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Des ZEP aux REP : un exemple de mobilisation citoyenne

Des ZEP aux REP : un exemple de mobilisation citoyenne

Au départ, c’est une nouvelle qui arrive en salle des profs un jeudi matin, veille de vacances de Toussaint, qui laisse tout le monde incrédule. Le bruit pourtant se répand et s’amplifie, jusqu’à ce que le principal nous le confirme en invitant les enseignants élus. Le collège ne sera plus en Éducation prioritaire à la rentrée prochaine. Incompréhension, colère, et finalement, action : une assemblée générale s’organise et une bonne partie des profs se mettent en grève l’après-midi même.

Le sigle/signe que l’Etat se préoccupait des quartiers les moins favorisés

Très vite, les choses s’organisent. On écrit au rectorat, on épluche les documents officiels, on écrit un communiqué de presse, on prévient les parents, les élus… Le soir, on doit justement rencontrer les parents pour le bilan de mi-trimestre. Partages de vues, premiers échanges, même tonalité. Car c’est ainsi, l’éducation prioritaire fait partie de l’identité de ce quartier de la place des Fêtes à Paris. Et les parents y tiennent, au moins autant que les enseignants, pour faire reconnaitre qu’ici, on n’éduque pas dans des conditions faciles et qu’il faut déployer des trésors d’inventivité pour faire face à une difficulté scolaire et sociale. Au-delà de ce qu’apporterait le classement en REP, des heures en plus, un coordinateur avec le primaire, une stabilisation des équipes, c’est une reconnaissance de cet état de fait qui est demandé à l’Education Nationale. Et le sigle est devenu, au fil des années, le signe que l’Etat se préoccupait des quartiers les moins favorisés, dans une logique sociale de « donner plus à ceux qui en ont besoin » et les habitants s’en sont emparés comme un encouragement à choisir ce quartier comme lieu de mixité sociale.

Fier du travail accompli dans ce quartier populaire

La mobilisation, loin de diminuer pendant les vacances, se met en marche. On rencontre la mairie du 19ème, on multiplie les contacts entre les enseignants du quartier, on s’envoie des informations. Car, en plus du collège, ce sont les 8 écoles primaires et maternelles du quartier qui sortent de l’Education prioritaire. Et quelle en est la raison ? Un chiffre, un seul. Le taux de PCS (Professions et Catégories Socio-professionnelles) défavorisées n’est que de 17 % au collège. La réalité sociale passée à la moulinette des statistiques n’est pas reconnue par les habitants du quartier, ni par les enseignants. « C’est qu’il doit y avoir une erreur ! », une exclamation que reprennent les directrices d’école primaire. De fait, avec 52% de boursiers fréquentant le collège, ce chiffre paraît bien sous-estimé. À la rentrée, nous nous retrouvons dans une classe de primaire, une trentaine d’enseignants sont réunis. Beaucoup n’ont pas très envie de faire grève, mais personne ne veut laisser passer pareille injustice. Il y a une émotion palpable, on sent que les personnes sont fières du travail accompli dans ce quartier populaire et souhaite qu’il soit reconnu pour ce qu’il est. Dans les moyens d’action, on comprend qu’on est capable de faire fermer les 9 établissements du quartier le même jour. Ce sera la journée « coupure de réseau », qui sera relayée par quelques articles. L’effet est énorme. On se sent pousser des ailes de voir que le refus d’une politique strictement comptable n’est pas une plainte de quelques excités, mais un cri, qui porte une demande sociale profonde : plus de justice dans l’éducation. C’est donc naturellement que se crée le collectif pour le 30ème réseau.

Porter la flamme de l’éducation pour tous

Le mouvement trouve son souffle, on sait que ce sera long. Après plus d’un mois de grèves perlées, de journées d’action, où une foule bigarrée s’invite au rectorat (nous serons 15 à rentrer dans une salle exiguë face à une administration qui n’avait jamais vu ça!), de « grandes lessives » où la place des Fêtes se pare de fils où sont suspendus dessins d’enfants et slogans, d’occupation d’écoles par les parents, la nouvelle arrive : la carte proposée réintègre le collège Budé et les 8 écoles… et sort un collège du 20ème arrondissement de la fameuse liste des 29. Pour certains la victoire parait amère, mais elle signe la réussite de la mobilisation de tout un quartier, qui a bien envie de continuer à porter la flamme de l’éducation pour tous à travers des projets pédagogiques et honorer le label chèrement acquis.

Jérome Musseau, enseignant SVT, Paris 19ème

Crédit photo J. Musseau




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