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Le contact local est encore très important

Adrien Biot, Représentant région Rhones-Alpes chez Kiss Kiss Bank Bank

Le contact local est encore très important

Transcription de l’interview d’Adrien Biot, représentant du site de financement participatif Kiss Kiss Bank Bank pour la région Auvergne-Rhône-Alpes.

KissKissBankBank (KKBB) est une plate-forme de financement participatif qui a été créée en 2008 à Paris et qui permet à des porteurs de projets de se faire financer par leur communauté leur projet ou par le grand public. Nous, on a maintenant trois plates-formes de financement participatif pour répondre aux différents porteurs de projets. On a une plate-forme de dons qui est KKBB qui va pour les projets culturels, artistiques et du coup on a plutôt des profils créatifs ; ils ont tous un Bac +5 mais il y a des ingénieurs, des étudiants en communication, en école de commerce, etc. puis après on a une plate-forme de prêt pour les TPE-PME. Sur cette plate-forme, on n’a pas du tout les mêmes profils ; on a des analystes risques (des mecs qui bossaient à la banque auparavant) qui viennent maintenant travailler chez nous parce qu’ils estiment que cela fait un peu plus de sens et ce sont des gens qui ont des compétences très fortes mais ce n’est pas du tout les mêmes profils.

On a une troisième plate-forme qui est Hellomerci qui est une plate-forme pour les artisans et les commerçants. La statue de la Liberté a été financée par les contributeurs américains donc c’était du financement participatif. Ce qu’ils ont réinventé KKBB c’est juste qu’ils se sont servi du web et du numérique en se disant : « il y a la possibilité de créer des plates-formes de mise en relation entre des porteurs de projets et le grand public. Une simple plate-forme web qui fait du circuit court entre la communauté, le grand public et les porteurs de projets. On peut faire un projet à Lyon et être financé par des gens qui viennent de Chine, de Thaïlande, etc. Donc ça simplifie tout. Cela simplifie la rapidité des échanges, la rapidité du réseau, la rapidité de la communication. Cela permet de toucher un ensemble qui est bien plus large que ce qu’on faisait auparavant : du simple troc et des changes à très court terme au niveau local.

KKBB, ça change un peu tout. On est tous derrière un ordinateur, on reçoit des projets derrière notre ordinateur, on va contacter les gens par mail, par téléphone mais simplement maintenant on est un site donc il n’y a pas besoin forcément d’avoir un contact avec les gens qui ont des projets ; tout est simplifié, tout va beaucoup plus vite. Il y a 10 ans, on n’aurait jamais pu faire ce travail ; là on fait des boulots qui n’existaient pas il y a quelques années encore même si le contact social, local, est encore hyper important. Là on est en train de créer des agences locales pour aller à la rencontre des gens. Donc on veut recréer du lien social, on se sert de ces deux outils-là. On crée du lien social avec eux en les rencontrant, en leur expliquant leur projet et après on met tout ça en ligne.

Sur les compétences des personnes qui bossent chez KKBB, c’est assez marrant parce que la plate-forme a été fondée par trois personnes qui n’ont pas fait d’études. Ils ont des parcours de self made man un peu et ils ont tout appris sur le terrain. Adrien a travaillé dans le cinéma, il a fait tous les boulots du cinéma dès l’âge de 16 ans. Ombline a travaillé essentiellement dans la musique, elle est montée pas mal, elle a eu des postes à responsabilités. Vincent a monté trois entreprises qui ont toutes échoué et du coup il a appris l’aventure entrepreneuriale comme ça. Donc ce sont trois entrepreneurs qui se sont auto-formé ce qui fait que dans la sélection de leur équipe ils s’en foutent du diplôme. Moi, ils m’ont demandé ce que j’avais fait dans ma vie auparavant mais je ne leur ai jamais le diplôme Bac+5 que j’avais. Ce qu’ils veulent savoir c’est connaître le profil des gens et sachant qu’aujourd’hui il n’y a pas besoin d’un Bac+5 pour réussir, il y en a plein qui se démerdent très bien surtout dans l’entreprenariat.

Maintenant on a des moocs qui nous apprennent à plein de compétences. Il suffit d’être derrière son ordinateur, d’apprendre comme ça en se spécialisant sur certains cours ce qui est plutôt original dans nos boulots. Dans notre travail au quotidien, on sait qu’on accompagne quasiment 100 projets tous les jours donc des gens qui nous apprennent leur boulot, des gens qui n’ont strictement rien à voir avec nous. En fait, on apprend leur travail et du coup on fait une sorte de formation tout au long de notre vie, de notre carrière. On apprend tous les jours des métiers de tout le monde, des intérêts de tout le monde, des projets de chacun, ce qui fait que notre boulot quotidien est hyper intéressant parce que le matin, on va avoir un agriculteur au téléphone qui fait de la permaculture ; l’après-midi, on va aller voir un chef d’entreprise d’une grosse PME qui veut sortir un nouveau téléphone portable qui veut tester son projet sur une campagne de crowdfunding et le soir, on va aller bouffer avec un réseau de musiciens…

Tout le monde est curieux. Notre curiosité est enrichie par tous ces projets-là, par tous les gens qu’on rencontre ; est-ce que ça te dis de rentrer dans l’aventure, on va créer un nouveau poste, créer une nouvelle antenne en Rhône-Alpes, il y a tout à faire : j’ai sauté sur l’occasion : ah, c’est une nouvelle expérience et il faut être là-dedans. En plus, en ce moment où « tout se révolutionne » dans le financement, etc. cela peut être hyper intéressant. Mais j’ai aucune idée si , dans cinq ans, je serai toujours chez KKBB. Sur du long terme, et c’est très générationnel, je le vois bien avec les gens qui ont mon âge, avec qui j’ai été à la fac, etc. On ne sait pas trop où on sera plus tard, on se construit une carrière qui est faite de rencontres, qui est faite de hasards mais cependant, à titre personnel, je ne me fais pas trop de soucis même si rien n’est fait. Pour le moment, cela se passe très bien et il y a toujours des rebondissements qui sont comme ça.

Mais le jour où je n’aurai plus rien à apprendre, par contre je pense que je partirai. Peut-être que demain j’irai bosser à la banque alors qu’en fait j’ai fait des études qui n’ont strictement rien à voir. Peut-être que demain j’irai bosser à nouveau dans le domaine culturel parce que j’ai travaillé au préalable là-dedans. Peut-être que demain j’irai travailler pour une ambassade parce qu’en fait j’ai fait des études en relations internationales. Mais, de toutes façons, j’ai l’impression que notre génération, même si on a tous des bac+5, l’objectif en fait à la fin, la finalité, le pragmatisme, c’est la démerde une fois qu’on a terminé les études. Pôle Emploi, cela nous fait tous chier d’y aller une fois qu’on a terminé d’aller s’inscrire parce qu’on sait très bien que cela ne va rien nous apporter, ils ne comprennent pas trop notre mode. On se retrouve avec des étudiants qui ont fait une école d’ingénieurs en suivant le parcours classique de prépa école et qui se retrouvent à devoir aller devant des grands groupes et ils ont uniquement des propositions de boulot qui ne font pas sens pour eux. Ce qui fait qu’on se retrouve avec ces gens-là mais il y en a certains qui vont eux-mêmes se dire : « non je ne veux pas aller bosser là-dedans » mais je veux par exemple monter mon entreprise d’entreprenariat social.

Ce qui fait sens pour moi, dans mon boulot, chez KKBB en tous cas, c’est de prendre beaucoup de plaisir et le plaisir je le prends en mettant un coup de pouce auprès des gens et en attisant ma curiosité. Et c’est ça qui fait du sens. Chez KKBB, j’ai l’impression d’apporter ma petite contribution au bien-être de certains porteurs de projets et donc, indirectement, au bien-être de la terre.




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