Rechercher

Apprentis Volontaires : de Grenoble à Saint-Étienne… et au-delà !

Apprentis Volontaires : de Grenoble à Saint-Étienne… et au-delà !

L’an dernier, l’Afev Rhône-Alpes mettait en place à Grenoble un nouveau programme destiné à des jeunes en situation de difficulté vis-à-vis de l’insertion professionnelle : Apprentis Volontaires. Un an plus tard, tandis que le projet se développe désormais sur le terrain de Saint-Étienne, l’heure est à un premier bilan, à la consolidation et aux perspectives d’essaimage. Échange avec trois parties prenantes du programme.

« Permettre à des jeunes en difficulté d’insertion professionnelle, qui s’intéressent à des métiers dans des filières qui recrutent beaucoup à travers les programmes d’apprentissage, de pouvoir se préparer à un parcours exigeant. » Très impliquée dans le projet Apprentis Volontaires depuis son lancement, la développeuse territoriale pour l’Afev Rhône-Alpes Julie André livre en une phrase l’objectif de ce nouveau dispositif. Ayant appuyé l’an dernier à Grenoble, et cette année à Saint-Étienne, l’ingénierie et le suivi du programme, elle précise sa pensée : « Les statistiques d’échec des formations en alternance sont élevées, puisqu’il faut à la fois suivre, pendant deux ans, des cours et assurer des missions en entreprise. Beaucoup de jeunes abandonnent dans les premiers mois, qu’il s’agit désormais de préparer au mieux à acquérir les compétences – techniques comme de savoir-être – qui leur permettront d’assurer avec succès leur parcours à venir. » D’autant qu’il s’agit souvent à la base de jeunes déscolarisés, ou ayant développé une relation très dégradée à l’école comme aux enseignements – et donc accumulé énormément de lacunes.

Pour ce faire, un programme de six mois de préparation à l’apprentissage, en service civique, a été mis sur pied par l’association, auquel il faut ajouter deux mois supplémentaires pour donner toutes leurs chances aux futurs candidats à l’alternance. « Un projet un peu long, qui s’inscrit dans le temps, comme l’indique Frédéric Delattre, Délégué régional Rhône-Alpes ; or quand une entreprise veut recruter, elle n’est pas disposée à attendre huit mois avant que le candidat n’arrive chez elle. » L’expérience grenobloise a d’ailleurs démontré que « sur une petite échelle, déjà, le projet fonctionnait. » Concrètement, ledit programme s’organise autour de trois pôles : d’abord des actions solidaires, sous forme de missions d’intérêt général. « Un prétexte à la montée en compétences (ciblées) bien sûr, poursuit Julie André, mais dans le sens de la solidarité. » Ainsi, l’an dernier à Grenoble, tandis que le dispositif bénéficiait de l’appui d’EDF et de ses partenaires (Enedis ou Schneider Electric), les trois jeunes de 21 à 26 ans concernés ont créé une mallette pédagogique sur la découverte de l’électricité, à destination des enfants accompagnés par l’association, participé à des trophées de robotique ou à des maraudes avec le Samu Social et la Croix Rouge, ou encore organisé des forums de métiers dédiés à l’apprentissage au sein de collèges. Cette année, la promotion Saint-Étienne pilotée par Anissa Chouchou, chargée de développement local à l’Afev Saint-Etienne depuis 3 ans, est venue en appui de l’association Le Poisson Mécanique pour aménager un jardin thérapeutique dans une maison de retraite : « aménager les chemins, refaire les bacs, les dômes, installer une ruche ou un poulailler. » Du concret.

Mais il s’agit aussi d’organiser des temps de remise à niveau adaptés aux thématiques visées. Ainsi, sur Saint-Étienne cette année, Françoise Jacquemin-Denis – une formatrice spécialisée, intervenant avec sa structure Le Bruit des Vaguessur le réseau des structures d’insertion de la Loire et du Rhône – dispensera trois heures par semaine, sur six mois, des formations aux sept jeunes de 17 à 22 ans (niveau bac pro voire CAP). Des formations variant temps collectifs et apprentissages plus personnalisés. « On ne fait pas appel à des organismes de formation classiques, déplore Julie André, qui ne misent pas sur la personnalisation de l’enseignement », voire ne savent pas toujours s’adresser aux jeunes concernés par le programme Apprentis Volontaires. Enfin, il s’agira de travailler à proprement parler sur la relation des jeunes avec les entreprises et le monde du travail. Dans ce sens, un programme a été bâti sur le terrain stéphanois avec le Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ) Batiscafe, spécialisé dans le BTP avec 65 entreprises adhérentes (de l’artisan « cellulaire » à de grands groupes comme Colas ou Eiffage). Cette décision de ne plus travailler directement avec une entreprise mais avec un regroupement d’employeurs constitue, selon Frédéric Delattre, « l’un des enseignements de notre expérience de l’an dernier : ce gisement d’employeurs est suffisamment important pour être certains que les jeunes qui iront au bout de leur engagement à l’Afev seront ensuite bel et bien pris quelque part »  [et ce même si les trois premiers Apprentis Volontaires de Grenoble sont tous désormais en contrat d’apprentissage]. Qui plus est, ce groupement connaissant bien les entreprises, les métiers mais aussi les secteurs qui embauchent, les échanges ont permis d’orienter, en fonction de ces derniers le choix des jeunes acceptés dans le programme. Et tout le monde est gagnant : « Ces entreprises font appel à nous car elles souhaitent recruter en apprentissage, mais ne savent pas comment faire. »

Dans les faits, les sept jeunes pourront découvrir la réalité des chantiers du BTP, voire des métiers auxquels ils n’auraient pas pensé initialement (sans parler de ceux encore en état de gestation), et échanger avec des aînés dont certains ont réussi à s’épanouir professionnellement malgré un parcours initial parfois compliqué. Un partenariat avec Pôle Emploi, autour de mises en situation, leur permettra également de se préparer aux entretiens d’embauche, tandis que des modules « découverte du cadre administratif et juridique du monde du travail » les éclaireront sur des réalités comme les contrats, fiches de paie, conventions collectives voire le concept de cotisations sociales. Le tout, selon Julie André, « afin qu’ils puissent identifier leur futur employeur avec tous les cartes en main. » Enfin, avant de signer en fin de programme avec ce dernier, deux phases d’immersion de quinze jours en les futurs locaux professionnels seront organisées, afin de tisser des relations interpersonnelles et de confirmer l’envie mutuelle de travailler ensemble.

Ainsi, le projet est en « phase encore expérimentale » selon Frédéric Delattre. Riches de leurs observations empiriques, Julie André et Anissa Chouchou ont d’ailleurs procédé à des réajustements par rapport à l’expérience grenobloise. En particulier, un programme désormais conçu comme progressif, très encadré au départ, puis donnant au fil des mois plus de place à la montée en autonomie des jeunes en service civique ; et un renforcement des relations avec les partenaires quels qu’ils soient, grâce notamment avec la mise en place d’un comité de pilotage avec des représentants de l’État, de la filière, ainsi que les principaux acteurs sur les programmes… sans oublier l’activation des réseaux pour identifier les candidats (Éducation nationale, missions locales, relais emploi de proximité, mais aussi Adecco [Voir trois questions à Audrey Rigaud]…) Pour autant, selon Frédéric Delattre, « l’objectif, maintenant, est au développement puis à l’essaimage du projet sur tout le territoire. » Ainsi, une demande de soutien à été adressée par l’Afev à la région Hauts-de-France, pour lancer, sur une base pluriannuelle, une première promotion locale d’Apprentis Volontaires à l’horizon 2020. Contact a été également pris avec Patrick Toulmet, Délégué interministériel en charge du développment de l’apprentissage dans les quartiers prioritaires, et réponse apportée à un appel à projets national visant à préparer mille jeunes en deux ans. Enfin, un consortium porté par l’Afev a été mis sur pied avec le Ministère et un pool de partenaires (ANAF, Adecco, ANLCI, Campus Pro). « Si ça marche, s’enthousiasme en conclusion le Délégué régional, il faudra que nous disposions de personnes-ressources à Paris, et de relais locaux partout à nous aurons essaimé ! »

François Perrin




Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Translate »