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Apprentis solidaires : pour le raccrochage des jeunes non diplômés !

Apprentis solidaires : pour le raccrochage des jeunes non diplômés !

Avec sa campagne Pas de quartier pour les inégalités de 2006, l’Afev attirait l’attention de l’opinion publique sur le décrochage massif des jeunes en France. A l’époque, 150 000 jeunes quittaient le système éducatif sans qualification. Quinze ans plus tard, si ce nombre est passé sous la barre des 100 000 – démontrant ainsi qu’il n’y a pas de fatalité, qu’un engagement concerté des acteurs permet de faire reculer les inégalités -, l’association poursuit sa mobilisation, avec un nouvel outil tourné vers l’insertion : Apprentis Solidaires.

 

Selon l’INSEE, 1,5 million de jeunes de 15/29 ans sont aujourd’hui sans emploi ni diplôme – soit 13% d’une classe d’âge, et même 20% pour les seuls 25/29 ans. Un nombre considérable, qui place la France, sur cette question, dans le “top 10” des pays européens. Or ce chiffre recouvre des situations, individuelles et familiales, proprement invivables : dans un pays où le diplôme joue beaucoup pour l’accès à un emploi stable, ne pas être qualifié implique, la plupart du temps, de rencontrer d’énormes difficultés pour accéder, par l’emploi, à l’autonomie financière, à un logement, à la mobilité, à la réalisation de ses projets… avec pour conséquences possibles des craintes pour l’avenir, une profonde mésestime de soi, voire une dégradation de la santé mentale.

Une nécessaire mobilisation

En laissant sur le bord de la route autant de jeunes, affirme l’Afev, « notre République ne tient pas ses promesses. » Dans ce cas, poursuit-elle, « Faut-il s’étonner des tentations séparatistes, qu’elles soient religieuses, sectaires ou politiques ? » D’autant qu’à ce coût humain s’ajoute un coût porté par les territoires – ces jeunes sans emploi ni formation, le plus souvent peu mobiles, n’ayant souvent pas d’autre choix que de rester assignés à leur quartier. Qu’il s’agisse de quartiers dits “Politique de la ville” ou de zones rurales cumulant déjà d’autres difficultés, ces territoires concentrent en effet la plupart des décrocheurs.

Or l’on estime aujourd’hui à 235 000 euros les dépenses mobilisées par l’Etat pour accompagner un décrocheur, sans même parler du manque à gagner en termes de cotisations sociales, ou du potentiel de recrutement gâché pour les entreprises. Soit un poids énorme, avec des conséquences dramatiques à plusieurs niveaux, à court comme à long terme, qui nécessite « une mobilisation importante, “budgetée” et coordonnée », portée « par l’Etat, les territoires, la société civile, et avec le soutien de l’Union européenne. »

L’implication de l’Afev

A sa mesure, l’Afev commence à prendre sa part dans ce combat. En effet, 30 ans après sa création, elle vient de créer un pôle Raccrochages, qui lui permet de prolonger son action de lutte contre les inégalités, en œuvrant désormais en faveur de l’accès à l’emploi et au retour en formation des jeunes en difficulté.

En matière de sémantique, tandis que nos voisins belges parlent “d’abandon scolaire”, l’association a toujours privilégié le terme de “décrocheur” à celui de “décroché”, signifiant par là que les jeunes sont les premiers acteurs de leur parcours. Et en introduisant désormais le mot “raccrochage”, elle affirme son souhait de changer d’approche à l’égard de ces jeunes, trop souvent pointés du doigt alors même que la plupart d’entre eux souffrent déjà de leur situation, et souhaitent activement trouver des solutions. De mettre l’accent, en somme et comme l’indique Frédéric Delattre, Directeur du pôle, sur « le mérite de ces jeunes blessés par la vie et les institutions et qui, pour autant, n’abandonnent pas. »

Plus concrètement, l’Afev a expérimenté, entre 2018 et 2021, une première action de raccrochage, via Apprentis solidaires, une préparation à l’apprentissage visant à permettre à des jeunes non diplômés de se faire recruter en entreprise, pour y mener une formation en alternance. 3 jeunes à Grenoble en 2018, 7 à Saint-Etienne en 2019, puis 61 en 2020, 121 l’an dernier… soit, en tout, 191 jeunes concernés par cette phase d’expérimentation, dont deux tiers des majeurs et un tiers des mineurs concernés ont désormais signé un contrat de travail. Un résultat vécu comme « très encourageant », au point que le dispositif est désormais identifié comme Prépa d’apprentissage “remarquable”, parmi les 115 qui existent en France.

 

Comme le décrivent Mylène et Laura, Apprentis solidaires s’appuie sur la réalisation de missions citoyennes pour développer des compétences transversales, relevant principalement du “savoir-être”. “Maraudes” auprès de personnes “à la rue”, actions de protection de l’environnement… les projets sont très nombreux, qui permettent aux jeunes de développer leur sentiment d’utilité sociale tout en acquérant des compétences valorisées par les entreprises : implication, ponctualité, travail en équipe, présentation et défense d’un point de vue, respect de contraintes et consignes… Enfin, à tout cela s’ajoutent des formations ciblées et des épisodes d’immersion en entreprises, pour découvrir ou approfondir sa connaissance des métiers… et tisser son réseau.

 

Une approche résolument partenariale

 

« Ce travail, précise Frédéric Delattre, nous ne l’avons pas mené seuls. » D’une part, le projet a fédéré d’autres acteurs, concernés par la cause, qui se sont rassemblés en consortium : Agence nationale de lutte contre l’illettrisme, Association nationale des apprentis de France, Groupe Adecco, CFA Campus pro… Ensemble, ils allient leurs compétences pour aider les jeunes à progresser.

D’autre part, le projet a bénéficié du soutien du Plan d’investissement dans les compétences, via une dotation d’un million d’euros pour la phase expérimentale, puis d’un million supplémentaire pour la phase de modélisation. Un engagement « déterminant pour le développement du projet, qui montre à quel point l’action de l’Etat est cruciale pour générer des effets leviers. »

Localement, chaque professionnel en charge du montage et de l’animation des promos (comme Mylène Pentecôte à Lyon) a su fédérer des associations, collectivités et entreprises du territoire pour que le programme trouve sa place, et les jeunes des débouchés concrets. Ainsi, des partenariats ont été noués avec des acteurs économiques, notamment via des fondations : Fondation EDF, Fondation Adecco ou encore Fondation Air Liquide – cette dernière accompagne par exemple la création de la première promotion messine à La Dragonne 

Sur ces bases, tous les espoirs sont permis, comme l’indique encore Frédéric Delattre : « 210 jeunes de plus rejoignent en ce moment les promos 2022, et nous ambitionnons 450 jeunes en 2023, dans presque toutes les régions » de France. Soit, une croissance exponentielle !

 

Et demain ?

 

Demain, en effet, l’Afev est bien décidé à « continuer à prendre sa part. » Apprentis solidaires poursuivra donc son développement, tandis que d’autres actions sont appelées à voir le jour, à partir d’initiatives locales ou d’opportunités. De son côté, « l’Etat doit poursuivre son engagement post-Covid », et le plan 1 jeune 1 solution – initié « pour rassembler les conditions d’un soutien aux jeunes qui ont tant souffert de la crise sanitaire et économique » – être pérennisé.

Dans les faits, comme indiqué plus haut, investir dans la prévention du décrochage et pour le raccrochage constitue « un investissement essentiel pour notre cohésion nationale. » Le plan doit ainsi être ajusté, pour faciliter les complémentarités entres acteurs de terrain, tant, « avec 1,5 million de jeunes sans emploi et sans formation, il n’y a pas trop de dispositifs sur le terrain », et tant « les acteurs locaux savent travailler en intelligence quand on leur fait confiance. »

En outre, la question de l’accompagnement global des jeunes doit être reposée. Bertrand Schwartz, créateur des Missions locales, avait eu une intuition fondatrice, selon laquelle pour aider chaque jeune à trouver un travail, il fallait lever, de front, l’ensemble des difficultés qu’ils rencontrent au quotidien. Car les problèmes font système, et il serait illusoire d’espérer améliorer la situation, par exemple, en permettant à un jeune de développer ses compétences, mais sans renforcer sa mobilité. Or, « force est de constater que la gestion de dispositifs, aujourd’hui, a pris le pas sur l’accompagnement global de chaque jeune. »

En outre, conclut le Directeur du Pôle Raccrochages de l’Afev, « les collectivités, au premier rang desquelles les Conseils régionaux, doivent également s’emparer du sujet » (qui, au demeurant, fait partie de leurs compétences). Aujourd’hui, « nombreuses sont les places, disponibles et financées par les régions pour les remises à niveaux, qui sont laissées vacantes, parfois pour des raisons administratives ! » Les régions sont aussi gestionnaires des crédits du FSE, dont l’emploi des jeunes constitue une priorité…

Enfin, les conditions d’exercice du Service civique, pour les jeunes non diplômés et sans formation, doivent évoluer : « Comme l’Afev l’a déjà expérimenté, il faut rendre le Service civique mieux accessible, dans des modalités adaptées à ces jeunes, pour prendre en considération non seulement le renforcement de leur besoin d’accompagnement, mais aussi le rôle central que le Service civique peut jouer dans leur processus de raccrochage. »

 




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