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Apprentis Solidaires et Prépas Apprentissage, selon la Haut-Commissaire aux compétences

Apprentis Solidaires et Prépas Apprentissage, selon la Haut-Commissaire aux compétences

En janvier 2022, l’Afev lance la troisième promotion de son programme Apprentis Solidaires, qui vise à permettre à des jeunes, “décrocheurs” ou en panne d’orientation, de bénéficier d’une préparation à l’apprentissage au travers d’un engagement solidaire accompagné. Pour l’occasion, la Haut-Commissaire aux compétences, Carine Seiler, a bien voulu livrer au Lab’Afev ses réflexions sur ce dispositif, qui s’inscrit dans le cadre des Prépas Apprentissage.

 

Depuis la loi pour la Liberté de choisir son avenir professionnel (2018), qui a institué les Prépas Apprentissage, et le Plan d’investissement des compétences (PIC), qui en a permis le développement, quel bilan peut-on en tirer aujourd’hui ?

Carine Seiler : L’appel à projets Prépa Apprentissage répond à l’ambition suivante : déployer à une échelle inédite des solutions pour attirer des jeunes vers l’apprentissage, et favoriser leur réussite. L’enjeu est de développer l’accès à la voie d’excellence qu’est l’apprentissage pour des publics peu qualifiés. Rappelons que le taux d’insertion des apprentis est nettement supérieur – de 66%, six mois après la sortie – à celui de l’ensemble des élèves de l’enseignement professionnel – 44%.

Or l’accès à l’apprentissage reste marqué par des inégalités sociales, et il demeure un fort taux d’abandon en cours de parcours, particulièrement pour les non-qualifiés. Ce taux de rupture est lié à plusieurs facteurs :

  • Une partie des jeunes ne dispose pas du réseau et des codes pour entamer un parcours d’apprentissage dans de bonnes conditions (certains n’arrivent même pas à trouver un contrat ; d’autres n’ont pas encore mûri leur projet et décrochent rapidement ; d’autre enfin peuvent être mis en difficulté par leur employeur, faute de réussir à bien s’inscrire dans le collectif de travail) ;
  • Certains jeunes peuvent s’orienter vers l’apprentissage sans disposer des prérequis exigés par l’employeur ou le formateur, ce qui les conduit à l’échec, plus ou moins rapidement ;
  • Enfin, certains jeunes non qualifiés n’osent pas se lancer dans cette voie, car ils ne s’y sentent pas suffisamment préparés.

La question des savoir-faire relationnels est donc décisive, de même que celle des compétences-clés et de l’aide à la construction et à la maturation du projet professionnel.

La Prépa Apprentissage permet donc aux jeunes non qualifiés de reprendre confiance, grâce à des immersions en entreprise, des ateliers sur plateaux techniques, des rappels sur les savoirs de base… Jusqu’à présent, plus de 40 000 jeunes ont bénéficié d’une Prépa ! Nous soutenons le dispositif partout en France. Plus de 1 000 sites couvrent ainsi l’ensemble du territoire national.

La valeur ajoutée des Prépas est très nette :

  • 47% des jeunes qui suivent la totalité du parcours sont en formation en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation à la sortie ;
  • Plus globalement, 64% de ces jeunes sont en sorties positives (intérim, CDD, CDI, création/reprise d’entreprise, formation en contrat d’alternance, formation autre) à la fin de leur Prépa Apprentissage.

 

La Prépa de l’Afev, Apprentis Solidaires, est centrée sur le développement de compétences transversales par la mise en œuvre de projets citoyens. Que vous inspire ce projet, sur au moins deux volets : sur ce qu’il dit des jeunes non diplômés, et sur la place des savoir-être et soft skills dans le processus de recrutement des entreprises ?

 CS : Le développement des compétences transversales constitue un enjeu central, indispensable pour réussir son apprentissages : apprendre les codes de l’entreprise et comment s’y comporter au quotidien, développer son sens de l’organisation, cultiver sa capacité de communication et d’écoute, le travail en équipe… Les entreprises nous indiquent fréquemment que ce sont bien ces soft skills qui font la différence pour le recrutement et le succès des apprentis.

La Prépa Apprentissage n’est pas simplement une voie d’accès à un contrat d’alternance, elle constitue l’opportunité de mieux comprendre l’entreprise, les environnements de travail, et donc de s’intégrer plus facilement et plus durablement dans les premières années de sa vie professionnelle. De plus, l’attention portée sur ces compétences aide également chaque apprenti dans sa vie de tous les jours, dans sa vie de citoyen. Cet apport est essentiel.

 

Depuis quelques années, le développement de l’alternance est très important, en France. Ceci constitue évidemment une excellente nouvelle. Pour autant, ce développement reste majoritairement centré sur les formations post-bac. Quel est votre point de vue à ce sujet ? Pensez-vous qu’il y ait des actions spécifiques à conduire pour que l’alternance soit aussi accessible à des jeunes peu ou non diplômés ?

 CS : Il y a effectivement un vrai besoin de démocratiser l’alternance car, on le voit bien encore aujourd’hui, son développement est fort sur les publics qualifiés, et peut encore progresser sur les premiers niveaux de qualification. C’est justement l’objectif de la Prépa Apprentissage !

En complément, nous travaillons sur d’autres leviers. D’une part, avec les branches, sur la revalorisation de l’image des métiers manuels. Il est essentiel que les secteurs en forte tension, qui recrutent ces profils, se fassent connaître et améliorent leur attractivité…

D’autre part, nous avons revalorisé, de façon très conséquente, la rémunération de stagiaire de la formation professionnelle, et étendu cette rémunération aux jeunes en Prépa Apprentissage, afin d’éviter des freins financiers à l’entrée en Prépa.

Enfin, nous travaillons avec l’Education nationale à une meilleure information sur l’apprentissage au moment de l’orientation. Nous avons déjà amélioré la mise en visibilité de l’offre de formation par apprentissage pour les élèves de collège, mais nous devons encore aller plus loin.

 

L’Afev s’engage dans la création d’une branche Raccrochages, en complément de ses actions de prévention du décrochage scolaire. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

CS : C’est un enjeu-clé du Plan d’investissement dans les compétences, et c’est une de mes convictions les plus fortes : tout le monde a le droit à une deuxième chance. Cela suppose de concentrer toute notre énergie pour éviter les décrochages, mais aussi d’apporter des solutions différentes, bienveillantes, à ceux qui, malgré tout, décrochent.

Parce que les parcours ne sont pas toujours linéaires. Parce que, pour certains, il faut passer par des chemins de traverse avant de trouver sa voie. Parce que tout n’est pas joué à l’issue d’un parcours en formation initiale. Parce que l’on peut avoir des talents qui n’ont pas su s’exprimer à l’école… Il est essentiel de travailler à d’autres réponses, différentes mais tout aussi valorisantes.

 

Avez-vous une dernière recommandation à nous formuler ?

CS : Ma recommandation principale, c’est de porter une attention essentielle à identifier, révéler, faire prendre conscience de ces potentiels, et de prendre en considération le rythme du jeune dans le processus de raccrochage. Lui laisser le temps… mais aussi être là au moment où il sera prêt, pour l’accompagner dans ce rebond.




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