens

Et après ? Make.org consulte les citoyens

Le 10 avril dernier, alors que la crise du Covid-19 frappait l’ensemble de la planète, la plateforme citoyenne Make.org lançait une consultation citoyenne sur une question aussi simple en apparence que complexe dans ses implications : « Comment inventer tous ensemble le monde d’après ? » Retour sur les premiers enseignements, après publication d’un rapport intermédiaire lundi 4 mai.

 

« Engager les citoyens dans la transformation de la société » : telle est la mission, ambitieuse, de la plateforme Make.org, leader de la Civic Tech européenne. En partenariat, avec de nombreuses organisations comme la Croix rouge française, le WWF, le groupe SOS, Unis-Cités, Mouvement’Up ou l’Afev, elle a tenu dès le début du mois d’avril a prendre sa part dans la réflexion sur la pandémie mondiale, en ouvrant une vaste consultation citoyenne, démocratique, civique et européenne.

 

Cinq thèmes majeurs

Avec plus de 80 000 participants à ce jour (dont deux tiers de femmes, et une surreprésentation des jeunes…), 750 000 votes et 19 000 propositions, la consultation #MondeApres exprime, selon ses organisateurs, « un fort désir des citoyens de s’exprimer dans cette période difficile et d’être associés aux décisions-clés pour la construction du monde de l’après-crise du Covid-19. » Après la période de récolte des propositions formulées par les internautes, depuis un mois, s’ouvre désormais celle des votes, afin de départager les mesures envisagées, et de « déterminer ainsi les priorités. »

Une première plongée dans le flot de ces propositions indique en effet la variété des champs de réflexion, organisés autour de cinq pôles : protection de l’environnement (22% des propositions), agriculture et alimentation (17%), transports et mobilité (10%), emploi et salaires (9%) et santé (6%). Pour autant, le message général est clair : les citoyens attendent des pouvoirs publics qu’ils mettre en œuvre des actions concrètes, en privilégiant « un mode d’action incitatif plutôt que des restrictions. » Ainsi, 50% des solutions évoquées parlent de « développer, favoriser, subventionner », 7% « d’obliger », 7% de « sensibiliser, communiquer », et un peu plus d’un tiers de « limiter, réduire, arrêter, taxer et interdire ».

 

Et concrètement ?

Dans le détail, il s’agit, en faveur de l’environnement, de « protéger la biodiversité et les espaces naturels ; végétaliser les villes et reboiser les territoires ; mieux sensibiliser le grand public » ; mais aussi, par exemple, de « mettre en place une “fiscalité verte”. » En matière d’alimentation, les citoyens appellent de leurs vœux « une agriculture plus raisonnée », une production plus locale et la mise en avant des circuits courts, ainsi que la limitation de « la pêche et de l’élevage intensifs. » Pour se déplacer, on favoriserait transports en commun, vélos et véhicules électriques, tout en réduisant la place des voitures en ville et les déplacements en avion.

Dans la sphère économique, au-delà de « la relocalisation de certaines filières sur le territoire national », pour favoriser l’emploi, on sent bien que la période récente a laissé des traces, puisque des pistes comme « la pérennisation du télétravail », le « revenu universel » ou la « meilleure rémunération des métiers considérés comme “essentiels” » ressortent très nettement. Il en va de même dans le domaine de la santé, où les citoyens semblent militer pour une relocalisation des productions médicales (pour « réduire la dépendance de la France vis-à-vis d’autres pays »), « la protection de notre système de santé » et pour la revalorisation des salaires des soignants.

 

Agir ensemble

Si 56% des propositions s’adressent directement aux pouvoirs publics (sauvegarde du système de santé, des services publics, fiscalité plus éthique…), et 12% aux entreprises (télétravail, nouveaux modes de production…), la nécessaire évolution des comportements individuels apparaît également dans 14% d’entre elles, surtout en ce qui concerne « l’alimentation et les gestes éco-responsables, mais aussi (…) une plus grande implication citoyenne dans les processus de décision. » 

De manière générale s’exprime en effet un réel appel à plus de démocratie et d’engagement dans la sphère publique : modification du statut et des pratiques des élus (transparence budgétaire, sévérité judiciaire, limitation des mandats), allocation de plus de pouvoir à l’échelon local (via la décentralisation), développement (« au moins au niveau local ») des référendums d’initiative partagée ou d’initiative citoyenne, et de manière plus informelle, mais pas moins importante, développement des initiatives d’entraide, du bénévolat, de la solidarité intergénérationnelle. Tout un programme… Alors qu’attend-on ?

 

François Perrin




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