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A Lyon, un Grand débat national «jeunes et étudiants»

A Lyon, un Grand débat national «jeunes et étudiants»

Mercredi 6 mars dernier, l’Afev Grand Lyon, Sciences Po Lyon et la Métropole organisaient une contribution « jeune et étudiante » au Grand Débat National, en présence de la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation Frédérique Vidal, et de David Kimelfeld, Président de la Métropole de Lyon. L’occasion de donner la parole aux nombreux étudiants et jeunes présents, autour de deux des quatre sujets majeurs définis par le gouvernement.

Accueillie par Renaud Payre, Directeur de l’Institut d’Études Politiques de Lyon, puis par Cécile Michel, Déléguée métropolitaine de l’Afev Grand Lyon, une foule importante occupait mercredi 6 mars au soir les deux étages de l’amphithéâtre Leclair de l’école, avenue Berthelot, avec au premier rang la Ministre Frédérique Vidal, la rectrice de l’Académie Marie-Danièle Campion, puis dans un deuxième temps le Président de Lyon Métropole David Kimelfeld. En introduction, les organisateurs ont tenu à remercier le public, le Président de L’Université de Lyon Khaled Bouabdallah, le Directeur de l’Insa Lyon Eric Maurincomme, puis appelé de leurs vœux « un très beau débat, dans le respect mutuel. » Selon Cécile Michel, « pour l’Afev, il était très important de co-organiser cette soirée d’expression, de contributions, dans un moment de société où la parole s’ouvre, se libère, où il y a une envie de partager sur les enjeux qui traversent la société. » Quant à la Ministre, elle a indiqué : « C’est toujours un très grand plaisir pour moi de participer aux débats, car chacun d’entre eux est différent, en fonction des personnes présentes, et qu’il est essentiel de pouvoir bénéficier de toute cette diversité de points de vue », avant de remarquer, en souriant : « Vous allez ce soir faire baisser très considérablement la moyenne d’âge des participants au Grand Débat. »

En matière d’organisation, sur chacun des quatre thèmes retenus par le gouvernement (« Transition écologique », « Fiscalité et dépenses publiques », « Démocratie et citoyenneté »,« Organisation de l’État et des services publics »), sous la modération conjointe de Thomas Rigaud et Mathilde Garcia de l’Afev Grand Lyon, les participants ont écouté les « plaidoyers » préparés par quatre jeunes, avant de voter via l’application Kahoot pour les deux sujets qui seraient abordés pendant les deux heures trente de débat : Tom (« Il faut utiliser cette crise pour repenser le rapport entre représentants et citoyens, et remettre ces derniers au cœur du débat ») et Corto (« Quelques mots-clés pour vous donner envie de débattre de la fiscalité : services publics, justice fiscale, fiscalité environnementale, harmonisation fiscale en Europe, le budget européen et, pour les plus gourmands, l’ISF ») de Sciences Po Lyon  ; Maëlle (« A nous d’identifier et d’établir nos revendications en proposant des solutions pour faire évoluer la fiscalité environnementale, afin qu’elle soit juste et surtout efficace ») et Jean-Serge (« Pour faire preuve de grandeur, un État doit se rapprocher de sa population, car il est important d’être proche du peuple pour pouvoir le servir sans l’asservir ») de l’Afev. A l’issue de ces présentations, le panel présent de 127 inscrits a sélectionné avec une large avance (44,9%, sur quatre thèmes) et sous les acclamations la transition écologique, et de manière moins tranchée (38,9% sur les trois thèmes restants) la démocratie et la citoyenneté, comme sujets à aborder pendant la soirée.

A propos de démocratie, William puis Charlotte de l’Afev ont commencé par rappeler que les citoyens se déclaraient de plus en plus éloignés de la politique, car persuadés d’être mal représentés par leurs élus, tandis qu’un grand nombre de maires avaient d’ores et déjà déclaré de ne pas souhaiter renouveler leur mandat en 2020. Et de citer des associations comme « Tous élus », œuvrant à « rajeunir la vie politique » en permettant aux jeunes de « prendre le pouvoir », avant de rappeler que « la jeunesse française, contrairement à ce qu’on entend souvent, est la plus engagée d’Europe, tout particulièrement en matière associative. » Ce qui leur a permis de souligner l’importance d’une valorisation de tels engagements dans les cursus universitaires, la réelle marge de progression qui subsiste à propos de cette valorisation dans les appréciations des recruteurs, et un fait incontestable : « la jeunesse est dans la rue en ce moment », émergeant comme actrice majeure sur la question de la transition écologique. Avant de conclure sur l’importance de repenser la question du cumul des mandats, afin de « laisser de la place au renouvellement des représentants politiques. »

Sur cette base, les questions ont fusé de la salle pendant trente minutes bien nourries, avec notamment des avis très tranchés et récurrents sur le traitement gouvernemental des manifestations, les violences policières, mais aussi des thématiques comme : la révision des institutions (avec une réaffirmation du rôle du Parlement vis-à-vis du pouvoir présidentiel), l’amélioration de la lisibilité de ces dernières, l’aménagement de lieux de vie et d’échanges pour faire mieux circuler (et écouter !) la parole des citoyens, la facilitation de l’engagement de proximité pour ceux qui le souhaitent, une meilleure reconnaissance des élus lycéens, le renforcement de l’instruction civique de l’école à l’Université, une meilleure reconnaissance du vote blanc, un effort réel à déployer en direction des publics « éloignés » (ruraux, périurbains, issus de quartiers défavorisés)… « Je voulais souligner la grosse rupture entre zones périphériques ou rurales et pouvoir central, a notamment précisé Neïl, un jeune issu d’un quartier populaire, qui a su s’attirer l’adhésion de la majorité de la salle, le fait que les citoyens en fonction de leur appartenance sociale ou de leur lieu d’origine ne sont pas traités de la même manière. On a parfois l’impression que la citoyenneté de certains leur a été comme dérobée, tant on ne se soucie plus de ce qu’ils peuvent bien penser. C’est le rôle de l’État de faire un pas en avant vers ceux-là. »

Quelques autres temps-forts particulièrement applaudis ont également eu lieu, comme quand un participant a interrogé directement la Ministre sur la hausse des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, ou quand un autre visiblement placé à l’extrême-gauche du spectre politique a livré une forme d’éditorial très à charge à l’encontre du gouvernement et du Président actuels. Après une synthèse élaborée par Thomas, l’un des modérateurs (qui a souligné « la richesse des contributions, qui ont été très variées », avec « un fil rouge, l’expression d’une réelle volonté d’engagement citoyen, de participation à la vie démocratique de la cité », souvent empêchée par toute une série de freins), la Ministre Frédérique Vidal a tenté de répondre, dans une allocution unique, à un certain nombre de sujets abordés, tout en soulignant en avant-propos « le plaisir [qu’elle a] ressenti, en tant que professeur comme en tant que Ministre, aux expressions de tant de conviction et d’engagement. »

Elle a retenu des contributions le souhait de « réviser les institutions, de bien faire la distinction entre écouter et entendre, d’aller vers les gens pour entendre ce dont ils ont besoin, et d’inciter les citoyens à voter, dans un système peu lisible et dont on comprend parfois mal les enjeux. » Reprenant les propos d’un intervenant, elle a indiqué : « être citoyen, c’est être informé, or nous sommes noyés sous une masse d’informations astronomiques. Pourtant, les Français forment un peuple éminemment intéressé par la politique, ce qui est une grande richesse (…) Or si on ne comprend pas le système dans lequel on évolue, si l’on oublie que des gens sont morts, et meurent encore aujourd’hui pour avoir le droit de voter, on passe à côté de l’essentiel de ce qu’est la démocratie représentative. » Sur cette question de la représentation, elle a précisé : « Par le vote, on donne mandat à quelqu’un ; et ce qui permet le contrôle sur cette personne, c’est bien entendu l’élection suivante. »

De manière générale, il est selon elle toujours important de réfléchir à « comment reconstruire un projet collectif – car, si l’on n’a pas de projet collectif, on n’arrivera pas à présenter à l’ensemble de nos concitoyens une société dans laquelle ils auront envie de vivre demain. C’est cela qu’il faut que l’on retrouve. » Et ce projet collectif ne peut faire l’impasse sur « l’éducation, sans laquelle on aura toujours l’impression que les voix ne portent pas de la même manière. Longtemps, on a considéré que l’école instruisait, et que la famille éduquait ; aujourd’hui, on demande à l’école d’instruire et d’éduquer, ce qui nécessite de co-construire l’instruction et l’éducation, de manière conjointe entre les familles et l’école, afin de sortir du déterminisme de la condition sociale » – l’occasion aussi, pour Frédérique Vidal, de défendre sa loi « Orientation et réussite des étudiants. » Enfin, avant de livrer un plaidoyer en défense de l’action de la police dans les quartiers comme au cours des manifestations, elle a réaffirmé l’importance de la reconnaissance de l’engagement, « à tous les niveaux, comme partie intégrante de la formation de l’enseignement supérieur, au même titre que les maths, la philo ou l’histoire. » Il s’agit en effet de valoriser le fait de « donner individuellement de son temps pour le collectif », notamment à travers des associations, comme l’Afev ou Nos jeunes ont du talent.

Sur le thème de la transition écologique, Clélia de l’IEP, puis Erwan de l’Afev ont introduit le propos en rappelant pour la première que « cette question se présente comme l’une des plus urgentes, puisque malgré tous les efforts de la jeunesse, les actions de l’État ne suivent pas » et pour le second – très applaudi – que « le capitalisme “croissanciste” n’est pas en crise, mais il est la crise, et une croissance infinie dans un monde fini n’existe pas », et que « nous avons besoin d’une écologie radicale, d’un véritable changement de civilisation. » Dans les faits, les questions posées, remarques proposées et contributions élaborées pendant les trente minutes suivantes ont fait nettement ressortir que la grande majorité des jeunes présents appelaient de leur vœu un changement profond des mentalités, en passant au besoin par des actes et décisions politiques conçus et assumés comme relevant de cette « écologie radicale. »

Si la première intervention a fustigé la « posture attentiste du gouvernement », notamment à travers l’action du Ministre François de Rugy, d’autres participants ont proposé des actions concrètes, globales (comme la taxation du kérosène) ou locales (sur la Vallée de l’Arve, la fin de l’affichage lumineux dans le métro de Lyon, la collecte des mégots, l’abandon du diesel dans les transports publics), collectives ou individuelles, ou encore insisté sur la nécessité de modifier les pratiques – par exemple en impulsant une « dynamique écologique » par la création de territoires pionniers, en abandonnant l’idée de décisions politiques « très descendantes »comme la multiplication de discours creux auxquels aucune suite concrète n’est donnée. « On va tous dire la même chose, a résumé une jeune femme, mais ce qu’il est important de comprendre, dans le monde politique, c’est que la jeunesse est désormais décidée à ne rien lâcher. » Reste à articuler, sur ce terrain aussi, les échanges entre initiatives citoyenne et responsabilité des élus, et ce de l’échelle la plus locale à la plus planétaire.

A ce titre, la réponse du président de la Métropole de Lyon David Kimelfeld a dénoté un caractère volontariste et concret. Il a répondu aux questions précises posées, en matière de gestion locale (- y compris sans lien direct avec la thématique, comme sur les mineurs non accompagnés), puis a estimé que « la jeunesse, sur la question écologique, est avant tout tristement réaliste, et a raison de se montrer radicale pour faire un certain nombre de propositions sur l’urgence climatique », mais aussi que « les politiques ne vivent pas comme des enfants-bulles, et ont le même souci de cette urgence écologique », et que « la question de l’écologie ne pourra être résolue en la déconnectant de celle de l’emploi, d’où mon souhait d’en arriver à une croissance décarbonée. »

Enfin, la Ministre Vidal a pris la parole une dernière fois, suite à ces échanges particulièrement passionnés, pour un discours de dix minutes. « Je partage bien évidemment le fait qu’au-delà de ce qu’on se dit ce soir, a-t-elle introduit, le défi de l’ensemble des habitants de cette planète consiste à la préserver. Ainsi, lorsque des États se désengagent par rapport à la COP 21, les populations de ces derniers doivent les convaincre de se réengager. » Sur la question de la décroissance, elle a estimé qu’il fallait « la penser mondialement et, au risque de dire quelque chose de très politiquement incorrect, je trouve un peu gonflé qu’un certain nombre de pays qui se sont très largement développés en exploitant très largement les ressources de la planète demandent maintenant à ceux qui sont en train de se développer de ne pas le faire. »

Il s’agit plutôt de faire en sorte que « les pays dans lesquels il y a des innovations fournissent ces dernières aux pays en voie de développement, afin de viser une croissance respectueuse des objectifs de développement durable, qui sont tous interconnectés. » En somme, « l’écologie, c’est à la fois une accumulation de petits gestes individuels, et un nécessaire portage politique, qui doit se faire le plus largement possible. » Ceci, afin que le monde scientifique, « qui explique depuis des années qu’il faut faire quelque chose en matière de climat », soit enfin suffisamment audible pour apporter des solutions. En guise de conclusion, elle a indiqué que « sur ce sujet-là, il faut qu’on arrive à faire passer un intérêt suprême – la survie de notre espèce sur la planète – avant tous nos petits égoïsmes individuels, et qu’on le lie infiniment au social », avant de lancer une requête plus générale : « Ne devenez jamais indifférents. »

Ainsi, au terme d’échanges qui furent parfois « rugueux » selon l’expression du directeur de l’IEP de Lyon, le Grand Débat s’est achevé sur une dernière injonction à prendre à bras le corps la mesure des enjeux à venir, tout en intégrant l’idée que les espaces doivent se multiplier, au sein desquels la parole des citoyens peut circuler… puis remonter ensuite jusqu’aux décideurs. Charge à ces derniers, enfin, d’en tenir compte dans leurs actes.

François Perrin

 

 




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