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Retour sur l’ouverture de notre nouveau tiers-lieu parisien en pleine pandémie

Retour sur l’ouverture de notre nouveau tiers-lieu parisien en pleine pandémie

Mis sur pied au début de l’année puis ouvert entre les deux confinements, le tiers-lieu Chez PHIPHI, tisseur de liens, s’invente et se projette au bénéfice des étudiants et acteurs alentours, en veillant à bien garder ouverts les yeux et les oreilles sur tout ce qui fait vivre et dynamise son territoire. Rencontre avec sa coordinatrice pour l’Afev, Marine Beillevaire.

Au nord du Boulevard de la Chapelle, entre la Goutte d’Or et le Canal de l’Ourcq, la rue Philippe de Girard constitue depuis le début de l’année le théâtre d’une intense activité, les deux confinements n’ayant en rien érodé l’enthousiasme de ses initiateurs. A la barre de ce nouvel espace établi dans la salle de convivialité du rez-de-chaussée de la résidence Crous éponyme, rebaptisée Chez PHIPHI : Marine Beillevaire, coordinatrice salariée de l’Afev depuis août 2017, auparavant en charge des Actions éducatives pour le pôle parisien de l’association. Fin 2019, un partenariat avec les équipes de la mairie d’arrondissement et le Crous de Paris rend envisageable l’ouverture d’un tiers-lieu au cœur du XVIIIème arrondissement. Pour la Direction générale du Crous de Paris, en effet, « l’ensemble des logements de notre résidence universitaire Philippe de Girard ayant été confiés à l’Afev Paris pour le développement de son programme Kaps, l’ouverture de ce tiers-lieu en rez-de-chaussée, géré par ses équipes, nous apparaissait comme un prolongement naturel de ce partenariat. Le moyen, aussi, de permettre à l’association de faire rayonner ses actions d’animation auprès des étudiants des résidences universitaires alentours, comme de tous les étudiants de cet arrondissement. » Une opération qui nécessitait la présence permanente d’un salarié aidé de deux volontaires en Service Civique, et financée par la Contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) . Marine, qui rêve alors d’une évolution de son poste, et ne cache pas le fait que « le projet [l’]éclatait », convient avec sa Déléguée territoriale Judith Baudrillart d’en prendre les rênes.

De confinement en confinement : un lancement contrarié

Au départ, Chez PHIPHI devait ouvrir en mai, « ce qui coïncidait avec la fin de l’année pour nos actions, et permettait d’envisager un événementiel en grandes pompes, avec une fête. Et, accessoirement, un bon moment de com’. » Mais patatras !, le premier confinement en décide autrement : le jour même de réception des meubles, l’annonce de l’Élysée vient contrecarrer ces plans. Un mal pour un bien cela dit, « puisque nous n’avions pas fini d’aménager, d’imaginer vraiment le nom, l’identité visuelle. » Marine et ses camarades décident alors de « saisir cette opportunité pour faire un gros taf sur la communication, la stratégie et les partenariats : contact et sélection d’une graphiste, arbitrage en termes de visibilité sur les réseaux sociaux, temps de concertation avec les volontaires, liens facilités avec les associations et acteurs du coin (qui étaient tous, du fait du confinement, hyper réceptifs et disponibles pour des visios)… Autant d’actions et réflexions que nous n’aurions peut-être pas eu le temps de mener en période normale. » 

En ressortent une meilleure connaissance du territoire, mais aussi une identité graphique et un “esprit” mieux incarnés, le lieu étant alors rebaptisé Chez PHIPHI : « C’est ainsi que les étudiants de cette résidence du Crous appelaient déjà cette dernière, pour rigoler, et comme Philippe de Girard est l’inventeur du métier à tisser le lin, ça s’est un peu imposé : Chez PHIPHI, créateur de liens ! » Sans oublier la confusion volontairement entretenue avec un nom de bar, sans la dimension péjorative : « Phiphi, c’est le monsieur du quartier qui le connaît bien, chez qui tu te sens bien, chez qui tu vient te détendre, rencontrer des gens dans un espace plus grand que chez toi. »  Malgré une réserve initiale (sur l’air de « Ça fait PMU ! »), les sourires font bientôt place à une acceptation par tous : « Même nos partenaires de la mairie disent maintenant Chez PHIPHI sans problème, c’est entré naturellement dans le langage. »

Globalement, « ce temps particulier nous a permis de vraiment bosser la communication ; on a ré-alloué des moyens qu’on devait mettre pour des activités dans une chouette com, et multiplié les concertations avec des étudiants. » Et le 15 septembre, tout est fin prêt pour recevoir le public… avant un deuxième confinement imposé deux mois plus tard. Alors que l’équipe a entamé les porte-à-porte pour se faire connaître dans les résidences étudiantes du secteur, la frustration est plus grande : « On commençait à avoir un passage, des habitudes, des étudiants qui venaient nous proposer des actions, nous demander d’organiser des choses sur telle ou telle thématique ; tout un public qui commençait à comprendre comment on avait envie de travailler avec eux. » Qu’à cela ne tienne, « en une semaine on a revu les choses, proposé une programmation totalement en ligne et utilisé nos réseaux sociaux. »

 

Un espace physique… adaptable en virtuel

A l’arrivée, sur une soixantaine de mètres carrés, un espace pensé équipé d’un mobilier « hyper léger » pour être « modulable, cozy, et fidèle à la définition de ce que doit être un tiers-lieu : à mi-chemin entre le travail / les études et la maison.. » Attenant, un jardin « qui n’est par qu’un simple accessoire, mais un support d’activités, de sensibilisation » (une association locale y a par exemple mené un chantier participatif), et aussi « un espace chouette et en extérieur dont tu peux venir profiter, ce qui n’est pas anodin à Paris. » En seulement deux mois d’ouverture, l’espace a déjà accueilli un cours de danse, un atelier d’initiation à la linogravure, un après-midi “jeux de société”, des temps de sensibilisation à l’alimentation et à l’équilibre alimentaire… Du mardi au samedi, un accueil est assuré (hors confinement) au public, avec un mercredi a priori plus dédié aux binômes jeunes accompagnés / bénévoles, et des animations qui se multiplient en fin de semaine.

« Dès lors que tu es étudiant, c’est un lieu pour toi » – ceux de la résidence elle-même l’ont déjà activement fréquenté, dont certains sont d’ailleurs des “kapseurs” et “kapseuses” de l’Afev. D’ailleurs, « l’un des fils rouges de notre activité, c’est d’aller à la pêche aux infos concernant les activités et acteurs qui existent sur le territoire, sur toutes les thématiques intéressant les étudiants, et de les mettre à leur disposition » (santé, activités créatives, ressourceries, épiceries solidaires…) Marine travaille à ce titre « avec ses collègues spécialisés sur cet arrondissement, l’un sur les actions d’éducation et l’autre sur les kaps », Chez PHIPHI devant aussi servir de « lieu ressource pour l’animation du réseau. On essaie d’y greffer l’ensemble des activités de l’Afev, tout en faisant en sorte que tous les étudiants puissent s’y retrouver. »

Concernant ce qui a été mis en place après l’annonce du deuxième confinement, il ne s’agit « que d’actions qui auraient pu avoir lieu en présentiel, et sur lesquelles on pourra surfer dès que ça rouvrira. » Le lieu propose ainsi « des semaines thématiques, avec quelque chose de très ritualisé : questions en ligne, défis, photos à envoyer, et des événements hebdomadaires dédiés au bien-être, à la créativité, au sport, etc. » En parallèle, depuis le mois de novembre, « nous accueillons la structure Linkee, qui fait des distributions de paniers alimentaires pour des étudiants sans ressources, le mardi et le vendredi jusqu’à la fin de l’année. » L’occasion, aussi, « de rencontrer des étudiants que nous n’aurions peut-être jamais croisés sans cela… »

Et demain ?

Au-delà de la réouverture  prochaine des lieux d’accueil du public, qu’elles attendent ardemment, Marine Beillevaire et son équipe ont « l’ambition d’évoluer vers l’aménagement d’une salle attenante, pour avoir deux espaces thématiques clairement identifiés : l’espace originel, pour les étudiants, et un pôle plutôt “éducation”, accueillant bénévoles et jeunes accompagnés, mais aussi par exemple nos partenaires de l’Éducation nationale, des collèges et lycées… » Car oui, même si la situation actuelle les oblige à se réinventer en permanence, tout en organisant la continuité avec la sortie de confinement, Marine l’annonce sans hésiter : « Nous sommes déjà dans cette perspective d’évolution », tant ces quelques mois ont déjà démontré l’ampleur du périmètre des actions possibles, et suscité l’intérêt d’autres acteurs déjà bien implantés sur le terrain…

Chez PHIPHI, tisseur de liens
83 ter, rue Philippe de Girard
75018 Paris

François Perrin




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