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Droit d’asile, carte d’étudiant (2/2)

Droit d’asile, carte d’étudiant (2/2)

Un an après notre premier article sur l’accueil des migrants/réfugiés au sein de l’Université française, nouvel état des lieux de la situation, à la veille de l’élection présidentielle, avec Charlotte Bouteille-Meister, vice-Présidente déléguée à la vie du campus de l’Université Paris Nanterre, et Mathieu Schneider, vice-Président Culture et Sciences en société de l’Université de Strasbourg.

Dès septembre 2015, la Conférence des Présidents d’Université l’avait annoncé dans un communiqué : « Les institutions universitaires françaises s’engagent pour l’accueil des réfugiés. » En mai puis septembre 2016, le Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche organisait des journées de rencontres/échanges sur la question. Au même moment étaient mises en ligne, par ce même Ministère comme par Campus France, des plateformes d’information à destination des étudiants migrants. Plus récemment, le 10 mars dernier, l’Université de Strasbourg accueillait un séminaire national « Les universités face au défi migratoire », qui actait la création d’un réseau d’universités accueillantes. Une semaine plus tard, cette problématique s’invitait au sein du Salon de l’enseignement supérieur et de la recherche, avec une table-ronde intitulée « Réfugiés : quelles politiques et pratiques d’accueil de l’ESR ? Quelles mutualisations possibles ? », à laquelle participait notamment Charlotte Bouteille-Meister, de l’Université Paris Nanterre – qui avait signé le 14 mars un article éclairant à ce sujet, sur le site de The Conversation : « Accueillir et accompagner des réfugiés à l’Université : le cas de Nanterre. »

Mathieu Schneider

On le constate, la question taraude la communauté universitaire, confrontée à l’arrivée massive de migrants, soucieux de reprendre leurs études, mais aussi d’apprendre notre langue, de se trouver un toit, et de disposer de ressources suffisantes pour vivre. Pour autant, suite aux initiatives locales spontanées, souvent motivées par la perception d’une urgence criante, le dossier tarde à faire l’objet d’une prise en charge solide à l’échelon national. « Cela s’est fait dans l’urgence en 2015, confirme Mathieu Schneider, de l’Université de Strasbourg, qui tient aussi à inclure pleinement les chercheurs migrants dans la problématique. Les universités comme les municipalités se sont retrouvées au pied du mur ; une trentaine d’établissements universitaires ont tout de suite été confrontés à cette question, ou ont décidé d’y apporter une réponse, même provisoire. » Selon lui, « ces étudiants migrants sont des étudiants comme les autres, sauf qu’ils sont en situation de grand stress, disposent la plupart du temps d’un très faible niveau en français, et peinent à faire valoir, quand ils en ont, l’équivalence de leurs diplômes. Mais notre volonté est de les intégrer, moyennant quelques aménagements, aux dispositifs pérennes mis en place pour former les étudiants étrangers au français. »

Une nécessaire coordination

Ils peinent également à obtenir des aides – en particulier du fait d’une fréquente incompatibilité des statuts, qui en empêchent certains de bénéficier d’un soutien financier en vertu de leur inscription dans telle ou telle « case » au regard de l’administration française. Les étudiants inscrits en Diplômes Universitaires, par exemple, n’ont pas le droit d’accéder aux tarifs étudiants dans les Restos U ; ceux qui disposent du statut étudiant perdent le RSA ; des étudiants déjà détenteurs du niveau 2 en français se voient convoqués à répétition à l’Ofpra pour passer le niveau 1, et ainsi de suite. Qui plus est, « ces étudiants n’arrivent pas forcément en début d’année, ils ne sont pas dans les mêmes temporalités que les autres étudiants de FLE, par exemple. Il s’agirait de mettre en place des formations plus fluides, à ce titre. »

Charlotte Bouteille-Meister

« Face à une demande exponentielle, on a besoin d’une vraie coordination, d’une automatisation de certaines opérations pour les rendre moins lourdes administrativement – ce qui n’est pas facile à mettre en place, indique Charlotte Bouteille-Meister. Le problème du bricolage, c’est que cela prend un temps monstrueux. Heureusement, on voit clairement que le Ministère est en train de se structurer là-dessus, mais les questions listées en mars à Strasbourg sont les mêmes que celles qui avaient émergé en septembre dernier. A ce titre, le recrutement de Jules Roussel au Ministère nous donne l’espoir d’obtenir de vraies réponses. » Ce que Mathieu Schneider appelle également de ses vœux : « Un ancrage administratif est nécessaire, au niveau du Ministère, afin de ne pas être tributaire des alternances politiques… » Sa collègue de Nanterre précise : « On a besoin d’être soutenus, que le Crous se positionne vraiment avec clarté, au niveau national comme au niveau académique…. On se sent un peu tous seuls, même si le réseau des Universités est très utile pour poser les questions. » Pour elle, « L’Université est tout à fait d’accord pour les former, mais l’accompagnement psychologique et social des populations, le droit d’asile, ce n’est pas son cœur de métier. »

Ressources financières, ressources humaines

En matière de soutien, Mathieu Schneider insiste sur les coûts financiers : « Avec 1400 euros par étudiant, moins les aides dont nous disposons, l’accueil de 100 étudiants migrants nous coûte tout de même 100 000 euros ; la question de la charge financière se pose donc bel et bien, même si des solutions pour réduire ces coûts existent, comme le recours aux outils numériques… mais alors, il s’agit là aussi de les mettre en place. » A Nanterre, on souligne la nécessité d’un « soulagement des agents administratifs, qui prennent sur leur temps et débordent le cadre de leurs compétences pour venir en aide aux migrants. A ce rythme, on risque de voir augmenter l’épuisement des bonnes volontés. La première urgence, selon Charlotte Bouteille-Meister, concerne la prise en charge au niveau national d’actions qui ne devraient pas revenir aux universités, comme le recrutement des étudiants et le problème afférent des « critères », dont l’établissement – hors dimension pédagogique – ne devrait pas être fait par chaque université sans concertation, mais relever d’une politique nationale ou, au moins, territoriale. »

Ainsi, deux ans après le début de la prise en charge des étudiants et chercheurs migrants par certains établissements universitaires, les acteurs les plus impliqués attendent un geste fort de la part des instances nationales. « C’est une cause qui mobilise l’ensemble de la communauté, aussi bien en temps consacré qu’en termes de dons matériels : étudiants, enseignants, agents, se réjouit Charlotte Bouteille-Meister. Maintenant, il faudrait faciliter cette générosité afin de la pérenniser dans le temps. »

François Perrin

(une contribution de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Universités)

Crédit photo : site theconversation.com pour la photo de Une ; Université de Strasbourg pour celle de MS ; Université Paris Nanterre pour celle de CBM.




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